La R.D.A. et les Jeux Olympiques

Présente aux Jeux Olympiques durant seulement 20 ans (1968-1988), la R.D.A. s’est à l’époque affirmée comme une grande puissance sportive mondiale. Ainsi, aux Jeux d’été, en cinq participations (1968, 1972, 1976, 1980, 1988), la R.D.A. a obtenu 409 médailles, dont 153 en or. En six éditions des Jeux d’hiver (1968-1988), la R.D.A. a remporté 110 médailles, dont 39 en or.

Comment expliquer qu’un tout petit pays ait pu rivaliser avec les États-Unis et l’U.R.S.S. aux Jeux ? Cette réussite – qui s’avérera une supercherie après la chute du Mur de Berlin en 1989 – s’appuyait sur une démarche parfaitement planifiée, laquelle résultait d’une volonté politique de reconnaissance internationale grâce à la vitrine olympique : « Le sport n’est pas un but en soi ; il est un moyen d’atteindre d’autres buts », déclara notamment Erich Honecker, président du Conseil d’État de la R.D.A. de 1976 à 1989.

Une politique sportive volontariste

Le modèle sportif est-allemand se distinguait par une structure organisationnelle originale. En effet, selon les pays, le sport tient ou ne tient pas une place importante dans le système éducatif, ce statut étant souvent issu de la tradition (Grande-Bretagne). Puis une élite se dégage de la masse de ces sportifs en herbe. En R.D.A., l’accès au sport était garanti à tous par la Constitution, comme « élément de la culture socialiste servant à l’épanouissement de la population ». Mais, parallèlement à ce sport de masse, un système de détection perfectionné permettait de « choisir » les enfants aux capacités prometteuses et de les « former » à la haute compétition dans de multiples centres d’entraînement, dès l’âge de dix ou onze ans, parfois plus tôt. Ainsi, les enfants se mesuraient lors de « Spartakiades d’arrondissement », ce qui permettait de recruter les meilleurs d’entre eux. Les archives de la Stasi indiquent que plus de 35 000 cadres et entraîneurs rémunérés travaillaient dans quelque 2 000 centres à la formation et à la « préparation » de futurs champions soumis à une sélection drastique. La dissociation totale entre pratique sportive de masse – de « loisir », dit-on en Occident – et « formation » plus que rigoureuse à la compétition de haut niveau explique la réussite olympique de la R.D.A., laquelle ne peut pas se résumer à la seule efficacité du dopage d’État.

Une difficile accession aux Jeux

Après la Seconde Guerre mondiale, le président du C.I.O. J. Sigfrid Edström souhaitait ardemment réunir l’ensemble du mouvement olympique, et il fit de cet objectif la priorité de son mandat. Ce rassemblement passait bien sûr par le retour aux Jeux des puissances vaincues de la Seconde Guerre mondiale, le dossier de l’Allemagne s’avérant le plus complexe. La partition de l’Allemagne, en 1949, a donné naissance à deux États : la République fédérale d’Allemagne (R.F.A.) et la République démocratique allemande (R.D.A.). Les deux pays devront attendre septembre 1973 pour intégrer l’Organisation des nations unies, mais la R.F.A. fut rapidement associée aux affaires du monde, alors que la R.D.A. demeurait considérée comme « zone soviétique » de l’Allemagne.

Après les Jeux de Londres (1948), deux Allemands retrouvèrent leur siège au C.I.O. : Karl Ritter von Halt, président du comité d’organisation des Jeux d’hiver de Garmisch-Partenkirchen en 1936 et proche collaborateur du Reichssportführer Hans von Tschammer und Osten, et le duc Adolphe-Frédéric de Mecklembourg ; les accointances des deux hommes avec les nazis ne semblèrent pas poser de problème au mouvement olympique… L’un et l’autre considéraient qu’ils ne représentaient que la R.F.A. Le Comité olympique ouest-allemand fut reconnu dès 1949 par le C.I.O. ; la R.F.A. fut conviée aux festivités olympiques dès 1952. La R.D.A. se dota également d’un comité olympique, mais celui-ci ne fut reconnu par le C.I.O. qu’en juin 1955, à titre provisoire, puis de manière définitive après les Jeux de Melbourne (1956).

