Aimé HAEGEMAN (1861-1935)

Cavalier belge

L’épreuve équestre de saut d’obstacles est désormais une des compétitions majeures du programme olympique. De multiples champions y ont conquis la gloire. Cette épreuve fut organisée pour la première fois aux Jeux de Paris, en 1900, et vit la victoire du Belge Aimé Haegeman, officier de lanciers et instructeur à l’école de cavalerie d’Ypres. Montant Benton-II, un cheval bai de 10 ans d’origine irlandaise, il réalisa un sans-faute et boucla le parcours (850 m, 22 obstacles) en 2 min 16 s. Pour sa victoire, il reçut la coquette somme de 6 000 francs car, au grand dam de Pierre de Coubertin, des « professionnels » étaient autorisés à participer aux Jeux, et des prix en espèces pouvaient récompenser les lauréats. Par la suite, Aimé Haegeman devint colonel de l’armée belge et maître d’équitation à l’École royale militaire.

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L’incroyable «record» d’Otomar Bures

18 000 points de pénalité

DurandLe cross du concours complet équestre des Jeux Olympiques de Berlin, en 1936, fut particulièrement difficile : l’épreuve comptait cinq phases, pour un total de 36 kilomètres, avec 47 obstacles. Résultat : 27 des 50 concurrents abandonnèrent, notamment en raison d’obstacles dangereux à franchir, plus particulièrement la rivière – il semble que les Allemands connaissaient à l’avance ces difficultés. Quant au Tchécoslovaque Otomar Bures, il mit 2 heures et 36 minutes pour boucler les 8 kilomètres de l’avant dernière phase : il accumula plus de 18 000 points de pénalité, ce qui constitue un « record » !

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Henri SAINT CYR (1902-1979)

Cavalier suédois

SAINT CYR2Spécialiste du dressage, Henri Saint Cyr figure parmi les plus grands champions d’équitation de son pays. En 1952 puis en 1956, il remporta l’épreuve olympique de dressage, à titre individuel comme par équipes.

Henri Saint Cyr embrasse la carrière militaire en 1924. Gravissant les échelons, cet officier finit par atteindre le rang de chef d’escadron.

Henri Saint Cyr se fait connaître sur la scène olympique en 1952 à Helsinki. Montant Master-Rufus, il doit affronter une concurrente redoutable et courageuse, la Danoise Lis Hartel. Celle-ci a contracté la poliomyélite en 1944 et est paralysée sous les genoux ; mais, nullement abattue, elle participe aux compétitions. Saint Cyr la devance de moins de 20 points au terme d’une lutte acharnée et passionnante. Offrant à l’histoire olympique l’un de ses gestes les plus gracieux et émouvants, il aide ensuite son adversaire à monter sur le podium. L’année suivante, le cavalier suédois est sacré champion du monde à Wiesbaden, en Allemagne.

En 1956, les compétitions équestres des Jeux Olympiques se déroulent non pas à Melbourne, en raison de la quarantaine imposée par l’Australie aux chevaux étrangers, mais à Stockholm. Henri Saint Cyr, qui évolue donc à domicile, se montre plus que brillant : montant Juli, il réalise une prestation quasi parfaite sur un terrain glissant et sous la pluie ; il remporte de nouveau la médaille d’or individuelle dans l’épreuve de dressage, comme en 1952 devant Lis Hartel ; son résultat permet aussi à la Suède de s’adjuger encore le titre par équipes.

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Charles Ferdinand PAHUD DE MORTANGES (1896-1971)

Cavalier néerlandais

PAHUD (2)Charles Ferdinand Pahud de Mortanges fut un des plus brillants cavaliers de l’histoire. Il remporta quatre médailles d’or et une médaille d’argent aux Jeux Olympiques, de 1924 à 1932.

Spécialiste du concours complet, Charles Ferdinand Pahud de Mortanges fait ses débuts olympiques aux Jeux de Paris, en 1924. Montant Johnny-Walker, il prend la quatrième place du concours complet individuel remporté par son compatriote Adolf Van der Voort Van Zijp et, une fois les résultats des trois cavaliers néerlandais additionnés, il obtient la médaille d’or par équipes.

