Deux concours de saut à la perche de rattrapage

Sacré dimanche !

1900Perche-2-concentrateLe concours de saut à la perche des Jeux Olympiques de Paris, en 1900, se déroula le dimanche 15 juillet. Les Américains protestèrent contre cette programmation, car la plupart ne voulaient pas concourir le jour du Seigneur. Un compromis fut trouvé : les organisateurs français décidèrent de maintenir le début de concours en ce jour du Seigneur, mais précisèrent que les Américains pourraient sauter le lundi s’ils le désiraient, et que le classement final se ferait à l’issue des deux concours. Or, au dernier moment, les organisateurs français firent volte-face, et un seul concours, celui du dimanche, serait organisé. De ce fait, les meilleurs Américains – Charles Dvorak, Dan Horton et Bascom Johnson – ne se trouvaient pas sur le terrain de la Croix-Catelan quand commença le concours du dimanche. Il était trop tard pour que les trois Américains – même s’ils avaient décidé de ne pas respecter le jour du Seigneur – y participent. En toute hâte, deux autres Américains, Irving Baxter, qui venait de remporter le saut en hauteur, et Meredith Colket, se rendirent sur le sautoir : Baxter s’imposa (3,30 m), devant Colket (3,25 m). Les Américains protestèrent vigoureusement. Pour calmer leur courroux, on organisa deux autres concours de saut à la perche, de manière « officieuse » : Bascom Johnson remporta le premier (3,38 m) ; Dan Horton remporta le second (3,45 m), devant Charles Dvorak (3,35 m). Tous firent donc mieux que le champion olympique – mais le palmarès ne fut pas modifié pour autant.

©Pierre LAGRUE



Privé de record du monde par le public

Emporté par la foule…

1900IrvingBaxter (2)Les épreuves des Jeux Olympiques de Paris, en 1900, se déroulèrent à Croix-Catelan, dans le bois de Boulogne, dans un stade peu adapté pour la compétition : ovale de 500 mètres dessiné dans l’herbe en guise de piste ; pas de fosse de réception pour les sauts ; présence du public hors des gradins… Une des vedettes de ces Jeux fut l’Américain Irving Baxter, qui remporta deux médailles d’or (saut en hauteur, saut à la perche) et trois médailles d’argent, dans les concours de sauts sans élan (hauteur, longueur, triple saut). Il réalisa sa plus belle performance dans la compétition de saut en hauteur, en franchissant 1,90 mètre. Assuré de la médaille d’or, il décida de s’attaquer au record du monde, et demanda que la barre fût placée à 1,95 mètre. Or les spectateurs, enthousiastes, voulurent être au plus près pour voir l’exploit. En fait, la foule envahit la zone de saut… et Irving Baxter, pris dans la cohue – ce qui lui interdisait de prendre son élan – décida de renoncer à tenter le record et mit fin à son concours.

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Robert Garrett humilie les Grecs !

Néophyte…

1896Robert-Garrett-2-retroL’Américain Robert Garrett, sorte d’athlète à multiples facettes, était avant tout un bon sauteur (hauteur et longueur) et un excellent spécialiste du lancer du poids. Aux Jeux Olympiques d’Athènes, en 1896, il devait participer aux concours de sauts en hauteur et en longueur, et au concours de lancer du poids. Mais, en arrivant en Grèce, il découvrit un étonnant engin : le disque. Aussi décida-t-il de participer au concours de lancer du disque. Or il expédia l’engin à 29,15 mètres, et battit les concurrents grecs, dont le favori, Panayiótis Paraskevópoulos, qui lança le disque à 28,95 mètres. Ce succès mortifia tous les Hellènes : en effet, le lanceur de disque, magnifié par les artistes de la Grèce antique, à l’image du Discobole de Myron, incarne la perfection athlétique, le canon de l’olympisme ; aussi pour les Jeux Olympiques renaissants, le peuple espérait la victoire d’un Grec dans ce concours, et ce d’autant que, parmi les onze concurrents, les seuls véritables spécialistes de cette discipline étaient les trois Grecs.

