La R.D.A. et les Jeux Olympiques

Présente aux Jeux Olympiques durant seulement 20 ans (1968-1988), la R.D.A. s’est à l’époque affirmée comme une grande puissance sportive mondiale. Ainsi, aux Jeux d’été, en cinq participations (1968, 1972, 1976, 1980, 1988), la R.D.A. a obtenu 409 médailles, dont 153 en or. En six éditions des Jeux d’hiver (1968-1988), la R.D.A. a remporté 110 médailles, dont 39 en or.

Comment expliquer qu’un tout petit pays ait pu rivaliser avec les États-Unis et l’U.R.S.S. aux Jeux ? Cette réussite – qui s’avérera une supercherie après la chute du Mur de Berlin en 1989 – s’appuyait sur une démarche parfaitement planifiée, laquelle résultait d’une volonté politique de reconnaissance internationale grâce à la vitrine olympique : « Le sport n’est pas un but en soi ; il est un moyen d’atteindre d’autres buts », déclara notamment Erich Honecker, président du Conseil d’État de la R.D.A. de 1976 à 1989.

Une politique sportive volontariste

Le modèle sportif est-allemand se distinguait par une structure organisationnelle originale. En effet, selon les pays, le sport tient ou ne tient pas une place importante dans le système éducatif, ce statut étant souvent issu de la tradition (Grande-Bretagne). Puis une élite se dégage de la masse de ces sportifs en herbe. En R.D.A., l’accès au sport était garanti à tous par la Constitution, comme « élément de la culture socialiste servant à l’épanouissement de la population ». Mais, parallèlement à ce sport de masse, un système de détection perfectionné permettait de « choisir » les enfants aux capacités prometteuses et de les « former » à la haute compétition dans de multiples centres d’entraînement, dès l’âge de dix ou onze ans, parfois plus tôt. Ainsi, les enfants se mesuraient lors de « Spartakiades d’arrondissement », ce qui permettait de recruter les meilleurs d’entre eux. Les archives de la Stasi indiquent que plus de 35 000 cadres et entraîneurs rémunérés travaillaient dans quelque 2 000 centres à la formation et à la « préparation » de futurs champions soumis à une sélection drastique. La dissociation totale entre pratique sportive de masse – de « loisir », dit-on en Occident – et « formation » plus que rigoureuse à la compétition de haut niveau explique la réussite olympique de la R.D.A., laquelle ne peut pas se résumer à la seule efficacité du dopage d’État.

Une difficile accession aux Jeux

Après la Seconde Guerre mondiale, le président du C.I.O. J. Sigfrid Edström souhaitait ardemment réunir l’ensemble du mouvement olympique, et il fit de cet objectif la priorité de son mandat. Ce rassemblement passait bien sûr par le retour aux Jeux des puissances vaincues de la Seconde Guerre mondiale, le dossier de l’Allemagne s’avérant le plus complexe. La partition de l’Allemagne, en 1949, a donné naissance à deux États : la République fédérale d’Allemagne (R.F.A.) et la République démocratique allemande (R.D.A.). Les deux pays devront attendre septembre 1973 pour intégrer l’Organisation des nations unies, mais la R.F.A. fut rapidement associée aux affaires du monde, alors que la R.D.A. demeurait considérée comme « zone soviétique » de l’Allemagne.

Après les Jeux de Londres (1948), deux Allemands retrouvèrent leur siège au C.I.O. : Karl Ritter von Halt, président du comité d’organisation des Jeux d’hiver de Garmisch-Partenkirchen en 1936 et proche collaborateur du Reichssportführer Hans von Tschammer und Osten, et le duc Adolphe-Frédéric de Mecklembourg ; les accointances des deux hommes avec les nazis ne semblèrent pas poser de problème au mouvement olympique… L’un et l’autre considéraient qu’ils ne représentaient que la R.F.A. Le Comité olympique ouest-allemand fut reconnu dès 1949 par le C.I.O. ; la R.F.A. fut conviée aux festivités olympiques dès 1952. La R.D.A. se dota également d’un comité olympique, mais celui-ci ne fut reconnu par le C.I.O. qu’en juin 1955, à titre provisoire, puis de manière définitive après les Jeux de Melbourne (1956).