En 1928, aux Jeux d’Amsterdam, les cavaliers néerlandais dominent largement le concours complet. Charles Ferdinand Pahud de Mortanges, sur Marcroix, remporte l’épreuve individuelle en devançant son compatriote Gerard de Kruijff, alors que le troisième Néerlandais, Adolf Van der Voort Van Zijp, est quatrième : la combinaison de ces résultats offre bien sûr la médaille d’or par équipes aux Pays-Bas. En 1932, aux Jeux de Los Angeles, porte-drapeau de la délégation néerlandaise, il est de nouveau champion olympique à titre individuel, montant encore Marcroix. Mais, à Los Angeles, le concours complet s’avère très difficile pour nombre de cavaliers : les abandons se multiplient et seulement deux formations voient trois concurrents terminer l’épreuve ; on n’attribue donc que deux médailles, l’or pour les États-Unis, l’argent pour les Pays-Bas. Charles Ferdinand Pahud de Mortanges participe pour la dernière fois aux Jeux Olympiques en 1936 à Berlin, mais il est contraint à l’abandon.

Par ailleurs officier, Charles Ferdinand Pahud de Mortanges est fait prisonnier par l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale. En 1943, il parvient à s’échapper, puis il gagne l’Angleterre ; le 6 juin 1944, il participe au débarquement allié en Normandie. En 1946, il devient président du Comité olympique néerlandais.

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Le concours complet se transforme en jeux de massacre

Orage mexicain

GUYON (2)Aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, le parcours de cross du concours complet était particulièrement difficile. La chaleur et l’altitude augmentaient les risques ; en outre, durant l’épreuve, un violent orage se déclencha, les rivières se transformèrent en torrents. De fait, dix concurrents abandonnèrent ; la monture de l’Italien Mauro Checcoli, médaillé d’or en 1964, refusa deux fois un obstacle, provoquant la disqualification du cavalier ; au jeu des pénalités et bonifications, seuls neuf des quarante-huit concurrents présentèrent un résultat positif (l’Argentin Carlos Moratorio, médaillé d’argent par équipes en 1964, afficha un score de —294 points !). Parti dans les premiers, avant que l’orage noie le parcours, le Français Jean-Jacques Guyon, montant Ange-Pitou, évita les chausse-trapes, et, après le concours de saut d’obstacles, il obtient une belle médaille d’or.

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Constant VAN LANGHENDONCK (1870-1944)

Cavalier belge

Constant Van Langhendonck est le seul champion olympique de saut en largeur équestre, une épreuve qui apparut au programme aux Jeux de Paris en 1900 pour disparaître aussitôt. Il s’agissait de franchir une rivière sans toucher le ruban rouge déposé de l’autre côté de l’obstacle ; puis la longueur du saut départageait les concurrents. Sur les 17 concurrents inscrits, tous étaient parvenus à franchir la rivière à 4,50 mètres, mais plusieurs furent éliminés dès 4,90 mètres. Constant Van Langhendonck, officier de guides, montant Extra-Dry, une jument de 8 ans, parvint à franchir 6,10 mètres. Comme tous les concurrents, il s’était acquitté d’une somme de 40 francs pour participer à l’épreuve – un bon investissement car le prix alloué au vainqueur se montait à 4 000 francs, en plus d’un objet d’art.

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Bill ROYCROFT (1915-2011)

Cavalier australien

Roycroft-2-antiqueSpécialiste du concours complet, Bill Roycroft ne parvint pas à réussir de grandes performances à titre individuel (son meilleur classement est une sixième place aux Jeux de Munich en 1972), mais il remporta trois médailles dans la compétition par équipes aux Jeux Olympiques (or en 1960 à Rome, bronze en 1968 et en 1976). On peut même dire qu’il avait « vraiment » l’esprit d’équipe, comme en atteste son étonnant courage lors des Jeux de Rome en 1960. Victime d’une chute lors du cross, il se fractura l’omoplate et fut hospitalisé. Or il savait que, s’il ne terminait pas la compétition, son équipe serait disqualifiée. Après une nuit d’hôpital, il décida de reprendre l’épreuve, et il « sauva » la médaille d’or de l’Australie. Ses coéquipiers, Lawrence Morgan et Neale Lavis, lui doivent donc une fière chandelle. Pour l’anecdote, ajoutons que, en 1976 à Montréal, âgé de soixante et un ans, il devint le médaillé Australien le plus vieux.

