Le troisième du marathon avait fait une partie du parcours en charrette

La première histoire de marathon…

BELOKAS-2-antiqueLe marathon des Jeux Olympiques d’Athènes, en 1896, fut l’épreuve reine de la première édition des Jeux. La victoire du modeste berger Spyridon Louis appartient au grand livre de l’histoire du sport. Spyridon Louis s’imposa devant son compatriote Kharilaos Vasilakos et un autre Grec, Spyridon Belokas. Mais le Hongrois Gyula Kellener, quatrième, doublé par une charrette à quelques kilomètres de l’arrivée, avait aperçu Spyridon Belokas assis à l’arrière de celle-ci. De fait, Spyridon Belokas avait effectué une partie du parcours assis dans cette charrette, ce que confirmèrent d’autres témoins ! Il fut donc disqualifié. Notons qu’il ne fut pas privé de la médaille de bronze, car, durant ces Jeux, l’attribution des médailles d’or, d’argent et de bronze n’existait pas (seuls les vainqueurs recevaient une médaille en argent). Néanmoins, ce jeune garçon de 19 ans connut le plus grand déshonneur qui fût : les coéquipiers de Spiridon Belokas ôtèrent le bouclier grec de sa chemise, car le tricheur couvrait de honte toute la Grèce. Même le roi Georges Ier s’émut de la situation : en dédommagement, il offrit sa montre en or à Gyula Kellener.

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Shizo Kanakuri met 54 ans pour terminer le marathon !

Le disparu de Stockholm

KANAKURI-2-concentrateLe marathon des Jeux Olympiques de Stockholm, en 1912, fut un des plus difficiles de l’histoire : les concurrents s’élancèrent sous un soleil de plomb ; plus de la moitié d’entre eux abandonnèrent. L’épreuve fut même le théâtre d’un drame, puisque le jeune Portugais Francisco Lázaro, victime d’une insolation, décéda à l’hôpital. Quant au Japonais Shizo Kanakuri, il a pris le départ mais n’a pas franchi la ligne d’arrivée. Pourtant, il ne figurait pas parmi les trente-deux marathoniens que les organisateurs avaient ramassés sur le parcours et qui avaient donc abandonné. On avait perdu sa trace ! La police partit à sa recherche, sans succès. Shizo Kanakuri devint rapidement le « disparu de Stockholm ». Les rumeurs se multiplièrent. Certains l’auraient aperçu titubant dans les rues de Stockholm, cherchant l’entrée du Stade olympique, d’autres l’auraient vu boire un verre en compagnie de deux beautés locales. En fait, aucune piste n’était sérieuse. Le temps passant, les recherches s’arrêtèrent, puis on l’oublia. En fait, épuisé, Shizo Kanakuri avait demandé à un spectateur de lui donner à boire. Ce spectateur compatissant lui offrit donc un verre d’eau. Mieux, devant sa souffrance et son état d’épuisement, il lui proposa un lit pour se reposer. Shizo Kanakuri accepta de s’allonger un moment, mais il dormit profondément et ne se réveilla que le lendemain matin. Quand il se quitta les bras de Morphée, honteux, Shizo Kanakuri songea à ne pas rentrer dans son pays. Finalement, dans la plus grande discrétion, il embarqua sur un navire mouillant en Suède et en partance pour le Japon. Toutefois, cette mésaventure de 1912 l’avait profondément meurtri. Ainsi, en 1967, alors âgé de 76 ans, il revint à Stockholm à l’occasion de l’inauguration d’un grand magasin et… termina le marathon : conduit au Stade olympique, il trottina devant un public surpris, puis franchit la ligne d’arrivée, 54 ans, 8 mois, 6 jours, 8 heures, 32 minutes et 20 secondes après avoir pris le départ.

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Harold ABRAHAMS (1899-1978)