Les deux comités olympiques allemands durent donc cohabiter, et ils furent contraints de présenter une équipe commune aux Jeux Olympiques de 1956 à 1964, laquelle défilait derrière le même drapeau – l’oriflamme traditionnelle aux bandes horizontales noire, jaune et rouge, agrémentée des anneaux olympiques –, alors que, en l’honneur des vainqueurs, on jouait l’Hymne à la joie de Beethoven et non pas les hymnes nationaux ouest-allemand ou est-allemand. La situation changea le 8 octobre 1965 : lors de sa session de Madrid, le C.I.O. accepta, malgré les réticences occidentales, que les deux Allemagnes présentent chacune leur propre équipe en 1968 aux Jeux de Grenoble et de Mexico. Dès lors, le maillot bleu nuit aux lisérés blancs siglé « DDR » va devenir un vêtement olympique à la mode. À partir de la fin de 1969, le chancelier ouest-allemand Willy Brandt mit en œuvre l’Ostpolitik, les deux pays se reconnurent mutuellement en décembre 1972. Ils intégrèrent l’O.N.U. le 18 septembre 1973. Le monde pouvait-il continuer d’ignorer la R.D.A., un pays dont les sportifs commençaient de squatter les podiums olympiques ?

Une fusée olympique à plusieurs étages

Dans l’esprit des dirigeants politiques de la R.D.A., participer aux Jeux ne signifiait nullement y faire de la figuration, mais bien remporter des médailles. Le pays s’appuyait certes depuis longtemps sur l’efficacité de son système de détection et de « préparation » des futurs champions, mais il développa aussi sa politique olympique selon deux axes forts : obtenir tout de suite des médailles en mettant d’abord l’accent sur les disciplines « secondaires » des Jeux, délaissées par les grandes puissances sportives, avant de s’attaquer aux sports phares des Jeux d’été (athlétisme et natation) ; présenter une délégation féminine redoutable, car le sport féminin ne constituait pas une priorité en Occident, ce qui laissait de nombreuses places potentielles sur les podiums.

Aux Jeux de Mexico, en 1968, la R.D.A. (9 médailles d’or, 25 médailles au total) se positionnait déjà à la cinquième place du classement des nations, devant la R.F.A., huitième (5 médailles d’or, 26 médailles au total). Pour les deux Allemagnes, les Jeux de Munich, en 1972, constituaient un rendez-vous essentiel : l’affrontement sportif devenait une question de suprématie locale. Le duel allemand vit une nette victoire de la R.D.A. (20 médailles d’or, 66 médailles au total), troisième place du bilan, alors que la R.F.A., « humiliée » par sa voisine sur son sol, n’était que quatrième (13 médailles d’or, 40 médailles au total). Walter Ulbricht, président du Conseil d’État de la R.D.A., se félicita des succès de ces « diplomates en survêtement »…

En 1976, aux Jeux de Montréal, la R.D.A. se classa deuxième au bilan des nations, derrière l’U.R.S.S., mais devant les États-Unis. La fusée olympique est-allemande avait déployé son deuxième étage et, son assise dans certains sports « annexes » étant établie, elle s’était s’attaqué aux disciplines reines des Jeux d’été : l’athlétisme et la natation. En athlétisme, grâce aux performances de son équipe féminine (9 médailles d’or sur 14 possibles, 19 médailles au total), elle occupait la première place (11 médailles d’or, 27 médailles au total). En natation, les gamines prises en main depuis une dizaine d’années arrivaient à « maturité », c’est-à-dire qu’elles étaient âgées de quinze à dix-huit ans : les nageuses est-allemandes aux larges épaules remportèrent 11 des 13 épreuves !

Le « projet » olympique est-allemand avait abouti ; le dernier étage de la fusée consistait à le pérenniser. Lors des caricaturaux Jeux de Moscou, en 1980, la R.D.A. obtint 47 médailles d’or et 126 médailles au total. En 1988, à Séoul, à l’occasion de Jeux débarrassés des boycottages ou presque, la R.D.A. s’adjugea 37 médailles d’or et 102 médailles au total ; comme à Montréal, elle se classa deuxième du bilan des nations, derrière l’U.R.S.S., mais devant les États-Unis.

La révélation d’une imposture

La chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, ne signifia pas la mise au ban des sportifs est-allemands. Ceux-ci intégrèrent l’équipe de l’Allemagne unifiée qui participa aux Jeux en 1992, car le chancelier Helmut Kohl se prononça en faveur du maintien d’un sport de haut niveau en Allemagne.

