Trebisonda VALLA (1916-2006)

Athlète italienne

VALLA (3)Trebisonda Valla fut la première Italienne à remporter une médaille d’or olympique en athlétisme, ce qui vaut bien une mention. Trebisonda Valla, dite Ondina Valla, se distingua sur les pistes dès l’âge de treize ans, et, encore adolescente, elle fut sélectionnée dans l’équipe nationale. Championne complète, elle obtint d’excellents résultats en sprint, dans les courses de haies et dans les concours de saut. Sportive adulée par les supporters italiens, elle devint un symbole de la jeunesse nationale triomphante pour le régime fasciste. En 1936, aux Jeux Olympiques de Berlin, elle remporta le 80 mètres haies, à l’issue d’une course très serrée : quatre concurrentes avaient réalisé le même temps, 11,7 secondes, et il fallut recourir à la photo-finish pour les départager. La médaille d’or revint à Trebisonda Valla, la médaille d’argent à l’Allemande Anni Steurer, la médaille de bronze à la Canadienne Betty Taylor. Quant à la grande rivale de Trebisonda Valla en Italie, Claudia Testoni, elle dut se contenter de la quatrième place, et n’eut pas droit au podium.

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Yakov PUNKIN (1921-1994)

Lutteur soviétique

1952PUNKIN (2)Certains exploits olympiques ont plus de valeur que d’autres, en raison du parcours personnel du médaillé. L’olympisme inattendu se devait de rendre hommage à Yakov Punkin. En 1952, sur décision de Staline, l’Union soviétique participa pour la première fois aux Jeux Olympiques, à Helsinki. Yakov Punkin, adepte de la lutte gréco-romaine depuis 1938, fut sélectionné, et il remporta la médaille d’or dans la catégorie des poids plume. Or, engagé dans l’Armée rouge en 1941, il avait été capturé par les Allemands. Il avait réussi à cacher ses origines juives, ce qui lui évita la mort. Mais, à sa libération en 1945, il ne pesait plus que 38 kg. Il continua cependant de servir dans l’Armée rouge et reprit la lutte gréco-romaine, avec le joli succès qu’on connaît. Yakov Punkin abandonna la compétition en 1955, et devint entraîneur. Un tournoi est organisé chaque année en son honneur dans sa ville natale, Zaporijia, en Ukraine.

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Miloslava REZKOVÁ (1950-2014)

Athlète tchécoslovaque

1968rezkova (2)Miloslava Rezková remporta le concours de saut en hauteur aux Jeux Olympiques de Mexico, à dix-huit ans, ce qui constitue un bel exploit. En effet, alors que sa meilleure performance en début de saison 1968 n’était que de 1,66 mètre, elle franchit 1,82 mètre et devança les deux Soviétiques Antonina Okorokova et Valentina Kozyr. L’année suivante, elle remporta le concours aux Championnats d’Europe (1,83 m). Tout cela n’a rien d’inattendu. Ce qui l’est moins, c’est une belle histoire qui dit qu’un milliardaire grec, tombé sous son charme, aurait proposé de l’épouser, en lui offrant en cadeau de mariage une île de la mer Égée ! La jeune femme déclina l’offre et se maria, en 1970, avec son entraîneur, Rudolf Hübner. Par la suite, elle ne réalisa plus de performances marquantes. Elle mit un terme à sa carrière sportive en 1977.

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Giuseppe GENTILE (1943- )

