Record de talismans

Superstition…

HENNINGOn le sait, les sportifs sont très souvent superstitieux, et nombre d’entre eux ont des « rituels » et des objets porte-bonheur. Mais la patineuse américaine Anne Henning détient une sorte de record à la matière : aux Jeux Olympiques de Sapporo, en 1972, alors âgée de seize ans, elle ne se séparait jamais d’une poupée, d’un trèfle à quatre feuilles, d’un ornement de Noël et, bien sûr, d’une perle du Japon. Grâce à tous ces talismans, mais aussi et surtout à son talent, elle remporta le 500 mètres devant deux concurrentes soviétiques.

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Le saut de Charley Paddock

Kangourou !

Charley-Paddock (2)L’Américain Charley Paddock fut un des meilleurs sprinters du monde dans les années 1920. Ainsi, il remporta le 100 mètres et le relais 4 fois 100 mètres aux Jeux Olympiques d’Anvers, en 1920. Sprinter trapu, voire un peu « gras » (1,72 m, 75 kg), il présentait la particularité de terminer ses courses par un saut qu’il effectuait à environ 3 ou 4 mètres de la ligne d’arrivée, au lieu de « casser » (pencher le buste en avant) comme le font la plupart des sprinters. Est-ce là le secret de ses performances ? Sans doute pas, car les lois de l’aérodynamique semblent prouver que ce « bond en avant » aurait dû le ralentir. Toujours est-il que cette technique lui paraissait nécessaire, et qu’elle fournit d’étonnant clichés photographiques.

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Le tandem figura au programme olympique

À bicyclette…

Dans l’imaginaire, le tandem, bicyclette à deux places situées l’une derrière l’autre, renvoie aux promenades entre amoureux et, surtout, aux « congés payés » instaurés en France par le Front populaire : en 1936, à une époque où l’automobile était un grand luxe réservé aux bourgeois, des milliers d’ouvriers partirent voir la mer en pédalant sur un tandem – ce qui est bien mis en évidence par le cinéma de ce temps-là. Mais, on l’oublie, le tandem fut une discipline importante du programme cycliste des Jeux Olympiques de 1908 à 1972. En 1908, à Londres, les Français Maurice Schilles et André Auffray furent les premiers champions olympiques de tandem. En fait, les Français se distinguèrent souvent aux Jeux dans la compétition de tandem, accumulant les médailles d’or  : Lucien Choury et Jean Cugnot en 1924 ; Louis Chaillot et Maurice Perrin en 1932 ; Daniel Morelon et Pierre Trentin – les plus célèbres – en 1968.

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Percy Williams se célèbre lui-même incognito

Perdu dans la foule…

Williams, PercyLe Canadien Percy Williams, un  athlète de vingt ans quasi inconnu, réalisa le doublé 100-200 mètres aux Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928 à la surprise générale. Dans le 100 mètres, sa victoire était tellement inattendue que la cérémonie de remise des médailles fut différée afin que les officiels aient le temps de trouver un drapeau canadien ! Les supporters canadiens voulurent fêter leur nouveau héros, et ils se rendirent à son hôtel pour l’ovationner. Or Percy Williams était tellement peu connu qu’il se trouvait à ce moment non pas dans son hôtel, mais à l’extérieur, au milieu de ces supporters : il put rester au cœur de cette foule et se « fêter lui-même » !

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Le gymnaste devient « homme-torpille »

De la boulangerie au cirque

gym-cheval3L’Italien Alberto Braglia remporta le concours général de gymnastique aux Jeux Olympiques de Londres, en 1908. Cet ancien mitron, qui avait forgé sa musculature en s’entraînant seul dans une grange, imagina que le succès olympique pouvait lui procurer la fortune, et il délaissa son fournil pour monter un spectacle lors duquel il proposait un numéro d’« homme-torpille ». Ce changement d’orientation professionnelle ne lui apporta en fait que des désagréments : il se cassa l’épaule et plusieurs côtes ; la Fédération italienne le déclara « professionnel », ce qui lui fermait les portes des Jeux Olympiques. Néanmoins, il retrouva son statut « amateur » peu avant les Jeux de Stockholm, en 1912. Il put donc participer de nouveau aux compétitions olympiques, et s’adjugea encore la médaille d’or. Alberto Braglia délaissa cette fois totalement la gymnastique sportive et rejoignit les gens du cirque. Il monta notamment un duo comique qui connut un certain succès, en Europe d’abord, puis aux États-Unis.