Aux Jeux Olympiques d’hiver d’Albertville, la réunification allemande a permis un beau résultat : l’Allemagne occupait la première place du bilan, avec 10 médailles d’or et 26 médailles au total. Parmi les lauréats figuraient plusieurs champions et championnes naguère est-allemands : Uwe-Jens Mey, Gunda Niemann, Jacqueline Börner (patinage de vitesse), Stefan Krausse et Jan Behrendt (luge), Antje Harvey (biathlon), entre autres. Mais l’embellie ne dura que le temps d’un printemps. En effet, aux Jeux d’été de Barcelone, l’équipe de l’Allemagne unifiée connut un semi-revers : elle se classa certes troisième du bilan des nations, mais, avec 33 médailles d’or et 82 médailles au total, elle n’égalait pas le résultat de la seule R.D.A. en 1988 (37 médailles d’or, 102 médailles au total). En outre, c’est surtout le bilan médiocre de la délégation féminine qui interpellait : les Allemandes s’adjugèrent 20 médailles (dont 10 en or), alors que les Allemandes de l’Est avaient remporté 51 médailles (dont 20 en or) à Séoul ; en natation, une seule Allemande fut championne olympique (Dagmar Hase, issue de la R.D.A.), alors que les Allemandes de l’Est s’étaient adjugé 11 médailles d’or en 16 courses à Séoul !

En fait, seules deux championnes qui se distinguèrent sous le maillot de la R.D.A. continueront réellement d’enrichir leur palmarès sous les couleurs de l’Allemagne unifiée : Birgit Fischer (kayak) et Heike Drechsler (athlétisme).

La Stasi a détruit beaucoup de ses archives avant la chute du Mur, mais pas toutes. L’analyse des documents restants permettra de révéler toute la mécanique sportive est-allemande, instituée au mépris de l’éthique mais surtout de la santé des sportifs. « Médecins » et « scientifiques » avaient carte blanche pour élaborer les plus sophistiquées des techniques de dopage et contourner les contrôles. Plus de 10 000 sportifs ont subi ce dopage contraint. Des programmes dénommés « u.M » (unterstützende Mittel, « moyens de soutien ») planifiaient soigneusement le dopage, qui touchait chaque année 2 000 personnes, surtout les filles : toutes ces gamines absorbaient des pilules qualifiées de « vitamines » par leurs entraîneurs (il s’agissait le plus souvent de stéroïdes anabolisants et de produits androgènes qui entravaient leur maturation sexuelle, provoquaient une acné sévère et une altération de la voix). Avant toutes les grandes compétitions internationales, des tests antidopage « locaux » permettaient de s’assurer que les contrôles officiels donneraient un résultat négatif : en cas de doute, le sportif n’était pas inscrit pour la compétition…

Des procès eurent certes lieu : en 2000, les deux plus hauts responsables du sport est-allemand, Manfred Ewald, président de la Confédération des sports de la R.D.A. de 1963 à 1968 et président du Comité olympique est-allemand de 1973 à sa dissolution, et Manfred Höppner, directeur du Service de médecine sportive est-allemand, furent condamnés par un tribunal de Berlin pour « complicité de blessures corporelles » sur 142 jeunes athlètes est-allemandes. Leurs peines : 22 mois et 18 mois de prison respectivement, avec sursis. Un verdict bien clément au regard de milliers de vies brisées et de 20 années d’imposture olympique…

©Pierre LAGRUE

30 ans de la chute du Mur de Berlin : les « champions » de la R.D.A.

La R.D.A. et les Jeux Olympiques, quelle histoire ! En effet, La R.D.A. participa aux Jeux Olympiques de 1968 à 1988, obtenant sur cette courte période d’incroyables résultats, fondés sur un système étatique de dopage forcé. En vingt ans, soit cinq participations (1968, 1972, 1976, 1980, 1988), la R.D.A. obtint aux Jeux d’été 153 médailles d’or et 409 médailles au total. Si on exclut les Jeux de Moscou (1980) et de Los Angeles (1984) dénaturés par les boycottages, la R.D.A. remporta, en quatre éditions des Jeux d’été, 106 médailles d’or et 283 médailles au total. À titre de comparaison, le bilan de la R.F.A. s’établit pour ces quatre éditions à 50 d’or et 170 médailles au total. La R.D.A. brilla également aux Jeux d’hiver : en six éditions des Jeux d’hiver (1968-1988), la R.D.A. glana 39 médailles d’or et 110 médailles au total. Dans le même temps, la Norvège, la nation la plus récompensée de l’histoire aux Jeux d’hiver, présentait un bilan de 15 médailles d’or et 67 médailles au total.

