Valeri BORZOV (1949- )

Athlète soviétique

BORZOV (2)Valeri Borzov demeure considéré comme l’un des meilleurs sprinters européens. Il fut surtout, en 1972 à Munich, l’homme qui mit fin à l’hégémonie olympique américaine, aussi bien sur 100 que sur 200 mètres. Moins puissant que nombre de ses adversaires, il compensait ce handicap par une technique de course parfaite, forgée par de longues heures d’entraînement rigoureux sous la houlette de Valentin Petrovski, sorte de précurseur, qui le faisait notamment travailler, chose rare à l’époque, en visionnant les films des plus grands sprinters américains, relevant les imperfections techniques qui font perdre quelques précieux centièmes de seconde.

Champion d’Europe du 100 mètres en 1969, devant le Français Alain Sarteur, en 1971, puis en 1974, du 200 mètres  en 1971, Valeri Borzov se trouve à son zénith lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972 : il remporte le 100 mètres (10,14 s), devant l’Américain Robert Taylor et le Jamaïquain Lennox Miller, ainsi que le 200 mètres (20,00 s), devant l’Américain Larry Black et l’Italien Pietro Mennea, et est médaillé d’argent dans le relais 4 fois 100 mètres. Valeri Borzov obtient encore la médaille de bronze sur 100 mètres lors des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, devancé par le Trinidadien Hasely Crawford et le Jamaïquain Don Quarrie, ainsi que lors du relais 4 fois 100 mètres. Contrarié par des blessures, il arrête la compétition en 1979.

Après sa carrière, Valeri Borzov sera brièvement ministre des Sports de l’Ukraine (1991), puis président du Comité olympique ukrainien (1991-1998). Il est membre du Comité international olympique depuis 1994.

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Jean BOUIN (1888-1914)

Athlète français

1912BOUIN (2)Le nom de Jean Bouin est connu de tous : des centaines de stades et de complexes sportifs, dont le célèbre stade Jean-Bouin à Paris, portent son nom. En effet, Jean Bouin fut l’un des sportifs français les plus célèbres avant la Première Guerre mondiale. Son coude-à-coude avec le Finlandais Hannes Kolehmainen lors des Jeux Olympiques de 1912 demeure un temps fort de l’histoire de l’athlétisme.

Médaillé de bronze dans le 3 miles par équipes aux Jeux Olympiques de Londres, en 1908, Jean Bouin réalise une grande performance le 30 mai 1909 : il bat le record de France de l’heure (18,268 km), effaçant des tablettes le nom de Gaston Ragueneau. Vainqueur du Cross des nations en 1911, 1912 et 1913, il réalise surtout une course d’anthologie lors des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912 : il obtient la médaille d’argent sur 5 000 mètres. À l’issue de cette compétition mémorable, le vainqueur, le Finlandais Hannes Kolehmainen, pulvérise le record du monde (14 min 36,6 s), alors que Jean Bouin, en 14 min 36,8 s, établit un record de France qui tiendra jusqu’en 1948. Le 6 juillet 1913, Jean Bouin bat le record du monde de l’heure (19,021 km). Le 29 septembre 1914, près de Toul, Jean Bouin tombe, comme tant d’autres, au champ d’honneur durant la Grande Guerre.

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Rosemarie ACKERMANN (1952- )

Athlète est-allemande

AKERMANN (2)Certains sportifs ou sportives marquent l’histoire en établissant un record symbolique : ainsi, Rosemarie Ackermann, spécialiste du saut en hauteur, entra dans l’histoire du sport le 26 août 1977 à Berlin, en devenant la première femme à franchir une barre située à 2 mètres, ce qui constituait son cinquième record du monde. Elle fut par ailleurs championne d’Europe en 1974 (1,95 m) et, surtout, championne olympique à Montréal en 1976 (1,93 m) devant l’Italienne Sara Simeoni. Encore médaillée d’argent lors des Championnats d’Europe en 1978 (1,99 m), elle mit fin à sa carrière après les Jeux de Moscou, en 1980, où elle ne prit que la quatrième place du concours remporté par Sara Simeoni.

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Le beau geste de Jack Keller

Fair-play !

Jack_Keller_1929 (2)Aux Jeux Olympiques de Los Angeles, en 1932, l’arrivée du 110 mètres haies fut serrée. L’Américain Jack Keller prit la troisième place, du moins dans un premier temps, et reçut la médaille de bronze sur le podium. En effet, à l’issue d’un examen minutieux de la photo-finish, il s’avéra que le Britannique Donald Finlay l’avait dépassé sur le fil. Le lendemain de cette course, Jack Keller s’en alla retrouver Donald Finlay dans les quartiers de l’équipe britannique, et il remit lui-même, en main propre, la médaille de bronze à Donald Finlay.