Athlète britannique

ABRAHAMS-2-concentrateVainqueur du 100 mètres lors des Jeux Olympiques de Paris en 1924, Harold Abrahams devint le premier Européen médaillé d’or dans la course reine des Jeux. Mais il est surtout passé à la postérité grâce au film de Hugh Hudson Les Chariots de feu (1981). Né dans une famille sportive (son frère aîné, Sidney, représenta la Grande-Bretagne dans l’épreuve de saut en longueur aux Jeux Olympiques de Stockholm en 1912), Harold Abrahams participa pour la première fois aux Jeux Olympiques en 1920 à Anvers, sans briller. Membre de l’équipe universitaire de Cambridge de 1920 à 1924, il remporta une série de victoires contre Oxford dans les compétitions de sprint et de saut en longueur. Il redoubla d’efforts à l’entraînement dans l’optique des Jeux Olympiques de Paris en 1924 : à Paris, il causa la surprise en remportant le 100 mètres, en prenant le meilleur sur les grands favoris américains, Jackson Scholz (deuxième) et Charlie Paddock (sixième). Son principal rival britannique en sprint, Eric Liddell, profondément croyant, avait quant à lui renoncé à courir le 100 mètres, car la finale se déroulait un dimanche. L’histoire de Liddell et d’Abrahams sert de trame au magnifique film de Hugh Hudson Les Chariots de feu (1981), qui met en avant la confession d’Abrahams, juif, et dépeint sa victoire comme un triomphe personnel face à l’antisémitisme. Également médaillé d’argent dans le relais 4 fois 100 mètres aux Jeux de Paris, Harold Abrahams mit fin à sa carrière sportive l’année suivante. Harold Abrahams signa plusieurs ouvrages consacrés au sport, dont The Olympic Games, 1896-1952. Puis il présida le British Amateur Athletics Board de 1968 à 1975.

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Helen STEPHENS (1918-1994)

Athlète américaine

STEPHENS-2-freshblueHelen Stephens connut une carrière athlétique éclair : elle débuta la compétition à dix-huit ans quitta la scène sportive à moins de vingt ans. Elle remporta néanmoins deux médailles d’or olympiques. Surnommée « Fulton Flash », Helen Stephens remporta le 100 mètres et le relais 4 fois 100 mètres aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Après ces Jeux de Berlin, Helen Stephens remporta trois titres de championne des États-Unis (50 mètres, lancer du poids et 200 mètres), puis elle abandonna les pistes d’athlétisme à moins de vingt ans : durant sa brève carrière, qui n’aura duré que trente mois, elle disputa plus de cent courses, qu’elle remporta toutes. Elle effectua ensuite une tournée dont elle partageait la tête d’affiche avec Jesse Owens, avant de s’essayer au basket-ball et au softball en tant que professionnelle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle servit dans le corps des marines. Beaucoup plus tard, dans les années 1980, Helen Stephens participera à quelques compétitions d’athlétisme, dans la catégorie des vétérans.

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Jim LIGHTBODY (1882-1953)

Athlète américain

LIGHBODY-2-boostJim Lightbody peut être considéré comme le premier miler qui construisait ses victoires grâce à son finish. Ainsi, aux Jeux Olympiques de Saint Louis en 1904, il remporta trois médailles d’or, alors qu’il n’était le favori d’aucune des épreuves. Il s’imposa dans le 800 mètres, le 1 500 mètres, et même dans la course de steeple (2 590 mètres), alors qu’il n’avait jamais disputé une course de steeple auparavant. Dans cette épreuve, il devança au sprint le grand favori, l’Irlandais John Daly (qui représentait la Grande-Bretagne). Aux Jeux de Saint-Louis, il obtint aussi la médaille d’argent dans la course de cross par équipes de 4 miles, avec la formation de la Chicago Athletic Association. En 1906, durant les « Jeux intercalaires » d’Athènes, il remporta le 1 500 mètres et termina deuxième du 800 mètres. Mais, un demi-siècle plus tard, le Comité international olympique (C.I.O.) décida de rayer ces « Jeux intercalaires » des palmarès. Le « compteur olympique » de Jim Lightbody, qui participa encore aux Jeux de Londres en 1908 sans obtenir de succès, resta donc bloqué à quatre médailles, ce qui est déjà fort respectable.

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Archie HAHN (1880-1955)

Athlète américain

HAHN-2-antiqueAujourd’hui, Archie Hahn serait une star internationale. En effet, il fut la grande vedette des Jeux Olympiques de Saint Louis en 1904 : il remporta la médaille d’or dans les trois épreuves de sprint. Archie Hahn s’adjugea le 60 mètres, le 100 mètres et le 200 mètres (21,6 s, en établissant un record olympique qui tiendra vingt-huit ans). Il effectua donc le doublé 100-200 mètres, inaugurant une liste sur laquelle figureront de prestigieux champions. Réputé pour ses départs rapides, ce qui lui valut son surnom (la « Comète de Milwaukee »), il passa professionnel et continua de pratiquer la course à pied jusqu’à l’âge de trente-huit ans. Par la suite, il dirigea la publication de How to Sprint (1923), un manuel traitant des courses de sprint qui deviendra un classique.