Les deux comités olympiques allemands durent donc cohabiter, et ils furent contraints de présenter une équipe commune aux Jeux Olympiques de 1956 à 1964, laquelle défilait derrière le même drapeau – l’oriflamme traditionnelle aux bandes horizontales noire, jaune et rouge, agrémentée des anneaux olympiques –, alors que, en l’honneur des vainqueurs, on jouait l’Hymne à la joie de Beethoven et non pas les hymnes nationaux ouest-allemand ou est-allemand. La situation changea le 8 octobre 1965 : lors de sa session de Madrid, le C.I.O. accepta, malgré les réticences occidentales, que les deux Allemagnes présentent chacune leur propre équipe en 1968 aux Jeux de Grenoble et de Mexico. Dès lors, le maillot bleu nuit aux lisérés blancs siglé « DDR » va devenir un vêtement olympique à la mode. À partir de la fin de 1969, le chancelier ouest-allemand Willy Brandt mit en œuvre l’Ostpolitik, les deux pays se reconnurent mutuellement en décembre 1972. Ils intégrèrent l’O.N.U. le 18 septembre 1973. Le monde pouvait-il continuer d’ignorer la R.D.A., un pays dont les sportifs commençaient de squatter les podiums olympiques ?

Une fusée olympique à plusieurs étages

Dans l’esprit des dirigeants politiques de la R.D.A., participer aux Jeux ne signifiait nullement y faire de la figuration, mais bien remporter des médailles. Le pays s’appuyait certes depuis longtemps sur l’efficacité de son système de détection et de « préparation » des futurs champions, mais il développa aussi sa politique olympique selon deux axes forts : obtenir tout de suite des médailles en mettant d’abord l’accent sur les disciplines « secondaires » des Jeux, délaissées par les grandes puissances sportives, avant de s’attaquer aux sports phares des Jeux d’été (athlétisme et natation) ; présenter une délégation féminine redoutable, car le sport féminin ne constituait pas une priorité en Occident, ce qui laissait de nombreuses places potentielles sur les podiums.

Aux Jeux de Mexico, en 1968, la R.D.A. (9 médailles d’or, 25 médailles au total) se positionnait déjà à la cinquième place du classement des nations, devant la R.F.A., huitième (5 médailles d’or, 26 médailles au total). Pour les deux Allemagnes, les Jeux de Munich, en 1972, constituaient un rendez-vous essentiel : l’affrontement sportif devenait une question de suprématie locale. Le duel allemand vit une nette victoire de la R.D.A. (20 médailles d’or, 66 médailles au total), troisième place du bilan, alors que la R.F.A., « humiliée » par sa voisine sur son sol, n’était que quatrième (13 médailles d’or, 40 médailles au total). Walter Ulbricht, président du Conseil d’État de la R.D.A., se félicita des succès de ces « diplomates en survêtement »…

En 1976, aux Jeux de Montréal, la R.D.A. se classa deuxième au bilan des nations, derrière l’U.R.S.S., mais devant les États-Unis. La fusée olympique est-allemande avait déployé son deuxième étage et, son assise dans certains sports « annexes » étant établie, elle s’était s’attaqué aux disciplines reines des Jeux d’été : l’athlétisme et la natation. En athlétisme, grâce aux performances de son équipe féminine (9 médailles d’or sur 14 possibles, 19 médailles au total), elle occupait la première place (11 médailles d’or, 27 médailles au total). En natation, les gamines prises en main depuis une dizaine d’années arrivaient à « maturité », c’est-à-dire qu’elles étaient âgées de quinze à dix-huit ans : les nageuses est-allemandes aux larges épaules remportèrent 11 des 13 épreuves !

