Le concours complet se transforme en jeux de massacre

Orage mexicain

GUYON (2)Aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, le parcours de cross du concours complet était particulièrement difficile. La chaleur et l’altitude augmentaient les risques ; en outre, durant l’épreuve, un violent orage se déclencha, les rivières se transformèrent en torrents. De fait, dix concurrents abandonnèrent ; la monture de l’Italien Mauro Checcoli, médaillé d’or en 1964, refusa deux fois un obstacle, provoquant la disqualification du cavalier ; au jeu des pénalités et bonifications, seuls neuf des quarante-huit concurrents présentèrent un résultat positif (l’Argentin Carlos Moratorio, médaillé d’argent par équipes en 1964, afficha un score de —294 points !). Parti dans les premiers, avant que l’orage noie le parcours, le Français Jean-Jacques Guyon, montant Ange-Pitou, évita les chausse-trapes, et, après le concours de saut d’obstacles, il obtient une belle médaille d’or.

©Pierre LAGRUE



Le beau geste de Jack Keller

Fair-play !

Jack_Keller_1929 (2)Aux Jeux Olympiques de Los Angeles, en 1932, l’arrivée du 110 mètres haies fut serrée. L’Américain Jack Keller prit la troisième place, du moins dans un premier temps, et reçut la médaille de bronze sur le podium. En effet, à l’issue d’un examen minutieux de la photo-finish, il s’avéra que le Britannique Donald Finlay l’avait dépassé sur le fil. Le lendemain de cette course, Jack Keller s’en alla retrouver Donald Finlay dans les quartiers de l’équipe britannique, et il remit lui-même, en main propre, la médaille de bronze à Donald Finlay.

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L’improbable victoire d’Allen Woodring

Incrédule…

Allen_Woodring_1920 (2)Allen Woodring n’aurait jamais dû participer aux Jeux Olympiques. En effet, il termina le 200 mètres des sélections américaines pour les Jeux d’Anvers, en 1920, à la cinquième place. Il fit néanmoins le voyage en Europe, en qualité de remplaçant. Or George Massengale, quatrième de cette épreuve, se blessa. Allen Woodring le remplaça donc. Mais ses chaussures étaient hors d’usage ; il emprunta donc une paire à un autre concurrent. À la surprise générale, ce « remplaçant mal chaussé » remporta l’épreuve, devant le favori, son compatriote Charley Paddock, les deux hommes étant crédités du même temps (22,0 secondes). Quelques jours plus tôt, Charley Paddock avait remporté le 100 mètres, et Allen Woodring pensa que son coéquipier, déjà satisfait par cette victoire, avait ralenti pour le laisser gagner ! Allen Woodring ne réalisa plus aucune performance marquante par la suite.

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Record de talismans

Superstition…

HENNINGOn le sait, les sportifs sont très souvent superstitieux, et nombre d’entre eux ont des « rituels » et des objets porte-bonheur. Mais la patineuse américaine Anne Henning détient une sorte de record à la matière : aux Jeux Olympiques de Sapporo, en 1972, alors âgée de seize ans, elle ne se séparait jamais d’une poupée, d’un trèfle à quatre feuilles, d’un ornement de Noël et, bien sûr, d’une perle du Japon. Grâce à tous ces talismans, mais aussi et surtout à son talent, elle remporta le 500 mètres devant deux concurrentes soviétiques.

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Le saut de Charley Paddock

Kangourou !

Charley-Paddock (2)L’Américain Charley Paddock fut un des meilleurs sprinters du monde dans les années 1920. Ainsi, il remporta le 100 mètres et le relais 4 fois 100 mètres aux Jeux Olympiques d’Anvers, en 1920. Sprinter trapu, voire un peu « gras » (1,72 m, 75 kg), il présentait la particularité de terminer ses courses par un saut qu’il effectuait à environ 3 ou 4 mètres de la ligne d’arrivée, au lieu de « casser » (pencher le buste en avant) comme le font la plupart des sprinters. Est-ce là le secret de ses performances ? Sans doute pas, car les lois de l’aérodynamique semblent prouver que ce « bond en avant » aurait dû le ralentir. Toujours est-il que cette technique lui paraissait nécessaire, et qu’elle fournit d’étonnant clichés photographiques.

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Le tandem figura au programme olympique

À bicyclette…

Dans l’imaginaire, le tandem, bicyclette à deux places situées l’une derrière l’autre, renvoie aux promenades entre amoureux et, surtout, aux « congés payés » instaurés en France par le Front populaire : en 1936, à une époque où l’automobile était un grand luxe réservé aux bourgeois, des milliers d’ouvriers partirent voir la mer en pédalant sur un tandem – ce qui est bien mis en évidence par le cinéma de ce temps-là. Mais, on l’oublie, le tandem fut une discipline importante du programme cycliste des Jeux Olympiques de 1908 à 1972. En 1908, à Londres, les Français Maurice Schilles et André Auffray furent les premiers champions olympiques de tandem. En fait, les Français se distinguèrent souvent aux Jeux dans la compétition de tandem, accumulant les médailles d’or  : Lucien Choury et Jean Cugnot en 1924 ; Louis Chaillot et Maurice Perrin en 1932 ; Daniel Morelon et Pierre Trentin – les plus célèbres – en 1968.