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L’improbable victoire d’Allen Woodring

Incrédule…

Allen_Woodring_1920 (2)Allen Woodring n’aurait jamais dû participer aux Jeux Olympiques. En effet, il termina le 200 mètres des sélections américaines pour les Jeux d’Anvers, en 1920, à la cinquième place. Il fit néanmoins le voyage en Europe, en qualité de remplaçant. Or George Massengale, quatrième de cette épreuve, se blessa. Allen Woodring le remplaça donc. Mais ses chaussures étaient hors d’usage ; il emprunta donc une paire à un autre concurrent. À la surprise générale, ce « remplaçant mal chaussé » remporta l’épreuve, devant le favori, son compatriote Charley Paddock, les deux hommes étant crédités du même temps (22,0 secondes). Quelques jours plus tôt, Charley Paddock avait remporté le 100 mètres, et Allen Woodring pensa que son coéquipier, déjà satisfait par cette victoire, avait ralenti pour le laisser gagner ! Allen Woodring ne réalisa plus aucune performance marquante par la suite.

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Le saut de Charley Paddock

Kangourou !

Charley-Paddock (2)L’Américain Charley Paddock fut un des meilleurs sprinters du monde dans les années 1920. Ainsi, il remporta le 100 mètres et le relais 4 fois 100 mètres aux Jeux Olympiques d’Anvers, en 1920. Sprinter trapu, voire un peu « gras » (1,72 m, 75 kg), il présentait la particularité de terminer ses courses par un saut qu’il effectuait à environ 3 ou 4 mètres de la ligne d’arrivée, au lieu de « casser » (pencher le buste en avant) comme le font la plupart des sprinters. Est-ce là le secret de ses performances ? Sans doute pas, car les lois de l’aérodynamique semblent prouver que ce « bond en avant » aurait dû le ralentir. Toujours est-il que cette technique lui paraissait nécessaire, et qu’elle fournit d’étonnant clichés photographiques.

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Ralph METCALFE (1910-1978)

Athlète américain

Metcalfe (2)Ralph Metcalfe remporta une médaille d’or, deux médailles d’argent et une médaille de bronze aux Jeux Olympiques, mais son palmarès devrait sans doute être plus fourni et différent. En outre, il effectua une belle et longue carrière politique. Ralph Metcalfe, sprinter à la foulée longue, réputé pour sa puissance, fut surnommé l’« Homme le plus rapide du monde » ou l’« Express du Michigan » à l’apogée de sa carrière, en 1933-1934. Lors des Jeux Olympiques de Los Angeles, en 1932, il joua de malchance. Sur 100 mètres, il arriva ex aequo avec Eddie Tolan, les deux coureurs terminant en 10,38 secondes. Après plusieurs heures de délibération, le jury accorda la victoire à Tolan pour quelques millimètres (avec les moyens modernes d’analyse dont on dispose désormais, on est quasi certain que la victoire aurait dû revenir à Metcalfe). Sur 200 mètres, pourtant favori, il ne prit que la troisième place de l’épreuve remportée par Eddie Tolan. L’examen des images prouva que le plot de départ de Ralph Metcalfe avait été mal positionné par les officiels et que celui-ci avait couru une distance supérieure à 200 mètres ! Mais, faisant preuve d’un rare esprit sportif, Metcalfe refusa que la finale du 200 mètres fût recourue et admit le succès de Tolan. En 1936, aux Jeux de Berlin, il obtint une nouvelle médaille d’argent sur 100 mètres, devancé par son rival et ami Jesse Owens, qu’il avait pourtant battu dans divers meetings (Metcalfe est un des rares champions à avoir battu Owens). Il obtint enfin une médaille d’or olympique, dans une épreuve qu’il n’aurait pas dû courir, le relais 4 fois 100 mètres ! En effet, depuis 1924, les États-Unis alignaient traditionnellement leurs meilleurs représentants sur 100 mètres, les suivants disputant le relais 4 fois 100 mètres. Associés à Foy Draper et Frank Wykoff, Sam Stoller et Marty Glickman devaient disputer cette épreuve. Or ces deux derniers étaient juifs. Certains dirigeants américains, dont Avery Brundage, le futur président du Comité international olympique (C.I.O.), jugèrent bon, pour des raisons non avouables, de les exclure et de les remplacer par Jesse Owens et Ralph Metcalfe. Owens et Metcalfe demandèrent, en vain, que Glickman et Stoller fussent réintégrés. Mais les dirigeants américains demeurèrent inflexibles. Ralph Metcalfe s’adjugea donc sa première médaille d’or olympique contre son gré. Après les Jeux de Berlin, Ralph Metcalfe arrêta la compétition, afin de se consacrer à ses études à l’université de Californie du Sud, dont il fut diplômé en 1939. Il fit ensuite une longue carrière politique, occupant un poste de conseiller municipal à Chicago et devenant un membre influent du Parti démocrate. Son élection au Congrès couronna cette seconde carrière : il y représenta l’Illinois de 1971 jusqu’à sa mort, en 1978. Il fut aussi un des membres fondateurs du Caucus noir du Congrès.

