Jesse Owens fut contraint de courir contre un cheval

Du héros de Berlin au petit-fils d’esclave…

1936Owens-ChevalLa figure de Jesse Owens appartient à la grande histoire olympique. Il demeure l’homme qui a osé défier Hitler et a ridiculisé les thèses raciales des nazis. Sa gloire est éternelle. Pourtant, à l’époque, cette gloire s’avéra très éphémère. En effet, au lendemain sa dernière victoire à Berlin, il fut sommé de participer à une tournée de meetings. Ces meetings étaient lucratifs pour la Fédération américaine d’athlétisme, mais pas pour les athlètes, car monnayer leurs lauriers olympiques leur était interdit. Jesse Owens, qui devait disputer huit courses en cinq jours, refusa de participer à cette tournée. La sanction tomba: au lendemain de son triomphe olympique, Avery Brundage, président du Comité olympique américain, le suspendit de toute compétition officielle. La carrière de Jesse Owens était terminée.

Le héros de Berlin tenta de gagner sa vie comme il le pouvait. Ainsi, il accepta de courir contre un cheval à La Havane, pour 2000 dollars. Pour l’anecdote, le quadruple champion olympique, parti avec 40 yards d’avance, gagna cette course ridicule. Beaucoup plus tard, Jesse Owens reviendra sur l’événement: «On a dit que c’était dégradant pour un champion olympique de courir contre un cheval. Mais qu’est-ce que j’étais censé faire? J’avais quatre médailles d’or, mais je ne pouvais pas les manger. À l’époque, il n’y avait pas de télévision ni de contrats publicitaires. En tout cas pas pour un Noir.» En fait, dès la fin des Jeux de Berlin, l’Amérique avait renvoyé James Cleveland Owens à sa condition de petit-fils d’esclave, un statut dont il ne s’était extirpé que durant six jours magiques de l’été de 1936, au cœur même de la capitale nazie.

©Pierre LAGRUE