Émile ALI-KHAN (1902- ?)

Athlète français

ALI-KHAN (2)Émile Ali-Khan, surnommé «Le Prince Ali-Khan», fut le premier athlète français à disputer une finale olympique dans l’épreuve reine, le 100 mètres: aux Jeux d’Anvers, en 1920, il se classa cinquième de la course remportée par l’Américain Charles Paddock. Toujours aux Jeux de 1920, associé à René Lorain, René Tirard et René Mourlon, il s’adjugea la médaille d’argent dans le relais 4 fois 100 mètres. Émile Ali-Khan conserve sa part de mystère. Déjà, il semble qu’il ait abandonné la compétition individuelle dès 1921, ne disputant plus que quelques courses de relais. On a longtemps pensé qu’il était décédé en 1960 à Paris. En fait, en raison de son surnom («Le Prince Ali-Khan») la chronique l’a confondu avec le prince Ali Salomon Khan, fils de l’Aga Khan III. En fait, on ignore les date et lieu de décès d’Émile Ali-Khan.

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George Henry GOULDING (1884-1966)

Athlète canadien

1912-Goulding (2)George Henry Goulding, qui débuta par le marathon, se lança dans la marche athlétique. Quatrième du 3500 mètres marche aux Jeux Olympiques de Londres en 1908, il va dès lors devenir quasi invincible, sauf lors des épreuves à handicap. En effet, pour assurer le spectacle et pour préserver le suspense, George Henry Goulding participait à des compétitions lors desquelles il laissait plusieurs centaines de mètres d’avance à ses rivaux. Bien sûr, ce ne fut pas le cas aux Jeux Olympiques de Stockholm, en 1912, où il remporta le 10 kilomètres marche, dans le temps de 46 min 28,4 s, établissant un record olympique qui tiendra jusqu’en 1948. Accusé de professionnalisme en 1915, il sera blanchi et conservera sa médaille d’or olympique. Par la suite, George Henry Goulding prendra part à des compétitions-spectacles, lors desquelles il pouvait se confronter aussi bien à un cavalier qu’à une équipe de relais. Il remporta au total quelque trois cents épreuves, et les archives indiquent qu’il gagna 95 p. 100 des compétitions auxquelles il prit part.

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Janusz KUSOCINSKI (1907-1940)

Athlète polonais

1932-KusocinskiJanusz Kusocinski remporta le 10000 mètres aux Jeux Olympiques de Los Angeles, en 1932. Cela constituait déjà un exploit en soi car, depuis l’inscription de cette épreuve aux Jeux en 1912, la victoire était toujours revenue à un Finlandais. Janusz Kusocinski mit fin à cette hégémonie, en devançant deux Finlandais, Volmari Iso-Hollo et Lauri Virtanen. Janusz Kusocinski se classa également deuxième du 5000 mètres des premiers Championnats d’Europe d’athlétisme, en 1934. Mais Janusz Kusocinski mérite mention pour son destin tragique. Durant la Seconde Guerre mondiale, il défendit Varsovie contre les troupes allemandes au sein d’un régiment d’infanterie. Puis il s’engagea dans la Résistance à l’occupant nazi. Arrêté par la Gestapo durant l’AB-Aktion (Ausserordentliche Befriedungsaktion, «Opération extraordinaire de pacification»), une campagne nazie menée dans le but d’éliminer les intellectuels et les élites socioéconomiques et spirituelles de la nation polonaise, il fut conduit dans un camp de concentration. Puis, tout comme plus de trois cent quatre-vingts de ses compatriotes, il fut abattu près de la ville de Palmiry, le 21 juin 1940, lors d’une opération nazie d’extermination de l’intelligentsia polonaise connue sous l’expression «massacre de Palmiry».

