L’étonnante médaille de Lottie Dod

En l’honneur d’Azincourt ?

DOD (2)La Britannique Lottie Dod fut une des meilleures tenniswomen de la fin du XIXe siècle : elle remporta notamment cinq fois le tournoi de Wimbledon entre 1887 – elle avait quinze ans et reste la plus jeune gagnante du tournoi – et 1893. Elle était en outre une sportive éclectique : bonne patineuse sur glace, remarquable golfeuse et excellente joueuse de billard, elle fut même sélectionnée dans l’équipe d’Angleterre de hockey sur gazon en 1899-1900. À partir de 1905, Lottie Dod s’essaya au tir à l’arc en compagnie de ses frères – il semble que, ce faisant, ils voulaient assumer un lointain héritage, car un de leurs ancêtres aurait commandé les archers anglais à la bataille d’Azincourt. Lottie Dod remporta son premier tournoi en 1906, progressa, et elle participa aux Jeux Olympiques de Londres, en 1908. Les vingt-cinq concurrentes étaient toutes britanniques, et Lottie Dod, quasi débutante, obtint la médaille d’argent, devancée seulement par l’expérimentée Queenie Newall (53 ans), qui demeure la plus âgée des championnes olympiques. On peut noter que la famille brilla en tir à l’arc à Londres, puisque le frère de Lottie Dod, William Dod, remporta la médaille d’or en double york round.

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La doyenne des porteuses de flamme recalée

La forme olympique à 103 ans

CAO ZONG (2)Porter la torche olympique constitue toujours un honneur, et les volontaires se comptent en grand nombre. Ainsi, pour les Jeux de Pékin, près de 22 000 relayeurs se transmirent la torche de main en main. Il convient d’attribuer une mention spéciale à Cao Zuozheng, qui finalement ne participa pas au relais. Cette petite femme âgée de 103 ans, en bonne santé grâce à ses exercices de culture physique quotidiens, se porta volontaire, auprès du district de Dongcheng, pour porter la torche. En effet, en 2004, quand le relais de la flamme olympique des Jeux d’Athènes passa par Pékin, elle attendit durant trois heures au bord de la route, dans son fauteuil roulant, pour assister à l’événement ; elle fut prise en photo avec un relayeur chinois, et décida de se préparer pour 2008. Elle s’exerça dès lors quotidiennement, en soulevant sa canne au-dessus de la tête pour être prête le jour J. « Je suis en bonne santé, je peux aller partout où les organisateurs le voudront, et je n’ai pas de difficultés pour tenir la torche olympique », déclara-t-elle au China Daily. Hélas ! un an avant les Jeux, le district de Dongcheng rejeta sa demande pour « raison de santé ». Ses enfants refusèrent longtemps de lui annoncer la triste nouvelle… Mais il fallut bien le faire : Cao Zuozheng continua ses exercices de culture physique, mais elle cessa de lever sa canne au-dessus de la tête. Néanmoins, ses enfants réussirent à obtenir des billets pour assister à des épreuves d’athlétisme dans le célèbre « nid d’oiseau » ; pour la circonstance, Cao Zuozheng se fit confectionner une robe en soie bleu vif.

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Du ski joëring aux Jeux Olympiques en 1928 !

Une curiosité olympique

ski-joëring-cheval (2)Le programme olympique comportait jadis quelques épreuves bien étranges, souvent liées à des disciplines prisées par le pays organisateur des Jeux. Ainsi, aux Jeux d’hiver de Saint-Moritz, en 1928, fut organisée une épreuve de ski joëring. Le ski joëring est une discipline alliant le ski et un attelage équestre ou canin, les animaux tirant un skieur. Le ski joëring est une discipline populaire en Suisse, et fut donc sport de démonstration en 1928. Huit skieurs, tous suisses, tirés par des chevaux attelés, participèrent à cette épreuve qui se déroula le 12 février. La victoire revint à un dénommé Rudolf Wettstein. Le ski joëring ne revint jamais plus aux Jeux Olympiques.