Durant ces vingt années, de multiples champions, mais surtout de nombreuses championnes, se sont distingués aux Jeux. Tous leurs exploits doivent bien sûr être regardés avec un œil critique, mais il est impossible de rayer d’un trait de plume ces noms de l’histoire olympique. La natation féminine fournit le plus gros bataillon de vedettes olympiques est-allemandes. Ainsi, Kornelia Ender remporta 8 médailles, dont 4 en or, aux Jeux (1972, 1976) ; en outre, son nom n’apparaît dans aucun document concernant le dopage d’État, ce qui constitue peut être sa vraie victoire. Andrea Pollack, spécialiste de la nage papillon, obtint 6 médailles, dont 3 en or (1976, 1980) ; Barbara Krause s’adjugea 3 médailles d’or aux Jeux de Moscou en 1980. Kristine Otto obtint 6 médailles d’or en 6 courses aux Jeux de Séoul en 1988. En athlétisme, trois sprinteuses marquèrent les Jeux de leur empreinte : Renate Stecher obtint 6 médailles, dont 3 en or (1972, 1976) ; Bärbel Wöckel remporta 4 médailles d’or (1976, 1980) ; Marlies Göhr s’adjugea 2 médailles d’or et 2 médailles d’argent en trois éditions des Jeux (1976, 1980, 1988) et devint en 1977 la première femme à courir le 100 mètres en moins de 11 secondes (10,88 s). Marita Koch ne s’adjugea que 2 médailles, car elle ne participa qu’à une seule édition des Jeux (1980), mais elle porta en 1985 le record du monde du 400 mètres à un niveau (47,60 s) que personne n’a pu approcher depuis lors. La lanceuse de poids Margitta Gummel décrocha l’or en 1968, l’argent en 1972. La gymnaste Karin Janz obtint 7 médailles, dont 2 en or (1968,1972). La patineuse de vitesse Karin Enke remporta 8 médailles, dont trois en or (1980, 1984, 1988). Quant à Christa Luding-Rothenburger, elle remporta 2 médailles d’or en patinage de vitesse (1984, 1988) et 1 médaille d’argent en cyclisme. La patineuse de vitesse Karin Enke remporta 8 médailles, dont 3 en or (1980, 1984, 1988).

Côté masculin, Roland Matthes fut le maître de la nage sur le dos durant près d’une décennie : il obtint 8 médailles, dont 4 en or, aux Jeux (1968, 1972, 1976). Citons aussi le marcheur Christoph Höhne (champion olympique en 1968), Waldemar Cierpinski, qui remporta deux fois le marathon (1976, 1980). Le kayakiste Rüdiger Helm s’adjugea 6 médailles, dont 3 en or (1976, 1980). Les frères Bernd et Jörg Landvoigt obtinrent 2 médailles d’or en aviron. Le pilote Meinhard Nehmer obtint 3 médailles d’or et 1 médaille d’argent en bobsleigh (1976, 1980), alors qu’Ulrich Wehling réussit l’exploit de remporter 3 fois consécutivement le combiné nordique (1972, 1976, 1980).

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Décès de Matty Nykänen

Matti Nykänen, considéré comme le meilleur sauteur à skis de l’histoire, mais dont la trajectoire fut celle d’un un homme fantasque, sous emprise et capable du pire, est décédé le 4 février 2019. Ici, le portrait de Matti Nykänen.