Le « projet » olympique est-allemand avait abouti ; le dernier étage de la fusée consistait à le pérenniser. Lors des caricaturaux Jeux de Moscou, en 1980, la R.D.A. obtint 47 médailles d’or et 126 médailles au total. En 1988, à Séoul, à l’occasion de Jeux débarrassés des boycottages ou presque, la R.D.A. s’adjugea 37 médailles d’or et 102 médailles au total ; comme à Montréal, elle se classa deuxième du bilan des nations, derrière l’U.R.S.S., mais devant les États-Unis.

La révélation d’une imposture

La chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, ne signifia pas la mise au ban des sportifs est-allemands. Ceux-ci intégrèrent l’équipe de l’Allemagne unifiée qui participa aux Jeux en 1992, car le chancelier Helmut Kohl se prononça en faveur du maintien d’un sport de haut niveau en Allemagne.

Aux Jeux Olympiques d’hiver d’Albertville, la réunification allemande a permis un beau résultat : l’Allemagne occupait la première place du bilan, avec 10 médailles d’or et 26 médailles au total. Parmi les lauréats figuraient plusieurs champions et championnes naguère est-allemands : Uwe-Jens Mey, Gunda Niemann, Jacqueline Börner (patinage de vitesse), Stefan Krausse et Jan Behrendt (luge), Antje Harvey (biathlon), entre autres. Mais l’embellie ne dura que le temps d’un printemps. En effet, aux Jeux d’été de Barcelone, l’équipe de l’Allemagne unifiée connut un semi-revers : elle se classa certes troisième du bilan des nations, mais, avec 33 médailles d’or et 82 médailles au total, elle n’égalait pas le résultat de la seule R.D.A. en 1988 (37 médailles d’or, 102 médailles au total). En outre, c’est surtout le bilan médiocre de la délégation féminine qui interpellait : les Allemandes s’adjugèrent 20 médailles (dont 10 en or), alors que les Allemandes de l’Est avaient remporté 51 médailles (dont 20 en or) à Séoul ; en natation, une seule Allemande fut championne olympique (Dagmar Hase, issue de la R.D.A.), alors que les Allemandes de l’Est s’étaient adjugé 11 médailles d’or en 16 courses à Séoul !

En fait, seules deux championnes qui se distinguèrent sous le maillot de la R.D.A. continueront réellement d’enrichir leur palmarès sous les couleurs de l’Allemagne unifiée : Birgit Fischer (kayak) et Heike Drechsler (athlétisme).

La Stasi a détruit beaucoup de ses archives avant la chute du Mur, mais pas toutes. L’analyse des documents restants permettra de révéler toute la mécanique sportive est-allemande, instituée au mépris de l’éthique mais surtout de la santé des sportifs. « Médecins » et « scientifiques » avaient carte blanche pour élaborer les plus sophistiquées des techniques de dopage et contourner les contrôles. Plus de 10 000 sportifs ont subi ce dopage contraint. Des programmes dénommés « u.M » (unterstützende Mittel, « moyens de soutien ») planifiaient soigneusement le dopage, qui touchait chaque année 2 000 personnes, surtout les filles : toutes ces gamines absorbaient des pilules qualifiées de « vitamines » par leurs entraîneurs (il s’agissait le plus souvent de stéroïdes anabolisants et de produits androgènes qui entravaient leur maturation sexuelle, provoquaient une acné sévère et une altération de la voix). Avant toutes les grandes compétitions internationales, des tests antidopage « locaux » permettaient de s’assurer que les contrôles officiels donneraient un résultat négatif : en cas de doute, le sportif n’était pas inscrit pour la compétition…