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L’invention du tour d’honneur avec son drapeau national

Du spontané au convenu…

1984TOUR-d-honneurDésormais, sur le stade, à l’issue de chaque épreuve, se répète la même scène: le vainqueur, mais aussi les médaillés d’argent et de bronze s’emparent du drapeau de leurs pays dans un geste quasi mécanique, et se lancent dans un tour d’honneur. Personne ne déroge à cette tradition. On peut même penser que ce tour d’honneur appartient presque au cérémonial olympique, tout comme la remise des médailles accompagnée de l’hymne national du vainqueur. Lire la suite

Les concours d’art et littérature

Le pentathlon des muses

ImageDurant les Jeux Olympiques, les compétitions n’ont pas concerné que des sportifs. En effet, de 1912 à 1948, artistes, écrivains et musiciens ont participé aux Jeux, dans le cadre des «concours d’art et littérature». Ceux-ci sont nés grâce à la ténacité de Pierre de Coubertin, qui désirait ajouter un volet culturel aux Jeux. En 1906, à l’occasion du quatrième congrès olympique, le Comité international olympique (C.I.O.) décide d’associer les arts et lettres à la célébration de l’olympiade. Il crée cinq concours (architecture, sculpture, musique, peinture, littérature). Ces concours devaient intégrer le programme à l’occasion des Jeux de 1908, mais, en raison du transfert tardif des Jeux de la IVe olympiade de Rome à Londres, la Royal Academy ne parvient pas à organiser ces concours. Les premiers eurent donc lieu en 1912.

1912. Stockholm

1912WinansOKLes débuts s’avèrent difficiles, car les artistes et écrivains suédois sont opposés à ces concours, tout comme le comité d’organisation. Aussi, très peu d’artistes prennent part aux concours. MM. Hohrod et Eschbach obtiennent une médaille d’or, dans la catégorie littérature, pour un texte bilingue français-allemand, intitulé Ode au sport (il s’avère rapidement que l’auteur de ce texte n’est autre que Coubertin lui-même). Les architectes suisses Alphonse Laverrière et Eugène Monod l’emportent dans la catégorie architecture pour Plan d’un stade moderne, alors que l’Américain Walter Winans, vainqueur du concours de sculpture pour une statuette en bronze baptisée An American Trotter, remporte aussi à Stockholm une médaille d’argent dans une compétition de tir. Les Italiens Riccardo Barthelemy (musique) et Carlo Pellegrini (peinture) sont les autres lauréats

1920. Anvers

1920COLLINLes concours ne connaissent toujours pas un grand succès. Le jury n’accorde que trois médailles d’or, à des artistes de second plan: Raniero Nicolai (Italie, littérature); Georges Monnier (Belgique, musique); Albéric Collin (Belgique, sculpture). On note que le célèbre écrivain britannique Theodore Andrea Cook n’obtient que la médaille d’argent en littérature.

1924. Paris

1924JACOBY2À Paris, le succès n’est toujours pas au rendez-vous. Aussi, le jury n’accorde que deux médailles d’or: le célèbre artiste luxembourgeois Jean Jacoby est couronné dans la catégorie peinture; le talentueux poète français Géo-Charles est distingué dans la catégorie littérature. Coubertin se désole: «Il faut […] la présence des génies nationaux, la collaboration des muses, le culte de la beauté, tout l’appareil qui convient au puissant symbolisme qu’incarnaient dans le passé les Jeux Olympiques et qu’ils doivent continuer de représenter aujourd’hui.» On note une curiosité: le Hongrois Alfred Hajós, champion olympique de natation en 1896, obtient une médaille d’argent dans la catégorie architecture.

