Le tour d’honneur de Derartu Tulu et Elana Meyer

Les femmes sont l’avenir du monde…

1992TourOn dit que l’olympisme constitue un symbole de paix, qu’il magnifie les rapports entre les champions, qu’il permet de rapprocher les peuples et les cultures. Souvent, ce ne sont que de bonnes paroles. Pourtant, en un beau jour de l’été 1992, deux jeunes femmes matérialisèrent cet esprit olympique originel, et firent peut-être avancer la réconciliation de l’Afrique du Sud avec elle-même et avec le monde plus rapidement que les hommes politiques et les traités. Elles se nomment Derartu Tulu et Elana Meyer.

Le vendredi 7 août 1992, alors que la nuit envahissait le magnifique stade olympique de Barcelone baigné par la chaleur, les concurrentes prenaient le départ du 10000 mètres. La course en elle-même fut limpide et sans grande surprise. La Britannique Liz McColgan (28 ans), qui fut une splendide championne du monde en 1991 et était présentée comme la favorite de ce 10000 mètres, donna la cadence, imposant une allure soutenue mais régulière. Aux 7000 mètres, Elana Meyer (Afrique du Sud), 25 ans, constatant que la Britannique semblait fatiguer, porta une franche attaque et pensa faire la décision. Mais une petite Éthiopienne de 20 ans, Derartu Tulu, la rejoignit sans mal et se cala dans sa foulée. Les positions demeurèrent figées jusqu’à la cloche, dont le son matérialise l’entrée dans le dernier tour, moment que choisit Derartu Tulu pour placer une accélération soudaine qui laissa Elana Meyer, épuisée, sans réaction. Derartu Tulu s’imposa (31 min 6,02 s), avec plus de 5 secondes d’avance sur Elana Meyer. L’événement était déjà d’importance en lui-même, puisque jamais une Africaine noire n’avait été sacrée championne olympique. Mais, en quelques instants, l’histoire olympique bascula dans la grande Histoire. En effet, la Noire, née dans les hauts plateaux de l’Arsi, en pays oromo, et la Blanche, issue du pays de l’apartheid, se rejoignirent, s’enlacèrent, s’étreignirent, unirent leurs drapeaux et, peau contre peau, effectuèrent un émouvant tour d’honneur sous les applaudissements de quatre-vingt mille spectateurs enthousiastes. Ces images de paix et de fraternité, retransmises par la télévision, firent le tour du monde. L’Afrique du Sud venait sans doute d’amorcer son réel retour dans le concert des nations.

©Pierre LAGRUE

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