Lucien MÉRIGNAC (1873-1941)

Escrimeur français

Lucien Mérignac est issu d’une lignée d’escrimeurs : son père, Louis, surnommé le « Grand Patron », possédait une célèbre salle d’escrime rue Joubert à Paris ; son oncle, Émile, était un historien de l’escrime (il publia notamment Histoire de l’escrime dans tous les temps et dans tous les pays). Il est donc logique qu’il devînt lui-même escrimeur et maître d’armes. Vainqueur de plusieurs grand tournois internationaux à la fin des années 1890, Lucien Mérignac participa aux Jeux Olympiques de Paris, en 1900, malgré sa qualité de maître d’armes : en effet, durant ces Jeux, au grand dam de Pierre de Coubertin, des sportifs « professionnels » furent autorisés à concourir. En escrime, il y avait donc deux catégories : amateurs et maîtres d’armes. Dans la compétition de fleuret, Lucien Mérignac remporta l’épreuve réservée aux maîtres d’armes, en battant son compatriote Alphonse Kirchhoffer en finale. Il y gagna aussi un surnom, en référence à son père : le « Petit Patron ».

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Nedo NADI (1894-1940)

Escrimeur italien

Nedo Nadi fut, en 1920, le premier sportif à s’adjuger 5 médailles d’or dans la même édition des Jeux. En outre, il obtint des médailles à l’épée, bien que son père, le célèbre maître d’armes Giuseppe Nadi, dont l’approche du métier était très aristocratique, lui ait interdit de s’exercer à l’épée, qu’il considérait comme une arme rudimentaire. Enfin, son frère, Aldo, fut aussi un brillant escrimeur (3 médailles d’or olympiques).

Nedo Nadi fut sélectionné pour les Jeux Olympiques de Stockholm en 1912. À 18 ans, il réalisa un authentique exploit en Suède. Alors que l’escrime est considérée comme une discipline sportive pour laquelle l’expérience constitue un atout essentiel, il survola le tournoi individuel de fleuret et obtint la médaille d’or. Les Jeux d’Anvers, en 1920, virent le triomphe des frères Nadi : ils conduisirent l’Italie à la victoire dans les épreuves par équipes de fleuret et de sabre, mais aussi d’épée. Par ailleurs, à l’issue d’une finale à rebondissements, Nedo Nadi remporta la compétition individuelle de fleuret devant les Français Philippe Cattiau et Roger Ducret ; puis il s’adjugea la médaille d’or au sabre. On ne reverra plus les frères Nadi aux Jeux, car ils décidèrent de devenir professionnels.

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Matthias BEHR (1955- )

Escrimeur allemand

behrMatthias Behr, brillant fleurettiste, fut champion olympique par équipes en 1976 aux Jeux de Montréal, mais son nom reste attaché à un drame. En effet, lors des Championnats du monde de Rome, en 1982, il dispute les quarts de finale de l’épreuve de fleuret par équipes contre les Soviétiques. Lors de son assaut contre Vladimir Smirnov, champion olympique en 1980, la lame de son fleuret se casse en deux et va se planter, passant au travers du masque, dans la tête de son adversaire. Smirnov est évacué en urgence. La compétition reprend sur demande des autorités sportives soviétiques qui cachent à ses coéquipiers l’état réel de Smirnov. L’équipe allemande s’incline. Les Soviétiques seront champions du monde, mais Vladimir Smirnov décédera quelques jours plus tard. Matthias Behr sera médaillé d’argent à titre individuel et par équipes aux Jeux de Los Angeles en 1984, médaillé d’argent par équipes aux Jeux de Séoul en 1988.

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Henri ANSPACH (1882-1979)

Escrimeur belge

Henri Anspach fut avant tout un artiste de talent, mais aussi un escrimeur brillant. Élève de Léon Frédéric, il suivit les cours de l’académie des Beaux-Arts de Liège. En 1910, il participa à l’Exposition universelle de Bruxelles, puis il s’installa à Paris, où il exposa au Salon des artistes français (1913), puis au Salon d’automne (1920). Entre-temps, il avait participé aux Jeux Olympiques de Stockholm, en 1912, où il remporta la médaille d’or dans la compétition d’épée par équipes. Installé en Haute-Garonne à partir de 1918, il exposa plusieurs fois au Salon des indépendants à Paris, et au Salon d’automne en 1928.

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Paul ANSPACH (1882-1981)

Escrimeur belge

Paul Anspach fut à la fois un escrimeur de grand talent, un dirigeant sportif important et un juriste reconnu. Paul Anspach participa pour la première fois aux Jeux Olympiques en 1908, à Londres, où il obtint la médaille de bronze dans la compétition d’épée par équipes. En 1912, lors des Jeux de Stockholm, il se trouvait au sommet de son art : il remporta la médaille d’or dans l’épreuve individuelle d’épée et dans la compétition par équipes. En 1913, il fut un des fondateurs de la Fédération internationale d’escrime, dont il sera le président de 1932 à 1939, puis de 1946 à 1950. En 1914, il siégea comme secrétaire au Congrès olympique de Paris ; avec le marquis de Chasseloup-Laubat, il établit notamment les règles de l’escrime comme sport olympique. Il participa de nouveau aux Jeux Olympiques en 1920 et en 1924, obtenant à chaque fois une médaille d’argent dans la compétition d’épée par équipes. Par ailleurs docteur en droit, il fut premier substitut de l’Auditeur général du barreau de Bruxelles.