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L’étonnante médaille de Lottie Dod

En l’honneur d’Azincourt ?

DOD (2)La Britannique Lottie Dod fut une des meilleures tenniswomen de la fin du XIXe siècle : elle remporta notamment cinq fois le tournoi de Wimbledon entre 1887 – elle avait quinze ans et reste la plus jeune gagnante du tournoi – et 1893. Elle était en outre une sportive éclectique : bonne patineuse sur glace, remarquable golfeuse et excellente joueuse de billard, elle fut même sélectionnée dans l’équipe d’Angleterre de hockey sur gazon en 1899-1900. À partir de 1905, Lottie Dod s’essaya au tir à l’arc en compagnie de ses frères – il semble que, ce faisant, ils voulaient assumer un lointain héritage, car un de leurs ancêtres aurait commandé les archers anglais à la bataille d’Azincourt. Lottie Dod remporta son premier tournoi en 1906, progressa, et elle participa aux Jeux Olympiques de Londres, en 1908. Les vingt-cinq concurrentes étaient toutes britanniques, et Lottie Dod, quasi débutante, obtint la médaille d’argent, devancée seulement par l’expérimentée Queenie Newall (53 ans), qui demeure la plus âgée des championnes olympiques. On peut noter que la famille brilla en tir à l’arc à Londres, puisque le frère de Lottie Dod, William Dod, remporta la médaille d’or en double york round.

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La doyenne des porteuses de flamme recalée

La forme olympique à 103 ans

CAO ZONG (2)Porter la torche olympique constitue toujours un honneur, et les volontaires se comptent en grand nombre. Ainsi, pour les Jeux de Pékin, près de 22 000 relayeurs se transmirent la torche de main en main. Il convient d’attribuer une mention spéciale à Cao Zuozheng, qui finalement ne participa pas au relais. Cette petite femme âgée de 103 ans, en bonne santé grâce à ses exercices de culture physique quotidiens, se porta volontaire, auprès du district de Dongcheng, pour porter la torche. En effet, en 2004, quand le relais de la flamme olympique des Jeux d’Athènes passa par Pékin, elle attendit durant trois heures au bord de la route, dans son fauteuil roulant, pour assister à l’événement ; elle fut prise en photo avec un relayeur chinois, et décida de se préparer pour 2008. Elle s’exerça dès lors quotidiennement, en soulevant sa canne au-dessus de la tête pour être prête le jour J. « Je suis en bonne santé, je peux aller partout où les organisateurs le voudront, et je n’ai pas de difficultés pour tenir la torche olympique », déclara-t-elle au China Daily. Hélas ! un an avant les Jeux, le district de Dongcheng rejeta sa demande pour « raison de santé ». Ses enfants refusèrent longtemps de lui annoncer la triste nouvelle… Mais il fallut bien le faire : Cao Zuozheng continua ses exercices de culture physique, mais elle cessa de lever sa canne au-dessus de la tête. Néanmoins, ses enfants réussirent à obtenir des billets pour assister à des épreuves d’athlétisme dans le célèbre « nid d’oiseau » ; pour la circonstance, Cao Zuozheng se fit confectionner une robe en soie bleu vif.

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Du ski joëring aux Jeux Olympiques en 1928 !

Une curiosité olympique

ski-joëring-cheval (2)Le programme olympique comportait jadis quelques épreuves bien étranges, souvent liées à des disciplines prisées par le pays organisateur des Jeux. Ainsi, aux Jeux d’hiver de Saint-Moritz, en 1928, fut organisée une épreuve de ski joëring. Le ski joëring est une discipline alliant le ski et un attelage équestre ou canin, les animaux tirant un skieur. Le ski joëring est une discipline populaire en Suisse, et fut donc sport de démonstration en 1928. Huit skieurs, tous suisses, tirés par des chevaux attelés, participèrent à cette épreuve qui se déroula le 12 février. La victoire revint à un dénommé Rudolf Wettstein. Le ski joëring ne revint jamais plus aux Jeux Olympiques.