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Ludowika JAKOBSSON (1884-1968)

Patineuse germano-finlandaise

1920JACKOBSSONEn 1920, alors que les stigmates de la Grande Guerre n’étaient pas effacés, aucun concurrent allemand ne fut autorisé à participer aux Jeux Olympiques d’Anvers. En cherchant bien, cela n’est pas totalement exact. En effet, Ludowika Jakobsson, née à Potsdam, participa à la compétition de patinage artistique par couples, en compagnie de son époux, Walter Jakobsson. Le couple obtint la médaille d’or. Née Ludowika Eilers, la patineuse représenta l’Empire allemand dans les compétitions officielles jusqu’en 1911. Cette année-là, elle épousa son partenaire, le Finlandais Walter Jakobsson. Elle devint donc finlandaise, et c’est pour cette raison qu’elle fut autorisée à patiner aux Jeux d’Anvers. On note que les patineurs participaient à des Jeux «d’été». En 1924, le couple Jakobsson obtiendra la médaille d’argent aux Jeux «d’hiver» de Chamonix. Ludowika Jakobsson cumule donc les curiosités. Enfin, les archives indiquent que les médailles mondiales obtenues aux Championnats du monde par le couple en 1910 et en 1911 sont considérées comme des demi-médailles, une pour l’Allemagne, l’autre pour la Finlande.

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Jackson SCHOLZ (1897-1986)

Athlète américain

1924-ScholzJackson Scholz remporta la médaille d’or dans le 200 mètres aux Jeux Olympiques de Paris, en 1924. Mais c’est pour sa médaille d’argent dans le 100 mètres qu’il est passé à la postérité: en effet, il fut devancé par le Britannique Harold Abrahams, et cet épisode est largement évoqué dans le film Les Chariots de feu. Jackson Scholz, également champion olympique avec le relais 4 fois 100 mètres américain aux Jeux d’Anvers en 1920, aurait pu obtenir une quatrième médaille, en bronze: dans le 200 mètres des Jeux d’Amsterdam, en 1928, il termina troisième ex aequo avec l’Allemand Helmut Körnig; les officiels n’arrivant pas à départager les deux hommes, ils proposèrent une course de départage; Scholz refusa et laissa la médaille de bronze à Körnig.

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Ewa KLOBUKOWSKA (1946- )

Athlète polonaise

1964-KLOBUKAux Jeux Olympiques de Tokyo, en 1964, Ewa Klobukowska remporta la médaille de bronze dans le 100 mètres et la médaille d’or dans le relais 4 fois 100 mètres. Également championne d’Europe du 100 mètres en 1966, Ewa Klobukowska fut sans doute victime d’une grande injustice en 1967. Lors d’une course à Kiev, elle fut accusée de dopage et, à l’instigation de la Fédération soviétique, elle fut suspendue à vie. En outre, à la suite d’un test de féminité, des médecins déclarèrent qu’elle souffrait s’une «féminité insuffisante». Ewa Klobukowska vécut ce bannissement comme une humiliation. Elle donnera pourtant naissance à un fils dès 1968. On saura rapidement que le test de féminité n’était pas fiable (la méthode utilisée dans son cas sera abandonnée juste après son «contrôle»). Pourtant, ce n’est que dans les années 1990, avec la chute du communisme en Europe de l’Est, qu’Ewa Klobukowska put prouver son innocence et être réhabilitée. Quand on connaît tous les systèmes de dopage d’État instaurés dans les pays communistes à l’époque, qu’une innocente fût suspendue ne manque pas de sel. L’exception qui confirme la règle…

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Abdoulaye SEYE (1934-2011)

Athlète franco-sénégalais

1960-SEYEAbdoulaye Seye remporta une médaille de bronze sur 200 mètres aux Jeux Olympiques de Rome, en 1960, devenant le premier sprinteur français médaillé olympique à titre individuel. Pourtant, Abdoulaye Seye, né au Sénégal, aurait voulu porter d’autres couleurs. Abdoulaye Seye découvrit l’athlétisme en 1954, alors qu’il effectuait son service militaire à Toulon. Il se distingua rapidement, établissant en 1959 les records de France du 100 mètres (10,2 s) et du 200 mètres (20,8 s). En 1960, il établit le record de France du 400 mètres (45,9 s). Abdoulaye Seye souhaitait participer aux Jeux Olympiques de Rome, en 1960, sous les couleurs de la Fédération du Mali (composée du Soudan français et du Sénégal), mais le Comité international olympique (C.I.O.) refusa d’accéder à sa demande. Abdoulaye Seye, français donc, se classa troisième du 200 mètres (20,7 s), derrière l’Italien Livio Berruti (20,5 s) et l’Américain Lester Carney (20,6 s). Dès 1961, Abdoulaye Seye mit en place le Comité olympique sénégalais et devint entraîneur de l’équipe sénégalaise d’athlétisme, poste qu’il conservera jusqu’en 1965. Plus tard, il sera conseiller technique au ministère des Sports du Sénégal.

