Des Jeux sans la Russie, mais avec les Russes !

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Rêvons de Jeux sans hymnes et sans drapeaux

Le 6 décembre 2017, le Comité international olympique (C.I.O.) a suspendu le Comité olympique russe en raison du dopage à grande échelle organisé par le pays de Vladimir Poutine aux Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014. Néanmoins, certains sportifs russes seront autorisés à participer aux Jeux d’hiver de Pyeongchang (9-26 février 2018), sous la bannière « Athlète olympique de Russie ». Inutile de revenir longuement sur cette affaire qui a déjà fait perdre à la Russie un tiers de ses médailles obtenues en 2014 à Sotchi (onze médaillés russes ont été disqualifiés pour dopage) ou sur les stratagèmes mis en œuvre par le F.S.B., dignes des heures sombres de l’espionnage du temps de la guerre froide (remplacement d’échantillons urinaires de dopés par des échantillons « propres » au travers d’une trappe à souris, etc.). En fait, en termes d’images, le C.I.O. n’avait d’autre choix que de sanctionner, au moins partiellement, la Russie.
Parlons maintenant d’utopie. Et tentons de positiver « grâce » à cette affaire : pourquoi, un jour, ne verrions-nous pas des Jeux Olympiques sans hymnes et sans drapeaux ? De tous temps, les États se sont glorifiés des succès de leur sportifs, montés en épingle par le pouvoir, la R.D.A. fournissant l’exemple le plus flagrant de cette dérive. Mais les États-Unis ne furent jamais en reste pour faire vibrer la fibre nationale. Naguère, lord Killanin, président du C.I.O. de 1972 à 1980, au plus fort de la crise olympique marquée par les boycottages successifs, disait rêver de Jeux « sans hymnes et sans drapeaux ». Pour les Jeux d’hiver de 2018, La Russie est exclue, mais pas les Russes. Allons plus loin : espérons que, bientôt, tout sportif concoure sous la dénomination « Athlète olympique de [tel ou tel pays] ». Si cela ne modifierait guère la donne pour les sportifs et leurs supporters, les États et les pouvoirs auraient plus de difficultés à présenter ces succès olympiques comme des victoires militaires.

©Pierre LAGRUE