Athlète italien

1968GENTILE (2)Giuseppe Gentile fut un des acteurs du concours de triple saut qui connut le plus de rebondissements, celui des Jeux Olympiques de Mexico, en 1968. Déjà, durant les épreuves de qualification, il provoqua la surprise en battant le record du monde détenu par le Polonais Jozef Szmidt depuis 1960 (17,03 m), en retombant à 17,10 mètres. En finale, il réalisa un nouveau coup d’éclat : dès le premier essai, il réalisa 17,22 mètres ; avec ce nouveau record du monde, il pensait tenir la médaille d’or. Mais, au troisième essai, le Soviétique Viktor Saneïev fit mieux (17,23 m) ; puis le Brésilien Nelson Prudencio réalisa 17,27 mètres à son cinquième essai ; Saneïev répliqua à sa sixième et dernière tentative (17,35 m). Cas sans doute unique : Giuseppe Gentile améliora deux fois le record du monde de la spécialité et dut se contenter d’une médaille de bronze. Mais Pier Paolo Pasolini, qui l’avait remarqué aux Jeux, lui confia le rôle de Jason dans son film Médée (1969), avec Maria Callas dans le rôle-titre. Par la suite, il refusa plusieurs rôles, car il considérait les films qu’on lui proposait comme mineurs. Enfin, Giuseppe Gentile fit fabriquer une réplique de sa médaille olympique : il découpa l’original et la copie, fit souder les morceaux et il offrit une des deux médailles à son entraîneur, Gigi Rosati. Acteur éphémère, Giuseppe Gentile ne réalisa plus de grandes performances sportives.

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Serge REDING (1941-1975)

Haltérophile belge

1968reding (2)Serge Reding demeure considéré comme le meilleur haltérophile belge de tous les temps. Ce poids lourd, qui pesait 90 kg à ses débuts, affichait meilleur de sa forme 140 kg sur la balance. Serge Reding connut son pic de gloire aux Jeux Olympiques de Mexico : il obtint la médaille d’argent dans la catégorie des lourds (555 kg aux trois mouvements), largement devancé néanmoins par le Soviétique Leonid Jabotinski (572,5 kg). Serge Reding semblait capable de briller aux Jeux Olympiques de Munich, en 1972, se disant même prêt à battre le colosse soviétique Vassili Alexeïev. Mais, au matin de la compétition, se déroula la sanglante prise d’otages de sportifs israéliens, parmi lesquels l’haltérophile Yossef Romano. Âme sensible, Serge Reding ne parvint pas à soulever la moindre barre, et ne fut pas classé. La fin de sa vie est entourée de mystère. Tombé amoureux d’une belle Philippine, il délaissa l’entraînement, fit de multiples allers-retours entre la Belgique et Manille. En juin 1975, il succomba à une crise cardiaque, à trente-trois ans, à Manille. Certains chroniqueurs ont par la suite remis en cause cette « mort naturelle ». Ils pensent que la belle Philippine aurait été téléguidée par le milieu pour séduire l’haltérophile qui, grâce à sa notoriété, franchissait sans grand contrôle les frontières. Le milieu aurait ainsi alimenté un trafic. D’autres affirment que Serge Reding, en possession de 3 millions de francs lors de son dernier voyage, aurait été supprimé pour cet argent. Le mystère n’a jamais été éclairci.

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Liese PROKOP (1941-2006)

Athlète et femme politique autrichienne

1968-PROKOP (2)Marier sport de compétition et vie politique est chose complexe. C’est pourquoi l’olympisme inattendu se devait de rendre hommage à Liese Prokop. Spécialiste des épreuves combinées, Liese Prokop obtint la médaille d’argent dans le pentathlon aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, devancée par l’Allemande de l’Ouest Ingrid Mickler-Becker. En 1969, Liese Prokop remporta le pentathlon aux Championnats d’Europe d’Athènes. La même année, elle se lança en politique, et fut élue au Parlement de la Basse-Autriche. Plus tard, en 2004, elle devint la première femme ministre de l’Intérieur de l’Autriche, dans le cabinet du chancelier Wolfgang Schüssel. Actrice majeure des négociations entre le Parti populaire et les sociaux-démocrates en vue de former un gouvernement de grande coalition en 2006, Liese Prokop décéda subitement, d’une rupture de l’aorte.