1928. Amsterdam

1928LandowskiOKEn 1928, à Amsterdam, ces concours sont d’une tout autre envergure: d’abord, plus de mille artistes venus de dix-huit pays présentent leurs œuvres; ensuite, les concours prennent réellement le caractère d’«épreuves», notamment parce que chacune des cinq catégories se voit subdivisée en «sous-catégories» («design architectural» et «urbanisme» pour l’architecture; «bas-reliefs et médailles» et «statues» pour la sculpture; «dessin», «peinture» et «arts graphiques» pour la peinture; «littérature épique», «littérature dramatique» et «textes lyriques» pour la littérature; «chansons»; «musique pour orchestre»; «solo» pour la musique). Et des artistes de grand talent sont récompensés. Ainsi, l’architecte Jan Wils est couronné pour la réalisation du magnifique stade olympique (Olympisch Stadion) de ces Jeux d’Amsterdam (design architectural), le célèbre sculpteur français Paul Landowski reçoit la médaille d’or pour Le Boxeur (statues), le peintre néerlandais Isaäc Israels obtient la médaille d’or pour Le Cavalier rouge (peinture), le poète polonais Kazimierz Wierzynski est récompensé pour Lauriers olympiques (textes lyriques). Les autres médaillés d’or sont William Nicholson (Grande-Bretagne, arts graphiques), Edwin Grienauer (Autriche, bas-reliefs et médailles), Ferenc Mezo (Hongrie, littérature épique).

1932. Los Angeles

1932KNOCKOKEn 1932, ces concours connaissent encore un joli succès, puisque plus de mille œuvres sont présentées. L’Américain Joseph Webster Golinkin obtient la médaille d’or pour Leg Scissors (arts graphiques), son célèbre compatriote Mahonri Mackintosh Young reçoit la même distinction pour sa sculpture The Knockout, le poète allemand Paul Bauer est médaillé d’or pour Am Kangehenzonga (La Lutte avec l’Himalaya). On note que le célèbre architecte américain John Russell Pope ne reçoit que la médaille d’argent dans la catégorie design architectural, le jury récompensant les Français Pierre Montenot, Gustave Saacké et Pierre Bailly. Les autres médaillés d’or sont le Britannique John Hughes (urbanisme), le Tchèque Josef Suk (musique), le Suédois David Wallin (peinture), l’Américain Lee Blair (aquarelles et dessins), le Polonais Józef Klukowski (bas-reliefs). Parmi les membres du jury figurait André Maurois, qui accorda une mention «honorable» à Avery Brundage, futur président du C.I.O., pour son essai The Signifitance of Amateur Sport.

1936. Berlin

1936MARCH-OKEn 1936, les concours d’art et littérature n’échappent pas plus que toutes les manifestations olympiques à la mainmise nazie, comme en témoigne la composition du jury, au sein duquel figurent Adolf Ziegler, président de la Reichskammer der Bildenden Künste (chambre des Beaux-Arts), qui sera chargé par le régime de combattre l’«art dégénéré», ou Hanns Johst, président de la Reichsschrifttumskammer (chambre de la Littérature) et de la Deutsche Akademie für Dichtung (académie de poésie), qui sera officier dans la SS. Et, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, les médaillés d’or allemands sont nombreux: Werner March, concepteur du gigantesque Olympiastadion, conjointement avec son frère Walter March (urbanisme); Werner Egk (musique pour orchestre); Paul Höffer (musique chorale); Felix Dhünen (poésie); Emil Sutor (bas-reliefs). Les autres champions olympiques sont le Finlandais Urho Karhumäki (littérature épique), le Suisse Alex Diggelmann (arts graphiques), l’Italien Farpi Vignoli (statues), l’Autrichien Hermann Kutschera (design architectural).