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Le troisième du marathon avait fait une partie du parcours en charrette

La première histoire de marathon…

BELOKAS-2-antiqueLe marathon des Jeux Olympiques d’Athènes, en 1896, fut l’épreuve reine de la première édition des Jeux. La victoire du modeste berger Spyridon Louis appartient au grand livre de l’histoire du sport. Spyridon Louis s’imposa devant son compatriote Kharilaos Vasilakos et un autre Grec, Spyridon Belokas. Mais le Hongrois Gyula Kellener, quatrième, doublé par une charrette à quelques kilomètres de l’arrivée, avait aperçu Spyridon Belokas assis à l’arrière de celle-ci. De fait, Spyridon Belokas avait effectué une partie du parcours assis dans cette charrette, ce que confirmèrent d’autres témoins ! Il fut donc disqualifié. Notons qu’il ne fut pas privé de la médaille de bronze, car, durant ces Jeux, l’attribution des médailles d’or, d’argent et de bronze n’existait pas (seuls les vainqueurs recevaient une médaille en argent). Néanmoins, ce jeune garçon de 19 ans connut le plus grand déshonneur qui fût : les coéquipiers de Spiridon Belokas ôtèrent le bouclier grec de sa chemise, car le tricheur couvrait de honte toute la Grèce. Même le roi Georges Ier s’émut de la situation : en dédommagement, il offrit sa montre en or à Gyula Kellener.

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Quand les nazis font annuler un match de football

Légende ou réalité ?

PEROU-2-concentrateLes Jeux Olympiques de Berlin, en 1936, furent une démonstration de force du régime nazi. Néanmoins, pour duper l’opinion mondiale, tout le monde fut « invité » à respecter la lettre du protocole olympique, donc à ne pas interférer dans les choses sportives. Hitler et Goebbels eux-mêmes se plièrent à cette règle, et ils la firent respecter par leurs troupes. Sauf en une occasion…

En effet, durant le tournoi de football, au grand dam d’Hitler, l’Allemagne fut éliminée par la Norvège. Il restait cependant pour sauver l’honneur des nazis l’équipe d’Autriche, pays natal du führer qu’il allait annexer deux ans plus tard. En quart de finale, l’Autriche affrontait le Pérou. Grâce à deux buts de Walter Werginz et Klement Steinmetz, l’équipe autrichienne semblait se diriger vers la victoire. Mais les Péruviens réussirent à égaliser. Prolongation. Le Pérou marqua 3 buts, tous refusés par l’arbitre italien ! Mais les Péruviens dominaient le match, et inscrivirent deux nouveaux buts, que l’arbitre accorda. Le Pérou a gagné 4-2… mais non, nouveau coup de théâtre : l’arbitre annula le match, car des supporters péruviens seraient entrés sur le terrain une minute avant la fin. Le Pérou s’insurgea de cette injustice et refusa catégoriquement cette mascarade. L’Autriche fut déclarée gagnante par forfait. Bien sûr, ces « supporters » n’étaient pas péruviens… Ces spectateurs auraient été mandatés par les plus hautes autorités nazies pour provoquer l’annulation du match. On ne connaît pas vraiment la vérité. Mais, quand la légende est plus belle que la vérité, croyons la légende.

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Ester Ledecka conserve son masque durant la conférence de presse

Fille de pub !

LEDEKA (2)Le succès de la Tchèque Ester Ledecka dans le super-géant alpin aux Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang constitua une des plus grandes surprises de l’histoire des Jeux Olympiques. En effet, Ester Ledecka est avant tout une championne de snowboard, et elle ne participait à des épreuves de ski alpin qu’en dilettante. Quand elle prit le départ du super-géant, avec son dossard numéro 26, équipée de skis Atomic que lui avait prêtés l’Américaine Mikaela Shiffrin, chacun félicitait déjà l’Autrichienne Anna Veith pour sa médaille d’or. La surprise fut donc totale quand s’afficha le temps d’Ester Ledecka, qui améliorait la performance de l’Autrichienne d’un centième de seconde ; durant de longues secondes, les bras ballants, la jeune Tchèque fixa le tableau d’affichage, incrédule, pensant à une erreur de chronométrage. Bien sûr, sa victoire fut confirmée… mais elle aurait pu être remise en cause durant la conférence de presse. Ester Ledecka se présenta en effet devant les journalistes sans ôter son masque de ski : « Je ne l’enlève pas, car c’est mon sponsor », déclara-t-elle. Mais elle se rendit vite compte de son erreur, car le règlement olympique interdit d’afficher ainsi son sponsor personnel. Ester Ledecka rectifia le tir, ajoutant, tout sourire : « Non, en fait, je ne pensais pas être à la conférence de presse, et comme je ne suis pas maquillée, je garde mon masque… » On n’est pas obligé de la croire… Quelques jours plus tard, elle remporta une seconde médaille d’or, dans le slalom géant de snowboard, une épreuve dont elle était la favorite. Une nouvelle fois, elle se présenta devant la presse en portant son masque de ski. Et elle évoqua encore son maquillage : « Il fallait déjà que je me lève tôt. Alors me lever encore plus tôt pour me maquiller, ça n’aurait pas eu de sens », a-t-elle expliqué.

