John CARLOS (1945- )

Athlète américain

1968CARLOS (3)Quand on évoque l’épisode du podium du 200 mètres des Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, où les Noirs américains Tommie Smith et John Carlos levèrent un poing ganté de noir pour protester contre la discrimination raciale dont leurs frères de couleurs étaient victimes aux États-Unis, on parle toujours du geste de « Smith et Carlos », jamais de « Carlos et Smith ». Les deux hommes avaient un projet commun, mais Smith occupait la plus haute marche du podium, Carlos la marche réservée au troisième. Pourtant, ils jouèrent un rôle équivalent dans la lutte pour le respect des droits de l’homme. En effet, tous les deux étudiants à l’université de Californie à San Jose, ils participèrent à l’élaboration de l’« Olympic Project for Human Rights » (« Projet olympique pour les droits de l’homme ») en 1967. Puis, lors des sélections américaines pour les Jeux de Mexico, John Carlos remporta le 200 mètres en battant le record du monde (19,92 s) : premier homme à courir la distance en moins de 20 secondes, il aurait dû entrer dans la légende du sprint ; or il chaussait des pointes non réglementaires, et son record ne fut pas homologué. Aux Jeux de Mexico, Carlos mena longtemps la course, mais Smith, à la foulée aérienne, le dépassa ; Carlos, surpris, laissa même échapper la médaille d’argent, laquelle revint à l’Australien Peter Norman. L’histoire de la remise des médailles est connue. On note que John Carlos portait un collier qui évoquait l’esclavage, alors que Tommie Smith portait un foulard au cou en référence aux lynchages des Noirs dans le Sud profond. Les deux hommes furent renvoyés du village olympique et exclus à vie des Jeux Olympiques, sous la pression d’Avery Brundage. John Carlos continua de courir en 1969, mais, la porte des Jeux Olympiques lui étant définitivement fermée, il s’essaya sans réussite au football américain. Durant des années, John Carlos, menacé de mort, vécut dans la peur. On pense que cette situation provoqua le suicide de son épouse, en 1977.

©Pierre LAGRUE