Des procès eurent certes lieu : en 2000, les deux plus hauts responsables du sport est-allemand, Manfred Ewald, président de la Confédération des sports de la R.D.A. de 1963 à 1968 et président du Comité olympique est-allemand de 1973 à sa dissolution, et Manfred Höppner, directeur du Service de médecine sportive est-allemand, furent condamnés par un tribunal de Berlin pour « complicité de blessures corporelles » sur 142 jeunes athlètes est-allemandes. Leurs peines : 22 mois et 18 mois de prison respectivement, avec sursis. Un verdict bien clément au regard de milliers de vies brisées et de 20 années d’imposture olympique…

©Pierre LAGRUE

Nadia Comaneci et le Conducator

La petite communiste qui ne souriait jamais

COMANECI4 (3)À son retour des Jeux de Montréal, Nadia Comaneci fut triomphalement accueillie à Bucarest. Elle reçut la médaille de « héros du travail socialiste » devant les dirigeants du Parti communiste roumain. Mais le Nicolae Ceausescu, le Conducator qui voulait faire de la jeune gymnaste triomphante son « jouet », va vite être embarrassé par la popularité de Nadia, qui pourrait lui faire de l’ombre. La vie de Nadia, qui a mis fin à sa carrière de gymnaste en 1981, va devenir un enfer : Nadia se refuse à Nicu Ceausescu, le détestable fils cadet du Conducator ; la Securitate la surveille en permanence. On lui accorde certes un visa pour accompagner la délégation roumaine à Los Angeles lors des Jeux de 1984, mais la police secrète roumaine la suit pas à pas en Californie. Nadia, qui a goûté à la liberté et au mode de vie occidental au cours de sa carrière, étouffe dans la Roumanie des Ceausescu : alors qu’elle aspire à la liberté, tout déplacement à l’étranger lui est interdit. L’évasion devient une obsession. Celle-ci ressemble à un mauvais roman d’espionnage. Le 26 novembre 1989, aidée par un personnage trouble, Constantin Panait, qui lui extorque 5 000 dollars, elle gagne clandestinement la frontière hongroise, erre dans la nuit, alors que les hommes de la Securitate sont à ses trousses, puis rejoint Vienne. De là, elle part pour les États-Unis, où elle est accueillie triomphalement, alors que le régime du dictateur Ceausescu va s’écrouler.

©Pierre LAGRUE

 



Le bras d’honneur de Wladyslaw Kozakiewicz

Incident diplomatique !

KOZAKIEWICZ-BIS (2)Le dénouement du concours de saut à la perche des Jeux de Moscou, en 1980, demeure dans les mémoires. Ce concours se déroula dans une ambiance détestable : le public du stade Lénine, désireux de voir triompher le Soviétique Konstantin Volkov, huait tous les rivaux de celui-ci quand ils sautaient ; rapidement, au fil des échecs de tous les concurrents, le concours se transforma en un duel opposant Konstantin Volkov au Polonais Wladyslaw Kozakiewicz. Ce dernier, dans un jour de grâce, effaça toutes les barres avec une grande aisance, jusqu’à 5,75 mètres – une barre que Volkov ne parvint pas à franchir. Après les échecs de Volkov, le moustachu Kozakiewicz, médaillé d’or de fait, demanda que la barre fût placée à 5,78 mètres, afin d’ajouter le record du monde détenu par le Français Philippe Houvion (5,77 m) au titre olympique. À son deuxième essai, le Polonais franchit la barre avec aisance ; sourire aux lèvres, il adressa, provocateur, un bras d’honneur au public du stade Lénine. L’image de la « célébration » de Wladyslaw Kozakiewicz fit alors le tour du monde occidental, en cette époque où la guerre froide connaissait un moment de haute tension : les médias de l’Ouest présentèrent ce geste comme un bras d’honneur adressé par le Polonais à l’ensemble du monde communiste ; en fait, le « Marin du la Baltique », comme on le surnommait, voulut simplement protester contre le chauvinisme du public et manifester sa désapprobation contre le déroulement de ce concours. Néanmoins, l’ambassadeur d’Union soviétique en Pologne demanda au C.I.O. de retirer la médaille d’or de Kozakiewicz pour « insulte au peuple soviétique ». Le gouvernement polonais affirma, quant à lui, que le geste de l’athlète n’était que la conséquence d’un « spasme musculaire ».