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L’invention du tour d’honneur avec son drapeau national

Du spontané au convenu…

1984TOUR-d-honneurDésormais, sur le stade, à l’issue de chaque épreuve, se répète la même scène: le vainqueur, mais aussi les médaillés d’argent et de bronze s’emparent du drapeau de leurs pays dans un geste quasi mécanique, et se lancent dans un tour d’honneur. Personne ne déroge à cette tradition. On peut même penser que ce tour d’honneur appartient presque au cérémonial olympique, tout comme la remise des médailles accompagnée de l’hymne national du vainqueur. Lire la suite

Les concours d’art et littérature

Le pentathlon des muses

ImageDurant les Jeux Olympiques, les compétitions n’ont pas concerné que des sportifs. En effet, de 1912 à 1948, artistes, écrivains et musiciens ont participé aux Jeux, dans le cadre des «concours d’art et littérature». Ceux-ci sont nés grâce à la ténacité de Pierre de Coubertin, qui désirait ajouter un volet culturel aux Jeux. En 1906, à l’occasion du quatrième congrès olympique, le Comité international olympique (C.I.O.) décide d’associer les arts et lettres à la célébration de l’olympiade. Il crée cinq concours (architecture, sculpture, musique, peinture, littérature). Ces concours devaient intégrer le programme à l’occasion des Jeux de 1908, mais, en raison du transfert tardif des Jeux de la IVe olympiade de Rome à Londres, la Royal Academy ne parvient pas à organiser ces concours. Les premiers eurent donc lieu en 1912.

1912. Stockholm

1912WinansOKLes débuts s’avèrent difficiles, car les artistes et écrivains suédois sont opposés à ces concours, tout comme le comité d’organisation. Aussi, très peu d’artistes prennent part aux concours. MM. Hohrod et Eschbach obtiennent une médaille d’or, dans la catégorie littérature, pour un texte bilingue français-allemand, intitulé Ode au sport (il s’avère rapidement que l’auteur de ce texte n’est autre que Coubertin lui-même). Les architectes suisses Alphonse Laverrière et Eugène Monod l’emportent dans la catégorie architecture pour Plan d’un stade moderne, alors que l’Américain Walter Winans, vainqueur du concours de sculpture pour une statuette en bronze baptisée An American Trotter, remporte aussi à Stockholm une médaille d’argent dans une compétition de tir. Les Italiens Riccardo Barthelemy (musique) et Carlo Pellegrini (peinture) sont les autres lauréats

1920. Anvers

1920COLLINLes concours ne connaissent toujours pas un grand succès. Le jury n’accorde que trois médailles d’or, à des artistes de second plan: Raniero Nicolai (Italie, littérature); Georges Monnier (Belgique, musique); Albéric Collin (Belgique, sculpture). On note que le célèbre écrivain britannique Theodore Andrea Cook n’obtient que la médaille d’argent en littérature.

1924. Paris

1924JACOBY2À Paris, le succès n’est toujours pas au rendez-vous. Aussi, le jury n’accorde que deux médailles d’or: le célèbre artiste luxembourgeois Jean Jacoby est couronné dans la catégorie peinture; le talentueux poète français Géo-Charles est distingué dans la catégorie littérature. Coubertin se désole: «Il faut […] la présence des génies nationaux, la collaboration des muses, le culte de la beauté, tout l’appareil qui convient au puissant symbolisme qu’incarnaient dans le passé les Jeux Olympiques et qu’ils doivent continuer de représenter aujourd’hui.» On note une curiosité: le Hongrois Alfred Hajós, champion olympique de natation en 1896, obtient une médaille d’argent dans la catégorie architecture.

1928. Amsterdam

1928LandowskiOKEn 1928, à Amsterdam, ces concours sont d’une tout autre envergure: d’abord, plus de mille artistes venus de dix-huit pays présentent leurs œuvres; ensuite, les concours prennent réellement le caractère d’«épreuves», notamment parce que chacune des cinq catégories se voit subdivisée en «sous-catégories» («design architectural» et «urbanisme» pour l’architecture; «bas-reliefs et médailles» et «statues» pour la sculpture; «dessin», «peinture» et «arts graphiques» pour la peinture; «littérature épique», «littérature dramatique» et «textes lyriques» pour la littérature; «chansons»; «musique pour orchestre»; «solo» pour la musique). Et des artistes de grand talent sont récompensés. Ainsi, l’architecte Jan Wils est couronné pour la réalisation du magnifique stade olympique (Olympisch Stadion) de ces Jeux d’Amsterdam (design architectural), le célèbre sculpteur français Paul Landowski reçoit la médaille d’or pour Le Boxeur (statues), le peintre néerlandais Isaäc Israels obtient la médaille d’or pour Le Cavalier rouge (peinture), le poète polonais Kazimierz Wierzynski est récompensé pour Lauriers olympiques (textes lyriques). Les autres médaillés d’or sont William Nicholson (Grande-Bretagne, arts graphiques), Edwin Grienauer (Autriche, bas-reliefs et médailles), Ferenc Mezo (Hongrie, littérature épique).