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Freddie Mercury interprète l’hymne olympique post mortem

Immortel

MERCURY (2)À l’occasion de la sortie au cinéma, en novembre 2018, du biopic consacré à Freddie Mercury, Bohemian Rhapsodie, de nombreux médias rappelèrent que le chanteur du groupe Queen avait interprété l’hymne olympique des Jeux de Barcelone, en 1992… sans plus de précision ! Comme quoi le temps fait son œuvre et la vérification de l’information devient de plus en plus aléatoire. En effet, Freddie Mercury demeure dans la mémoire collective comme l’interprète de cet hymne olympique, avec la cantatrice espagnole Montserrat Caballé, lors de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux. Mais le chanteur était mort le 24 novembre 1991, à quarante-cinq ans, et n’a donc pas participé à la cérémonie ! Rappelons que, en 1987, Barcelone avait contacté Freddie Mercury pour qu’il écrive la chanson officielle de ces Jeux ; Freddie Mercury sollicita à son tour Montserrat Caballé, qu’il avait admirée en 1983 dans Un Ballo In Maschera au Royal Opera House de Londres : peu après naquit la chanson Barcelona, qui deviendra un album en 1988. La chanson phare fut alors définitivement choisie pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de Barcelone. Le décès du chanteur ne changea pas la décision et, le 25 juillet 1992, les organisateurs proposèrent sur écran géant l’enregistrement de Barcelona, en 1987, et ce sont ces images de Freddie Mercury et Montserrat Caballé qui furent diffusées par les télévisions du monde entier. Notons que Freddie Mercury sera de nouveau « présent » aux Jeux, à Londres en 2012, via des images extraites d’un de ses concerts à Wembley diffusée lors de la cérémonie de clôture.

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Ester Ledecka conserve son masque durant la conférence de presse

Fille de pub !

LEDEKA (2)Le succès de la Tchèque Ester Ledecka dans le super-géant alpin aux Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang constitua une des plus grandes surprises de l’histoire des Jeux Olympiques. En effet, Ester Ledecka est avant tout une championne de snowboard, et elle ne participait à des épreuves de ski alpin qu’en dilettante. Quand elle prit le départ du super-géant, avec son dossard numéro 26, équipée de skis Atomic que lui avait prêtés l’Américaine Mikaela Shiffrin, chacun félicitait déjà l’Autrichienne Anna Veith pour sa médaille d’or. La surprise fut donc totale quand s’afficha le temps d’Ester Ledecka, qui améliorait la performance de l’Autrichienne d’un centième de seconde ; durant de longues secondes, les bras ballants, la jeune Tchèque fixa le tableau d’affichage, incrédule, pensant à une erreur de chronométrage. Bien sûr, sa victoire fut confirmée… mais elle aurait pu être remise en cause durant la conférence de presse. Ester Ledecka se présenta en effet devant les journalistes sans ôter son masque de ski : « Je ne l’enlève pas, car c’est mon sponsor », déclara-t-elle. Mais elle se rendit vite compte de son erreur, car le règlement olympique interdit d’afficher ainsi son sponsor personnel. Ester Ledecka rectifia le tir, ajoutant, tout sourire : « Non, en fait, je ne pensais pas être à la conférence de presse, et comme je ne suis pas maquillée, je garde mon masque… » On n’est pas obligé de la croire… Quelques jours plus tard, elle remporta une seconde médaille d’or, dans le slalom géant de snowboard, une épreuve dont elle était la favorite. Une nouvelle fois, elle se présenta devant la presse en portant son masque de ski. Et elle évoqua encore son maquillage : « Il fallait déjà que je me lève tôt. Alors me lever encore plus tôt pour me maquiller, ça n’aurait pas eu de sens », a-t-elle expliqué.

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Kim Boutin en pleurs sur le podium à PyeongChang !

Pourquoi tant de haine ?

BOUTIN-2-boostLe chauvinisme est universel, et il provoque toujours les pires débordements. Ainsi, aux Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang en 2018, le 500 mètres de short-track se termina dans la polémique. L’Italienne Arianna Fontana devança l’idole du pays du Matin calme, Choi Min-jeong, ce qui constituait déjà une déception pour les Sud-Coréens. Pis ! Après examen de la vidéo, le jury disqualifia Choi Min-jeong, qui avait bousculé la Canadienne Kim Boutin. Le jugement était certes discutable, mais pas plus que d’autres décisions. Kim Boutin, initialement quatrième, récolta la médaille de bronze. Une médaille qui allait lui procurer bien des tourments : devant l’accumulation de messages agressifs et haineux, Kim Boutin dut fermer ses comptes sur les réseaux sociaux. Plus grave, elle reçut des menaces de mort, et les autorités durent lui assurer une protection policière. Le Comité international olympique (C.I.O.) « invita fermement » le public à célébrer Kim Boutin comme il se doit lors de la cérémonie de remises des médailles. Obéissant, le public a applaudi la Canadienne, qui a fondu en larmes sur le podium.