©Pierre LAGRUE



Le Black Power aux Jeux

Des combattants de la liberté…

1968Black-PowerLe 16 octobre 1968, aux Jeux Olympiques de Mexico, sur le podium du 200 mètres, les Noirs américains Tommie Smith et John Carlos baissent la tête et lèvent un poing ganté de noir au moment où l’hymne des États-Unis retentit; le troisième homme, l’Australien blanc Peter Norman, porte lui aussi le badge «Olympic Project for Human Rights» («Projet olympique pour les droits de l’homme»). Trois jours plus tard, Lee Evans, Larry James et Ron Freeman, les trois premiers du 400 mètres, montent sur le podium coiffés d’un béret et lèvent aussi, plus discrètement, le poing pour protester contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Le Black Power s’est invité aux Jeux, profitant de la vitrine olympique. Il s’agissait d’une action mûrement réfléchie, concertée et minutieusement préparée.

Tout est né dans les universités américaines. Dans le contexte de discrimination raciale de l’époque, les portes des universités semblaient fermées à double tour pour les Noirs. Néanmoins, certaines universités «recrutaient» de nombreux Noirs dans les années 1960: en effet, aux États-Unis, le sport tient une place importante dans les universités et le prestige de celles-ci provient parfois tout autant des performances de leurs sportifs que des résultats scolaires de leurs étudiants… Mais, contrairement aux attentes du pouvoir blanc, les Noirs ne se contentèrent pas de briller sur les pistes, les stades et dans les salles de sport: ils se forgèrent sur les campus une conscience politique. C’est ainsi sur le campus de l’université de San Jose (Californie), où étudiaient Tommie Smith, John Carlos et Lee Evans notamment, que l’activisme étudiant noir américain était le plus virulent: en 1967, les trois hommes militèrent pour la fondation de la Black Students Union. Dans le même temps, le sociologue afro-américain Harry Edwards, enseignant dans cette université, élaborait l’Olympic Project for Human Rights, qui reçut l’adhésion de la majorité des athlètes-étudiants noirs américains. Le 4 avril 1968, le pasteur Martin Luther King était assassiné: les tensions raciales s’exacerbèrent, des émeutes éclatèrent. Harry Edwards relança alors l’idée qu’il avait avancée en octobre 1967: le boycottage des Jeux de Mexico par les Noirs américains. Les athlètes multiplièrent les réunions pour tenter d’adopter une position commune, mais l’idée du boycottage ne fit pas l’unanimité.

Les dirigeants du mouvement olympique américain s’inquiétaient: Everett Barnes, directeur exécutif du Comité olympique américain, déclara que tout athlète qui porterait un brassard noir lors de la cérémonie d’ouverture serait exclu de l’équipe américaine; Avery Brundage, président du Comité international olympique (C.I.O.), le soutint et indiqua que «tout athlète qui provoquerait des troubles serait immédiatement renvoyé chez lui».

Dans le village olympique de Mexico, les amitiés se nouèrent, le badge «Olympic Project for Human Rights» fut largement distribué: tous les athlètes noirs américains ou presque le portaient, mais de nombreux Américains blancs, solidaires, l’arboraient également. Une identité noire s’affirmait: les Noirs américains rendaient visite aux Africains, qu’ils appelaient désormais «nos frères».