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Pat SMYTHE (1928-1996)

Cavalière et écrivaine britannique

smythePatricia Rosemary Smythe fut une des premières femmes à se distinguer dans les compétitions équestres, et elle est connue pour ses livres. Elle a notamment publié des autobiographies, des romans équestres et des livres pour enfants, dont certains ont été publiés en France dans la collection la Bibliothèque verte (la série Ji, Ja, Jo fut un joli succès). Pat Smythe connut une enfance difficile, marquée par la mort de son frère et par la diphtérie qu’elle contracta, maladie qui faillit la tuer et la priver de l’usage de ses jambes. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle fut évacuée dans la région des Cotswolds, dans le centre de l’Angleterre, car sa mère voulait la mette en sécurité. Selon la légende, elle aurait rencontré, sans le reconnaître, le roi d’Angleterre. Empêtrée au milieu des chevaux qu’elle menait sur la route, elle aurait dit au chauffeur de la voiture dans laquelle voyageait le monarque : « Tais-toi ! Ne vois-tu pas que j’essaye de pousser ces chevaux hors de la route ! » L’histoire n’est pas avérée. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’elle obtint la médaille de bronze dans l’épreuve de saut d’obstacles par équipes aux Jeux Olympiques en 1956, associée à deux partenaires masculins, Wilfred White et Peter Robeson. Par la suite, elle se consacrera à son activité littéraire.

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César MENDOZA (1918-1996)

Cavalier et militaire chilien

MENDOZA2Certains médaillés olympiques se sont « distingués » par la suite de façon déshonorable. Ainsi de César Mendoza. Cavalier de talent, César Mendoza remporta la médaille d’or dans le concours de saut d’obstacles par équipes aux Jeux panaméricains en 1951. L’année suivante, aux Jeux Olympiques d’Helsinki, il obtint une médaille d’argent dans la même épreuve. Il réussit ses dernières performances d’envergure aux Jeux panaméricains de 1959, où il s’adjugea une nouvelle médaille d’or. César Mendoza revint sur le devant de la scène en 1973 : il participa au coup d’État du 11 septembre qui renversa le gouvernement de Salvador Allende, et fit partie de la junte militaire qui gouverna le Chili d’une main de fer. César Mendoza devint alors commandant en chef des Carabiniers et le restera jusqu’en 1985. Le 30 mars de cette année-là, trois intellectuels communistes furent assassinés par les Carabiniers : cet événement, connu sous l’expression Caso Degollados (« Affaire des égorgés ») et emblématique des violations des droits de l’homme au Chili, contraint César Mendoza à démissionner le 2 août 1985. Mais il n’est pas jugé pour ses crimes : le régime de Pinochet promulgue la « loi Mendoza », laquelle permet à toute personnalité publique « investie de dignité » de refuser de témoigner devant les tribunaux.

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Mark PHILLIPS (1948- )

Cavalier britannique

1972-PHILIPPS (2)Mark Phillips remporta le concours complet d’équitation par équipes aux Jeux Olympiques de Munich, en 1972. Le prestige de cette médaille d’or fit-il chavirer le cœur de la princesse Anne du Royaume-Uni, elle-même cavalière émérite ? Toujours est-il que Mark Phillips et la princesse Anne se marièrent en grande pompe l’année suivante. Mais les histoires d’amour finissent mal en général. Mark Phillips entretint une liaison extra-conjugale avec une Néo-Zélandaise, et une petite Felicity naquit de cet adultère en 1985. La paternité de Mark Phillips ayant été prouvée par des tests ADN en 1991, la princesse Anne et Mark Phillips divorcèrent en 1992.

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