1948. Londres

1948THOMPSON-OKEn 1948, aux Jeux de Londres, dans l’austérité de l’époque, les concours d’art et littérature sont relégués au second plan, et de nombreuses distinctions ne sont pas attribuées, faute d’œuvres de valeur. On peut néanmoins noter que le graveur français Albert Decaris reçoit la médaille d’or pour La Piscine, dans la catégorie gravures et arts graphiques, tout comme le Britannique Alfred Thomson, dans la catégorie peinture, pour London Amateur Championship. Les autres lauréats sont la Finlandaise Aale Tynni (poésie), l’Italien Giani Stuparich (littérature épique), le Polonais Zbigniew Turski (musique orchestrale), le Suédois Gustav Nordahl (statues).

La fin des concours d’art et littérature

Après ces Jeux de Londres, le «pentathlon des muses» cher à Pierre de Coubertin disparaît du programme olympique. Le C.I.O. se serait-il rendu compte que le mélange des genres aboutit à la médiocrité et que les «champions olympiques» sont couronnés pour des œuvres qui ne trouveraient pas leur place dans un grand musée ou dans une anthologie littéraire? Nullement! En fait, le C.I.O. considère, cette fois à juste titre puisque les artistes tentent de vivre de leur talent, que les participants à ces concours sont des «professionnels»; allant au bout de sa logique concernant la notion d’amateurisme, il décide, à l’occasion de sa quarante-quatrième session tenue à Rome en 1949, de supprimer les concours artistiques du programme.

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Le bon choix de Martin Rufener en 2010…

Avoir le nez creux

2010defagoPour la descente des Jeux Olympiques de Vancouver, en 2010, Martin Rufener, directeur de l’équipe suisse masculine de ski alpin, avait retenu Didier Cuche, Carlo Janka et Ambrosi Hoffmann. Une place restait disponible et, à la surprise de beaucoup, il préféra sélectionner Didier Défago plutôt que Tobias Grünenfelder ou Patrick Küng. Un bon choix: Didier Défago va dompter la piste Dave-Murray et s’adjuger la médaille d’or.

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Les médecins de Jan Zelezny…

Diagnostic…

2000ZELEZNYL’athlète tchèque Jan Zelezny remporta trois fois consécutivement le concours de lancer du javelot aux Jeux Olympiques (1992, 1996, 2000). Or, s’il avait écouté les médecins, son palmarès serait quasi vierge. En effet, en 1990, les médecins lui ordonnèrent d’arrêter le lancer du javelot, car il risquait une paralysie totale en raison de problèmes vertébraux. Il ne les écouta pas et bien lui en prit…

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Le relais des quatre mamans en 1998

Entraînement et biberons…

4mamansAux Jeux Olympiques d’hiver de Nagano, en 1998, l’équipe russe de ski de fond, composée de Nina Gavriluk, Olga Danilova, Elena Välbe et Larissa Lazutina, remporta le relais 4 fois 5 kilomètres féminin. Originalité: toutes les quatre étaient déjà mères de famille.

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Geesink à Cinecittá

Samson et Gédéon

1964SamsonChampion olympique «toutes catégories» aux Jeux Olympiques de Tokyo, en 1964, le judoka néerlandais Anton Geesink connut une grande notoriété. Celle-ci lui permit de devenir acteur: il apparut dans 14 films ou téléfilms et tint le rôle-titre dans un curieux Samson et Gédéon à Cinecittá.

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La saga des Pettersson

Quatre frères, comme les Dalton

1968PETTERSSONLes exploits familiaux ne sont pas rares aux Jeux Olympiques. Mais la performance de l’équipe de Suède dans la course cycliste par équipes de 100 kilomètres contre la montre aux Jeux de Mexico, en 1968, mérite une mention particulière. Si les Pays-Bas s’imposèrent, la Suède prit la deuxième place. Or le quatuor suédois était constitué par les quatre frères Pettersson: Gösta, Sture, Erik et Tomas. Les Pettersson ne se distinguèrent pas uniquement aux Jeux, car les quatre frères furent également champions du monde du contre-la-montre par équipes en 1967, 1968 et 1969. La saga s’arrêta cette année-là, car les frères Pettersson abandonnèrent leur statut «amateur» pour rejoindre le peloton professionnel.

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