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Émile COSTE (1862-1927)

Escrimeur français

Fils de militaire et militaire, sergent maître d’armes à Toulon, puis officier d’ordonnance à Lyon, Émile Coste fut aussi champion olympique de fleuret en 1900 à Paris, en battant en finale son compatriote Henri Masson. L’année précédente, il avait publié un ouvrage consacré à l’escrime : Fleurets rompus.

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Albert AYAT (1875-1935)

Escrimeur français

Albert Ayat fut, en 1900 aux Jeux de Paris, deux fois champion olympique à l’épée. En effet, durant ces Jeux, des « professionnels » étaient autorisés à prendre part à certaines compétitions. Maître d’armes, Albert Ayat remporta le tournoi d’épée dans cette catégorie, devant Gilbert Bougnol, qui était… son cousin. Puis une poule finale réunissait les quatre meilleurs « amateurs » et les quatre meilleurs « maîtres d’armes ». Albert Ayat l’emporta de nouveau, cette fois en battant en finale Ramon Fonst, qui était… son élève. Pour cette victoire, il reçut la coquette somme de 3 000 francs. Battre son cousin et son élève, voici qui n’est pas banal ! Plus tard, Albert Ayat fut nommé secrétaire général de l’Académie d’épée de Paris. Chevalier de l’Ordre de Saint-Stanislas, chevalier de la Légion d’honneur, directeur de salle d’armes, il forma plusieurs futurs champions.

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Jenö FUCHS (1882-1955)

Escrimeur hongrois

FUCHS-2-vintageJenö Fuchs a remporté quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques. Considéré comme le meilleur sabreur du début du XXe siècle, il aurait pu ne jamais pratiquer l’escrime car il était juif. En effet, à la fin du XIXe siècle, en Hongrie, les juifs n’avaient pas le droit de porter une arme. De ce fait, Jenö Fuchs ne put ni s’inscrire dans un club d’escrime ni participer à une compétition officielle. Quand cette interdiction fut levée, il participa à l’épreuve de sélection pour les Jeux Olympiques de Londres de 1908, et il se qualifia. Durant ces Jeux, il remporta la médaille d’or dans les épreuves de sabre individuelle et par équipes. Quatre ans plus tard, aux Jeux Olympiques de Stockholm, il réédita cet exploit.

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Pál SCHMITT (1942- )

Escrimeur et homme politique hongrois

1972-SCHMITT (2)Pál Schmitt est bien connu dans l’univers politique. Membre du Fidesz, il fut élu à l’Assemblée nationale hongroise en 2010, et en devint le président. En août 2010, avec le soutien du Premier ministre d’ultra-droite Viktor Orbán, il fut élu président de la République de Hongrie. Il restera en poste jusqu’en avril 2012, contraint de démissionner car il était mis en cause dans une affaire de plagiat. Tout cela nous éloigne de l’olympisme. Revenons-y. En effet, dans sa jeunesse, Pál Schmitt avait brillé en escrime : il obtint la médaille d’or dans la compétition d’épée par équipes aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, puis de Munich, en 1972. Il obtint également six médailles aux Championnats du monde, de 1967 à 1974. Par ailleurs, il fut vice-président du Comité international olympique de 1995 à 1999. Et il épousa une gymnaste, Katalin Makray, médaillée d’argent (barres asymétriques) aux Jeux Olympiques de Tokyo en 1964.

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Attila PETSCHAUER (1904-1943)

Escrimeur hongrois

ATTILA-2-antiqueAttila Petschauer fut un des meilleurs sabreurs des années 1920 et 1930. Il remporta notamment deux médailles d’or dans la compétition de sabre par équipes aux Jeux Olympiques, en 1928 et en 1932, ainsi qu’une médaille d’argent à titre individuel, en 1928, battu par son compatriote Odon Tersztyanssky. Mais Attila Petschauer était juif. Si son statut de sportif d’élite lui permit d’échapper au service du travail forcé imposé aux Juifs hongrois au début de la Seconde Guerre mondiale, ce même statut va lui valoir la mort. En 1943, Attila Petschauer fut envoyé dans un camp de travail forcé en Ukraine, dirigé par le lieutenant-colonel Kalman Cseh, un champion d’équitation hongrois. Attila Petschauer pensait échapper au pire car, avant la guerre, les deux hommes étaient très amis. Mais, l’être humain révèle souvent son vrai visage dans les pires conditions. Plutôt que de permettre à Attila Petschauer de bénéficier de conditions de détention moins horribles, Kalman Cseh va ordonner à ses subordonnés de « maltraiter ce Juif ». Le 20 janvier 1943, Attila Petschauer est exécuté de manière atroce. Károly Kárpáti, champion olympique de lutte, décrit dans ses Mémoires les conditions tragiques de la mort d’Attila Petschauer : « Les gardes lui ont dit : “Toi, le médaillé olympique… regarde cet arbre où tu vas mourir”. C’était encore l’hiver et la température était basse, mais il fut déshabillé et suspendu à un arbre. Les gardes s’amusèrent à le tabasser, et l’aspergèrent d’eau. La glace se forma sur son corps… Il est mort peu après. » Quand on affirme que le sport rapproche les hommes, il faut donc nuancer le propos, et rappeler le sort réservé à Attila Petschauer par Kalman Cseh, son compatriote, coéquipier et « ami ». La destinée tragique d’Attila Petschauer a fait l’objet d’un film d’István Szabó, Sunshine (1999), dans lequel Ralph Fiennes joue son personnage.

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