1932. Los Angeles

1932KNOCKOKEn 1932, ces concours connaissent encore un joli succès, puisque plus de mille œuvres sont présentées. L’Américain Joseph Webster Golinkin obtient la médaille d’or pour Leg Scissors (arts graphiques), son célèbre compatriote Mahonri Mackintosh Young reçoit la même distinction pour sa sculpture The Knockout, le poète allemand Paul Bauer est médaillé d’or pour Am Kangehenzonga (La Lutte avec l’Himalaya). On note que le célèbre architecte américain John Russell Pope ne reçoit que la médaille d’argent dans la catégorie design architectural, le jury récompensant les Français Pierre Montenot, Gustave Saacké et Pierre Bailly. Les autres médaillés d’or sont le Britannique John Hughes (urbanisme), le Tchèque Josef Suk (musique), le Suédois David Wallin (peinture), l’Américain Lee Blair (aquarelles et dessins), le Polonais Józef Klukowski (bas-reliefs). Parmi les membres du jury figurait André Maurois, qui accorda une mention «honorable» à Avery Brundage, futur président du C.I.O., pour son essai The Signifitance of Amateur Sport.

1936. Berlin

1936MARCH-OKEn 1936, les concours d’art et littérature n’échappent pas plus que toutes les manifestations olympiques à la mainmise nazie, comme en témoigne la composition du jury, au sein duquel figurent Adolf Ziegler, président de la Reichskammer der Bildenden Künste (chambre des Beaux-Arts), qui sera chargé par le régime de combattre l’«art dégénéré», ou Hanns Johst, président de la Reichsschrifttumskammer (chambre de la Littérature) et de la Deutsche Akademie für Dichtung (académie de poésie), qui sera officier dans la SS. Et, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, les médaillés d’or allemands sont nombreux: Werner March, concepteur du gigantesque Olympiastadion, conjointement avec son frère Walter March (urbanisme); Werner Egk (musique pour orchestre); Paul Höffer (musique chorale); Felix Dhünen (poésie); Emil Sutor (bas-reliefs). Les autres champions olympiques sont le Finlandais Urho Karhumäki (littérature épique), le Suisse Alex Diggelmann (arts graphiques), l’Italien Farpi Vignoli (statues), l’Autrichien Hermann Kutschera (design architectural).

1948. Londres

1948THOMPSON-OKEn 1948, aux Jeux de Londres, dans l’austérité de l’époque, les concours d’art et littérature sont relégués au second plan, et de nombreuses distinctions ne sont pas attribuées, faute d’œuvres de valeur. On peut néanmoins noter que le graveur français Albert Decaris reçoit la médaille d’or pour La Piscine, dans la catégorie gravures et arts graphiques, tout comme le Britannique Alfred Thomson, dans la catégorie peinture, pour London Amateur Championship. Les autres lauréats sont la Finlandaise Aale Tynni (poésie), l’Italien Giani Stuparich (littérature épique), le Polonais Zbigniew Turski (musique orchestrale), le Suédois Gustav Nordahl (statues).

La fin des concours d’art et littérature

Après ces Jeux de Londres, le «pentathlon des muses» cher à Pierre de Coubertin disparaît du programme olympique. Le C.I.O. se serait-il rendu compte que le mélange des genres aboutit à la médiocrité et que les «champions olympiques» sont couronnés pour des œuvres qui ne trouveraient pas leur place dans un grand musée ou dans une anthologie littéraire? Nullement! En fait, le C.I.O. considère, cette fois à juste titre puisque les artistes tentent de vivre de leur talent, que les participants à ces concours sont des «professionnels»; allant au bout de sa logique concernant la notion d’amateurisme, il décide, à l’occasion de sa quarante-quatrième session tenue à Rome en 1949, de supprimer les concours artistiques du programme.

©Pierre LAGRUE