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Kim Boutin en pleurs sur le podium à PyeongChang !

Pourquoi tant de haine ?

BOUTIN-2-boostLe chauvinisme est universel, et il provoque toujours les pires débordements. Ainsi, aux Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang en 2018, le 500 mètres de short-track se termina dans la polémique. L’Italienne Arianna Fontana devança l’idole du pays du Matin calme, Choi Min-jeong, ce qui constituait déjà une déception pour les Sud-Coréens. Pis ! Après examen de la vidéo, le jury disqualifia Choi Min-jeong, qui avait bousculé la Canadienne Kim Boutin. Le jugement était certes discutable, mais pas plus que d’autres décisions. Kim Boutin, initialement quatrième, récolta la médaille de bronze. Une médaille qui allait lui procurer bien des tourments : devant l’accumulation de messages agressifs et haineux, Kim Boutin dut fermer ses comptes sur les réseaux sociaux. Plus grave, elle reçut des menaces de mort, et les autorités durent lui assurer une protection policière. Le Comité international olympique (C.I.O.) « invita fermement » le public à célébrer Kim Boutin comme il se doit lors de la cérémonie de remises des médailles. Obéissant, le public a applaudi la Canadienne, qui a fondu en larmes sur le podium.

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Jugement de Salomon en 1964

Médailles pour tous en patinage

1964Patinage (2)En 1964, aux Jeux Olympiques d’hiver d’Innsbruck, la compétition de patinage artistique par couple vit la victoire des magnifiques Soviétiques Ludmila Beloussova et Oleg Protopopov, devant les Allemands Marika Kilius et Hans-Jürgen Bäumler, et les Canadiens Debbi Wilkes et Guy Revell. À la quatrième place figuraient les Américains Vivian et Ronald Joseph, frère et sœur, qui patinaient ensemble depuis l’enfance. Or les Allemands Marika Kilius et Hans-Jürgen Bäumler avaient prévu de devenir professionnels après ces Jeux, et avaient déjà signé leur contrat. À cette époque où le Comité international olympique (C.I.O.) brocardait le professionnalisme et chassait les « fraudeurs », il fut décidé que le contrat signé par le couple allemand était contraire au règlement : ils furent disqualifiés et durent rendre leur médaille en 1966. Debbi Wilkes et Guy Revell reçurent une médaille d’argent, et la « médaille en chocolat » de Vivian et Ronald Joseph se transforma en médaille de bronze. Les choses restèrent en l’état jusqu’en 1987 : le C.I.O. accepta alors de requalifier les Allemands, et on leur rendit leur médaille d’argent. Pour autant, Debbi Wilkes et Guy Revell conservèrent leur médaille d’argent, Vivian et Ronald Joseph gardèrent leur médaille de bronze. S’ensuivit un pataquès dans le palmarès, et il fallut attendre 2013 pour que le C.I.O. indique officiellement que les Canadiens et les Allemands se partageaient la médaille d’argent, alors que les Américains conservaient leur médaille de bronze.

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Le tour d’honneur de Derartu Tulu et Elana Meyer

Les femmes sont l’avenir du monde…

1992TourOn dit que l’olympisme constitue un symbole de paix, qu’il magnifie les rapports entre les champions, qu’il permet de rapprocher les peuples et les cultures. Souvent, ce ne sont que de bonnes paroles. Pourtant, en un beau jour de l’été 1992, deux jeunes femmes matérialisèrent cet esprit olympique originel, et firent peut-être avancer la réconciliation de l’Afrique du Sud avec elle-même et avec le monde plus rapidement que les hommes politiques et les traités. Elles se nomment Derartu Tulu et Elana Meyer. Lire la suite