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Des Jeux sans la Russie, mais avec les Russes !

Rêvons de Jeux sans hymnes et sans drapeaux

Le 6 décembre 2017, le Comité international olympique (C.I.O.) a suspendu le Comité olympique russe en raison du dopage à grande échelle organisé par le pays de Vladimir Poutine aux Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014. Néanmoins, certains sportifs russes seront autorisés à participer aux Jeux d’hiver de Pyeongchang (9-26 février 2018), sous la bannière « Athlète olympique de Russie ». Inutile de revenir longuement sur cette affaire qui a déjà fait perdre à la Russie un tiers de ses médailles obtenues en 2014 à Sotchi (onze médaillés russes ont été disqualifiés pour dopage) ou sur les stratagèmes mis en œuvre par le F.S.B., dignes des heures sombres de l’espionnage du temps de la guerre froide (remplacement d’échantillons urinaires de dopés par des échantillons « propres » au travers d’une trappe à souris, etc.). En fait, en termes d’images, le C.I.O. n’avait d’autre choix que de sanctionner, au moins partiellement, la Russie.
Parlons maintenant d’utopie. Et tentons de positiver « grâce » à cette affaire : pourquoi, un jour, ne verrions-nous pas des Jeux Olympiques sans hymnes et sans drapeaux ? De tous temps, les États se sont glorifiés des succès de leur sportifs, montés en épingle par le pouvoir, la R.D.A. fournissant l’exemple le plus flagrant de cette dérive. Mais les États-Unis ne furent jamais en reste pour faire vibrer la fibre nationale. Naguère, lord Killanin, président du C.I.O. de 1972 à 1980, au plus fort de la crise olympique marquée par les boycottages successifs, disait rêver de Jeux « sans hymnes et sans drapeaux ». Pour les Jeux d’hiver de 2018, La Russie est exclue, mais pas les Russes. Allons plus loin : espérons que, bientôt, tout sportif concoure sous la dénomination « Athlète olympique de [tel ou tel pays] ». Si cela ne modifierait guère la donne pour les sportifs et leurs supporters, les États et les pouvoirs auraient plus de difficultés à présenter ces succès olympiques comme des victoires militaires.

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Usain Bolt est-il le plus grand champion de l’histoire ?

Le plus grand sprinter, sans discussion…

Usain Bolt a terminé sa trajectoire sportive le 13 août 2017, battu et blessé. Héros au sens de la mythologie grecque, il est redevenu en un instant un simple mortel. En fait, cette fin ne renforcerait-elle pas sa légende? Sans les exploits de Bolt, accompagnés de sa fraîcheur et de sa disponibilité, l’athlétisme aurait vécu depuis dix ans au rythme des affaires de dopage, des victoires frelatés, des triomphes sans âme. La fin de la carrière de Bolt va donc laisser un immense vide pour l’athlétisme, et ce sport va devoir trouver un moyen pour le combler, afin d’éviter de connaître un relatif anonymat médiatique hors des rendez-vous olympiques.

Aux Jeux Olympiques, Usain Bolt a remporté les 100 mètres, 200 mètres et relais 4 fois 100 mètres en 2008 à Pékin, en 2012 à Londres, en 2016 à Rio. Une performance unique et qui restera inégalée. Aux Championnats du monde, il s’est adjugé onze médailles d’or. La question de savoir si Bolt est le plus grand sportif de l’histoire se pose. Pour ce qui est du sprint, pas de doute, il est le plus grand. Certes, on ne sait pas quel aurait été le palmarès des Américains Bob Hayes et Jim Hines si le contexte du sport amateur des années 1960 ne les avait pas contraints à quitter les pistes pour monnayer leur talent dans des équipes de football américain. Certes, on ne sait pas quelle aurait été la destinée sportive de l’Américain Tommie Smith s’il n’avait pas sacrifié sa carrière pour défendre la cause des Noirs américains en levant un poing ganté de noir sur le podium du 200 mètres des Jeux Olympiques en 1968 à Mexico. En revanche, on sait que, dans le contexte de l’athlétisme professionnel, seuls les Américains Carl Lewis et Michael Johnson (recordman du monde des 200 et 400 mètres) peuvent lui être comparés. Mais, sans aucun doute, «Lightning Bolt» a surpassé tous leurs exploits.