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Percy Williams se célèbre lui-même incognito

Perdu dans la foule…

Williams, PercyLe Canadien Percy Williams, un  athlète de vingt ans quasi inconnu, réalisa le doublé 100-200 mètres aux Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928 à la surprise générale. Dans le 100 mètres, sa victoire était tellement inattendue que la cérémonie de remise des médailles fut différée afin que les officiels aient le temps de trouver un drapeau canadien ! Les supporters canadiens voulurent fêter leur nouveau héros, et ils se rendirent à son hôtel pour l’ovationner. Or Percy Williams était tellement peu connu qu’il se trouvait à ce moment non pas dans son hôtel, mais à l’extérieur, au milieu de ces supporters : il put rester au cœur de cette foule et se « fêter lui-même » !

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Les chaussures de Joie Ray

On achève bien les marathoniens…

RAY-2-lightL’athlète américain Joie Ray, chauffeur de taxi, participa aux Jeux Olympiques en 1920 à Anvers, en 1924 à Paris et en 1928 à Amsterdam. Il n’obtint qu’une médaille, en bronze, dans l’épreuve de 3 000 mètres par équipes en 1924. En 1928, à Amsterdam, il participa au marathon et prit la cinquième place, grâce à un grand courage : ses pieds avaient tellement gonflé qu’il fut impossible d’ôter ses chaussures ; il fallut donc découper ses chaussures ! On note que Joie Ray fit souvent preuve de courage et goûtait à diverses activités ; ainsi, en 1928, il participa à un marathon de danse – une activité qui sert de trame au film On achève bien les chevaux de Sydney Pollack (1969 – de plus de 1 700 heures, puis au marathon athlétique de Boston, se classant troisième à l’issue de grandes souffrances dans les derniers kilomètres.

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Le bras d’honneur de Wladyslaw Kozakiewicz

Incident diplomatique !

KOZAKIEWICZ-BIS (2)Le dénouement du concours de saut à la perche des Jeux de Moscou, en 1980, demeure dans les mémoires. Ce concours se déroula dans une ambiance détestable : le public du stade Lénine, désireux de voir triompher le Soviétique Konstantin Volkov, huait tous les rivaux de celui-ci quand ils sautaient ; rapidement, au fil des échecs de tous les concurrents, le concours se transforma en un duel opposant Konstantin Volkov au Polonais Wladyslaw Kozakiewicz. Ce dernier, dans un jour de grâce, effaça toutes les barres avec une grande aisance, jusqu’à 5,75 mètres – une barre que Volkov ne parvint pas à franchir. Après les échecs de Volkov, le moustachu Kozakiewicz, médaillé d’or de fait, demanda que la barre fût placée à 5,78 mètres, afin d’ajouter le record du monde détenu par le Français Philippe Houvion (5,77 m) au titre olympique. À son deuxième essai, le Polonais franchit la barre avec aisance ; sourire aux lèvres, il adressa, provocateur, un bras d’honneur au public du stade Lénine. L’image de la « célébration » de Wladyslaw Kozakiewicz fit alors le tour du monde occidental, en cette époque où la guerre froide connaissait un moment de haute tension : les médias de l’Ouest présentèrent ce geste comme un bras d’honneur adressé par le Polonais à l’ensemble du monde communiste ; en fait, le « Marin du la Baltique », comme on le surnommait, voulut simplement protester contre le chauvinisme du public et manifester sa désapprobation contre le déroulement de ce concours. Néanmoins, l’ambassadeur d’Union soviétique en Pologne demanda au C.I.O. de retirer la médaille d’or de Kozakiewicz pour « insulte au peuple soviétique ». Le gouvernement polonais affirma, quant à lui, que le geste de l’athlète n’était que la conséquence d’un « spasme musculaire ».

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