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John FLANAGAN (1873-1938)

Athlète américain

flanagan-2-boostJohn Flanagan fut à la fois le premier champion olympique de lancer du marteau et, bien que représentant les États-Unis, une des premières grandes figures de l’Irlande. En effet, John Flanagan, né à Kilbreedy, dans le comté de Limerick, émigra aux États-Unis en 1896 et entra au service de la police new-yorkaise. L’épreuve de lancer du marteau fut inscrite au programme olympique pour la première fois aux Jeux de Paris, en 1900. John Flanagan, qui avait établi de nombreux records, était le favori du concours. Mais il se trouva longtemps en difficulté, car les concurrents étaient gênés par un arbre situé non loin de l’aire de lancement, et il vit même son marteau rester accroché dans les branches de cet arbre mal placé à l’occasion d’un de ses jets ! Finalement, il remporta le concours. John Flanagan fut encore champion olympique en 1904 à Saint Louis, puis en 1908, à Londres. Mais, à Londres, dans le contexte de Jeux marqués par la rivalité américano-britannique sur le plan sportif et par l’hostilité réciproque entre Anglais et Irlandais, John Flanagan effectua tous ses jets sous les huées du public du stade de Shepherd’s Bush. John Flanagan, qui avait par ailleurs obtenu la médaille d’argent dans la curieuse épreuve du jet de la pierre de 56 livres (25,4 kg) aux Jeux de Saint Louis, retourna s’installer dans son Irlande natale en 1911, où il fut accueilli chaleureusement. Par la suite, il entraîna un jeune lanceur de marteau irlandais prometteur : celui-ci se nommait Patrick O’Callaghan et, en 1928, il deviendra le premier champion olympique de l’Irlande indépendante.

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Dietmar SCHAUERHAMMER (1955- )

Athlète et bobeur est-allemand

Schauerhammer-2-antiqueDietmar Schauerhammer se distingua d’abord en athlétisme : spécialiste du décathlon, il remporta la Coupe d’Europe des nations avec l’équipe de R.D.A. en 1977 et en 1979. Malgré un record personnel de bon niveau (8 088 points), il ne fut pas sélectionné pour les Jeux Olympiques d’été de Moscou en 1980. Il décida alors de se mettre au bobsleigh, ses qualités athlétiques faisant de lui un remarquable « pousseur ». De ce fait, le célèbre pilote Wolfgang Hoppe l’invita à concourir avec lui. Ainsi, aux Jeux Olympiques d’hiver de Sarajevo, en 1984, Dietmar Schauerhammer obtint la médaille d’or en bob à deux et en bob à quatre, au sein des équipages conduits par Wolfgang Hoppe. Double champion du monde de bob à deux (1985 et 1986), il obtint encore une médaille d’argent en bob à quatre aux Jeux de Calgary en 1988.

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Edy HUBACHER (1940- )

Athlète et bobeur suisse

HUBACHER-OK (2)Edy Hubacher était avant tout un athlète de bon niveau, spécialiste des lancers (il remporta seize titres de champion de Suisse). Sélectionné pour les Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, il fut éliminé dès les concours de qualification au lancer du poids (18,54 m) et au lancer du disque (51,70 m). Edy Hubacher participa de nouveau aux Jeux Olympiques en 1972, mais cette fois aux Jeux d’hiver : ce colosse (2,01 m, 105 kg) s’était mis au bobsleigh, et il connut une tout autre réussite. Aux Jeux de Sapporo, il fut en effet champion olympique de bob à quatre, avec Jean Wicki, Werner Camichel et Hans Leutenegger, et médaillé de bronze en bob à deux, avec Jean Wicki.

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Bob SCHUL (1937- )

Athlète américain

SCHUL (2)Parfois, une carrière se résume presqu’à une seule course. C’est le cas pour Bob Schul, ce qui lui vaut une mention au titre de l’olympisme inattendu. Bob Schul se fit connaître dans le monde de l’athlétisme en 1964, en battant le record des États-Unis du 5000 mètres. Sélectionné pour les Jeux Olympiques de Tokyo la même année, il semblait ne devoir jouer qu’un rôle secondaire. Or la finale du 5000 mètres, dont le Français Michel Jazy et l’Australien Ron Clarke étaient les favoris, se résuma à une course de dupes. À l’entrée du dernier tour, Bill Dellinger, l’autre Américain, porta une attaque, mais Michel Jazy y répondit facilement. Soudain, sous la pluie, la foulée de Michel Jazy se fit plus lourde, et plusieurs concurrents le dépassèrent. Bob Schul, longtemps à l’arrière du groupe, sprinta et remporta la médaille d’or à la surprise générale. Bob Schul devint à cette occasion le premier athlète américain médaillé d’or sur 5000 mètres. Bob Schul ne réalisa plus de performances majeures après ce coup d’éclat. Il mit un terme à sa carrière en août 1965, puis tenta de reprendre la compétition en 1967, sans succès.

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