Pour le reste…

Déterminer quel est le plus grand champion de l’histoire relève bien sûr du débat subjectif. En plus des performances pures, le charisme et la trace laissée dans son sport sont des éléments importants de l’auto-discussion. Michael Phelps a bien sûr remporté 23 médailles d’or olympiques, mais la natation est propice à ce type d’exploits par la multiplication des épreuves. Jesse Owens est loin de posséder un palmarès approchant celui de Bolt; mais ses triomphes aux Jeux de Berlin en 1936 ont constitué un camouflet pour Hitler et les nazis. Pelé a révolutionné le football. Muhammad Ali a régné sur la boxe, et il est aussi devenu un emblème du courage, n’hésitant pas à mettre en jeu sa carrière et sa liberté pour défendre de justes causes politiques.

Alors, Bolt, Owens, Pelé, Ali, un autre?

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Paris 2024, c’est gagné !

Los Angeles adoube Paris

C’était dans l’air… Cette fois, c’est fait. Après cent ans d’attente, Paris organisera les Jeux Olympiques en 2024. Eric Garcetti, maire de Los Angeles, a en effet annoncé la candidature de la Cité des Anges pour l’organisation des Jeux Olympiques en 2028. Paris demeure donc seule en lice. Los Angeles trouve néanmoins son compte dans cette décision. Ainsi, Los Angeles sera officiellement «choisie» pour les Jeux de 2028 en septembre 2017. La ville californienne pourra donc exploiter tous les symboles olympiques durant onze ans au lieu de sept. En outre, la manne promise à Los Angeles par le Comité international olympique est conséquente: 1,8 milliard de dollars. Pour Paris, le rêve a un coût (le budget se monte à 6,6 milliards d’euros). Néanmoins, les économistes prévoient que les retombées indirectes liées aux Jeux se situeront entre 5,3 et 10,7 milliards d’euros. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 devraient se tenir du 2 au 18 août. Un long sprint porteur d’espoir commence.

Depuis près d’un an déjà, l’olympisme inattendu vous informait de l’évolution des choses :

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Les Jeux de 2024 et 2028 seront attribués en même temps

Pour qu’il n’y ait pas de perdants…

Le 11 juillet 2017, le Comité international olympique (C.I.O.) a confirmé que les Jeux Olympiques de 2024 et 2028 seront attribués en même temps. D’ici au 13 septembre 2017, Paris et Los Angeles sont invitées à négocier afin de trouver un accord, et la session du C.I.O. n’aura plus qu’à entériner le choix. L’idée était dans l’air depuis longtemps, et elle se concrétise.

En effet, le 15 mars 2017, un membre influent du C.I.O. avait indiqué que le Comité allait «plancher sur des propositions de réforme lors d’une session extraordinaire en juillet». Il apparaissait clairement que, lors de la session ordinaire de Lima, en septembre 2017, le C.I.O. désignerait en même temps les villes d’accueil des Jeux d’été de 2024 et 2028, puisque seules deux villes (Los Angeles et Paris) restaient dans la course, après les désistements de Hambourg, Rome et Budapest. Déjà, Thomas Bach, président du C.I.O., avait regretté qu’il y ait «trop de perdants». En outre, les villes candidates sont de moins en moins nombreuses (pour les Jeux d’hiver de 2022, après plusieurs désistements, seules Pékin et Almaty restaient en course). En outre, au regard des incertitudes qui règnent dans le monde, le C.I.O. sécuriserait les Jeux Olympiques pour une décennie. Enfin, recaler Los Angeles paraît impensable au regard des millions de dollars que les États-Unis font entrer dans les caisses du C.I.O., et recaler une nouvelle fois Paris semble difficile au regard de l’histoire du mouvement olympique.

Paris fait figure de favori pour 2024, d’autant plus que Los Angeles trouverait un intérêt financier à attendre quatre ans, grâce à l’augmentation dans la durée du merchandising olympique et en raison de la renégociation à la hausse de nombreux contrats dans l’optique de 2028.

Rappelons encore que ce ne serait pas une première, puisque en 1921, le C.I.O. attribua trois éditions des Jeux le même jour.

©Pierre LAGRUE