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Pierre FAILLIOT (1887-1935)

Athlète et rugbyman français

1912-FailliotPierre Failliot, surnommé «L’Autobus», est essentiellement connu comme rugbyman: évoluant au poste d’ailier, il compte huit sélections au sein du XV de France, de 1911 à 1913. Mais Pierre Failliot, par ailleurs excellent joueur de pelote basque, était aussi un athlète complet. Il établit ainsi, en 1908, un record de France du 400 mètres (49,0 s) qui allait tenir vingt ans. Cette performance aurait dû lui permettre de briguer une médaille aux Jeux Olympiques de Londres en 1908, mais il n’y participa pas… Pour une raison bien étrange, selon la chronique : ses parents lui auraient interdit de se rendre à Londres pour ne pas compromette ses études (Pierre Failliot, alors élève au lycée Janson-de-Sailly, sera diplômé de l’École centrale Paris en 1913). Pierre Failliot participera néanmoins aux Jeux Olympiques, en 1912 à Stockholm, obtenant la médaille d’argent dans le relais 4 fois 400 mètres.

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Panayiótis PARASKEVOPÓULOS (1875-1956)

Athlète grec

1896-paraskevopoulosPanayiótis Paraskevópoulos se classa deuxième du concours de lancer du disque lors des premiers Jeux Olympiques d’Athènes, en 1896, ce qui mortifia tous les Hellènes. En effet, le lanceur de disque, magnifié par les artistes de la Grèce antique, à l’image du Discobole de Myron, incarne la perfection athlétique, le canon de l’olympisme. Aussi, pour les Jeux Olympiques renaissants, le peuple espérait la victoire d’un Grec dans ce concours. Et ce d’autant que les seuls concurrents véritablement spécialistes de cette discipline étaient les Grecs. Panayiótis Paraskevópoulos lança le disque à 28,95 mètres, mais un intrus le priva de la victoire: l’Américain Robert Garrett. Ce dernier, sorte d’athlète à multiples facettes, était avant tout un bon sauteur (hauteur et longueur) et un excellent spécialiste du lancer du poids. Le voyage des États-Unis jusqu’en Grèce étant long, Robert Garrett le rentabilisa en s’inscrivant aussi dans l’épreuve de lancer du disque. Or il expédia l’engin à 29,15 mètres, devenant champion olympique devant un public grec mortifié. Panayiótis Paraskevópoulos participa encore aux Jeux Olympiques en 1900, à Paris, mais sans briller: il se classa quatrième du concours de lancer du disque, avec une belle performance (34,04 m), et cinquième du concours de lancer du poids.

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Kinue HITOMI (1907-1931)

Athlète japonaise

1928-HITOMI (2)Kinue Hitomi était une athlète complète, capable de se distinguer dans les épreuves de sprint, de demi-fond, de saut et de lancer. Ainsi, lors Jeux mondiaux féminins de 1926, elle remporta les concours de saut en longueur et de saut en longueur sans élan, se classa troisième du 100 mètres et deuxième du concours de lancer du disque. En 1927 furent organisés les quatrièmes Jeux du sanctuaire Meiji, réunissant deux cents jeunes femmes et servant de sélection pour les Jeux Olympiques d’Amsterdam, en 1928, où les femmes étaient pour la premières fois conviées à participer aux épreuves d’athlétisme. Kinue Hitomi établit plusieurs records du monde, et devint une vedette nationale. À Amsterdam, elle fut retenue pour disputer le 800 mètres. Elle obtint la médaille d’argent, battue par l’Allemande Lina Radke, à l’issue d’un duel intense. On note que les thuriféraires de la « masculinité sportive » émirent de violentes critiques à l’issue de cette épreuve, car certaines concurrentes terminèrent la course épuisées (le Comité international olympique décidera de rayer le 800 mètres du programme jusqu’en 1960). Kinue Hitomi brilla de nouveau aux Jeux mondiaux féminins de 1930, où elle gagna le saut en longueur, se classa deuxième du triathlon, troisième du 60 mètres et du lancer du javelot. Sorte de stakhanoviste de l’athlétisme, Kinue Hitomi, épuisée par l’accumulation des compétitions en Europe, contracta une pneumonie, et décéda des suites de celle-ci en 1931, à vingt-quatre ans.

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