Le 14 octobre, Jim Hines remportait le 100 mètres devant le Jamaïquain Lennox Miller et Charles Greene. Il s’agissait, pour le Black Power, du premier moment fort des Jeux: quelle attitude adopteraient les deux Américains sur le podium lors de la cérémonie de remise des médailles? En fait, la cérémonie se déroula sans anicroche: rien de surprenant concernant Hines, qui ne s’affichait pas en militant; en revanche, Greene semblait très virulent et sa passivité laissait penser que les Noirs américains ne mettraient aucune de leurs menaces à exécution… Deux jours plus tard, Smith et Carlos allaient apporter un démenti cinglant…

Grâce à leur courage et à la vitrine olympique, tous ces jeunes gens firent sans doute beaucoup plus pour leur juste cause que certains orateurs et quelques combattants. Profitant de la médiatisation des Jeux, ces sportifs avaient osé, quitte à sacrifier leur carrière et à mettre en péril leur avenir, afficher leurs convictions et leurs revendications devant les télévisions du monde entier. Tous se voulaient des militants de la dignité humaine. Hélas, quatre ans plus tard, le massacre de Munich perpétré par les terroristes palestiniens de Septembre noir allait prouver que la «visibilité olympique» pouvait servir des causes autrement funestes…

©Pierre LAGRUE



Jesse Owens fut contraint de courir contre un cheval

Du héros de Berlin au petit-fils d’esclave…

1936Owens-ChevalLa figure de Jesse Owens appartient à la grande histoire olympique. Il demeure l’homme qui a osé défier Hitler et a ridiculisé les thèses raciales des nazis. Sa gloire est éternelle. Pourtant, à l’époque, cette gloire s’avéra très éphémère. En effet, au lendemain sa dernière victoire à Berlin, il fut sommé de participer à une tournée de meetings. Ces meetings étaient lucratifs pour la Fédération américaine d’athlétisme, mais pas pour les athlètes, car monnayer leurs lauriers olympiques leur était interdit. Jesse Owens, qui devait disputer huit courses en cinq jours, refusa de participer à cette tournée. La sanction tomba: au lendemain de son triomphe olympique, Avery Brundage, président du Comité olympique américain, le suspendit de toute compétition officielle. La carrière de Jesse Owens était terminée.

Le héros de Berlin tenta de gagner sa vie comme il le pouvait. Ainsi, il accepta de courir contre un cheval à La Havane, pour 2000 dollars. Lire la suite

L’Anthropology Day (1904)

Les Jeux de la honte…

1904Anthropology1OKLes Jeux Olympiques de Saint Louis, en 1904, furent avant tout ceux de l’Amérique blanche. Pour le Sud profond, dont Saint Louis est l’un des fleurons, la supériorité de la race blanche allait de soi. Ces Jeux fournirent l’occasion de prouver pseudo-scientifiquement ce fait: on organisa l’Anthropology Day, deux jours en fait (12 et 13 août 1904) durant lesquels il s’agissait de tester, devant des scientifiques, les qualités athlétiques des races jugées «inférieures», bref de valider les thèses du racisme scientifique. Lire la suite

Jesse Owens obtint une quatrième médaille d’or contre son gré

De l’or au goût amer…

1936-4 fois 100 US (2)Jesse Owens est entré dans l’histoire en remportant 4 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Berlin, en 1936. Pourtant, il ne devait participer qu’à 3 épreuves: 100 mètres, 200 mètres, saut en longueur. En effet, depuis 1924, les États-Unis alignaient traditionnellement leurs 3 meilleurs représentants sur 100 mètres, les 4 suivants disputant le relais 4 fois 100 mètres. Lire la suite

Water-polo et bataille rangée en 1956

Du sang dans la piscine…

1956ZADORLes événements politiques marquèrent bien souvent l’histoire olympique. Les conflits internationaux annexèrent les enceintes sportives à de multiples reprises. Un des épisodes les plus connus de cette intrusion du politique vers le sportif se déroula en 1956, aux Jeux de Melbourne, au cours d’un match de water-polo opposant la Hongrie à l’U.R.S.S. Lire la suite