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Percy Williams se célèbre lui-même incognito

Perdu dans la foule…

Williams, PercyLe Canadien Percy Williams, un  athlète de vingt ans quasi inconnu, réalisa le doublé 100-200 mètres aux Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928 à la surprise générale. Dans le 100 mètres, sa victoire était tellement inattendue que la cérémonie de remise des médailles fut différée afin que les officiels aient le temps de trouver un drapeau canadien ! Les supporters canadiens voulurent fêter leur nouveau héros, et ils se rendirent à son hôtel pour l’ovationner. Or Percy Williams était tellement peu connu qu’il se trouvait à ce moment non pas dans son hôtel, mais à l’extérieur, au milieu de ces supporters : il put rester au cœur de cette foule et se « fêter lui-même » !

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Le gymnaste devient « homme-torpille »

De la boulangerie au cirque

gym-cheval3L’Italien Alberto Braglia remporta le concours général de gymnastique aux Jeux Olympiques de Londres, en 1908. Cet ancien mitron, qui avait forgé sa musculature en s’entraînant seul dans une grange, imagina que le succès olympique pouvait lui procurer la fortune, et il délaissa son fournil pour monter un spectacle lors duquel il proposait un numéro d’« homme-torpille ». Ce changement d’orientation professionnelle ne lui apporta en fait que des désagréments : il se cassa l’épaule et plusieurs côtes ; la Fédération italienne le déclara « professionnel », ce qui lui fermait les portes des Jeux Olympiques. Néanmoins, il retrouva son statut « amateur » peu avant les Jeux de Stockholm, en 1912. Il put donc participer de nouveau aux compétitions olympiques, et s’adjugea encore la médaille d’or. Alberto Braglia délaissa cette fois totalement la gymnastique sportive et rejoignit les gens du cirque. Il monta notamment un duo comique qui connut un certain succès, en Europe d’abord, puis aux États-Unis.

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Dépossédé de sa médaille d’or à la descente du podium

Cruel…

SIMAIKA (3)L’Égyptien Farid Simaika remporta la compétition de plongeon au tremplin de 3 mètres lors des Jeux Olympiques d’Amsterdam, en 1928. Il devenait le premier Égyptien couronné champion olympique, ce qui constituait un grande fierté pour ce jeune homme qui vivait aux États-Unis. Il monta sur le podium, en compagnie de ses dauphins ; le drapeau égyptien fut hissé au plus haut des mâts, et l’hymne égyptien fut joué en son honneur. Mais son triomphe fut de courte durée : juste après cette cérémonie, les juges décidèrent, par 5 voix contre 4, que l’Américain Pete Desjardins aurait dû être déclaré vainqueur à la « moyenne générale des 8 sauts » : Farid Simaika dut rendre sa médaille d’or, et reçut une médaille d’argent. Néanmoins, il devint un héros national en Égypte – il sera invité au mariage du roi Farouk en 1938. En outre, Farid Simaika ne fut pas en mesure de prendre sa revanche aux Jeux Olympiques, en 1932, à Los Angeles : il avait donné des exhibitions de plongeon en Égypte et, de ce fait, fut considéré comme un professionnel, ce qui lui interdisait de participer aux Jeux.

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Le père de Jean Boiteux plonge tout habillé dans le piscine

Au risque de faire disqualifier son fils

BOITEUX-2-retroEn 1952, aux Jeux Olympiques d’Helsinki, le Français Jean Boiteux remporta le 400 mètres nage libre devant l’Américain Ford Konno. L’exploit était immense car – si on excepte la victoire de Charles Devendeville dans un curieux 60 mètres sous l’eau aux Jeux de Paris en 1900 – jamais un Français n’avait été couronné champion olympique en natation. Cette victoire sera la plus médiatisée de ces Jeux, non pas pour l’exploit en lui-même, mais pour une incroyable scène à l’arrivée : Gaston Boiteux, le père du champion, fou de bonheur, plonge tout habillé dans la piscine, béret vissé sur la tête ! Or tous les concurrents n’avaient pas terminé la course, et ce plongeon paternel aurait pu entraîner la disqualification de Jean Boiteux. La photographie de cette scène fait la une de la plupart des quotidiens le lendemain ; plus tard, Coca-Cola demandera à utiliser cette photo pour un de ses spots publicitaires. En fait, ce plongeon ne fut pas totalement spontané : Gaston Boiteux avait parié avec un photographe qu’il se jetterait tout habillé dans la piscine si son fils devenait champion olympique. Toujours est-il que ce cliché fera le tour du monde et que la photo sera présentée dans toutes les grandes expositions consacrées aux Jeux Olympiques ; ainsi, à titre d’exemple, le Musée olympique présentera un cliché de cette scène durant l’exposition Cent Photos pour un siècle de sport, tenue en 2000.

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