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Eddy OTTOZ (1944- )

Athlète italien

1968-OTTOZ-antiqueEddy Ottoz fut le meilleur hurdler européen à la fin des années 1960. Il fut ainsi champion d’Europe du 110 mètres haies en 1966 et en 1969. Il connut son heure de gloire aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968 : dans cette spécialité dominée par les Américains, il s’adjugea la médaille de bronze, derrière les Américains Willie Davenport et Ervin Hall. Plus tard, Eddy Ottoz, né de parents émigrés valdôtains, se lança en politique dans sa région. En 1998, il fut élu Conseil de la Vallée d’Aoste sur la liste de l’Union valdôtaine. Par la suite, il rejoignit le parti de Silvio Berlusconi.

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John CARLOS (1945- )

Athlète américain

1968CARLOS (3)Quand on évoque l’épisode du podium du 200 mètres des Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, où les Noirs américains Tommie Smith et John Carlos levèrent un poing ganté de noir pour protester contre la discrimination raciale dont leurs frères de couleurs étaient victimes aux États-Unis, on parle toujours du geste de « Smith et Carlos », jamais de « Carlos et Smith ». Les deux hommes avaient un projet commun, mais Smith occupait la plus haute marche du podium, Carlos la marche réservée au troisième. Pourtant, ils jouèrent un rôle équivalent dans la lutte pour le respect des droits de l’homme. Lire la suite

Ricky BRUCH (1946-2011)

Athlète suédois

1968-BRUCH (2)Le discobole Ricky Bruch est arrivé soudainement sur la scène sportive, réalisant d’étonnantes performances. Il arrêta sa carrière sportive, puis la reprit de manière très artificielle, alimentant les soupçons de dopage (Bruch lui-même avoua qu’il s’était dopé, bien qu’il n’ait jamais été contrôlé positif). Puis il tourna dans quelques films mineurs. Tout cela vaut bien une mention au titre de l’olympisme inattendu. Médaillé d’argent aux Championnats d’Europe en 1969, derrière l’Allemand de l’Est Hartmut Losch, Ricky Bruch établit un sensationnel record d’Europe la même année : 68,06 mètres. En 1972, il égale le record du monde de l’Américain Jay Silvester (68,40 m). Avec Silvester, il fait figure de favori pour les Jeux Olympiques de Munich, en 1972. Mais les deux hommes sont battus par le vétéran tchécoslovaque Ludvik Danek(64,40 m) : Silvester obtient la médaille d’argent (63,50 m), Bruch la médaille de bronze (63,40 m). Troisième des Championnats d’Europe en 1974, Ricky Bruch disparaît de la scène internationale jusqu’en… 1984 : à trente-huit ans, il réalise son meilleur jet (71,26 m). Entre-temps, son physique de colosse a séduit le cinéma : il tourne en 1974 dans un western spaghetti, Même les anges tirent à droite. On le voit par la suite dans des rôles mineurs.

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César MENDOZA (1918-1996)

Cavalier et militaire chilien

MENDOZA2Certains médaillés olympiques se sont « distingués » par la suite de façon déshonorable. Ainsi de César Mendoza. Cavalier de talent, César Mendoza remporta la médaille d’or dans le concours de saut d’obstacles par équipes aux Jeux panaméricains en 1951. L’année suivante, aux Jeux Olympiques d’Helsinki, il obtint une médaille d’argent dans la même épreuve. Il réussit ses dernières performances d’envergure aux Jeux panaméricains de 1959, où il s’adjugea une nouvelle médaille d’or. César Mendoza revint sur le devant de la scène en 1973 : il participa au coup d’État du 11 septembre qui renversa le gouvernement de Salvador Allende, et fit partie de la junte militaire qui gouverna le Chili d’une main de fer. César Mendoza devint alors commandant en chef des Carabiniers et le restera jusqu’en 1985. Le 30 mars de cette année-là, trois intellectuels communistes furent assassinés par les Carabiniers : cet événement, connu sous l’expression Caso Degollados (« Affaire des égorgés ») et emblématique des violations des droits de l’homme au Chili, contraint César Mendoza à démissionner le 2 août 1985. Mais il n’est pas jugé pour ses crimes : le régime de Pinochet promulgue la « loi Mendoza », laquelle permet à toute personnalité publique « investie de dignité » de refuser de témoigner devant les tribunaux.

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