Les chaussures de Joie Ray

On achève bien les marathoniens…

RAY-2-lightL’athlète américain Joie Ray, chauffeur de taxi, participa aux Jeux Olympiques en 1920 à Anvers, en 1924 à Paris et en 1928 à Amsterdam. Il n’obtint qu’une médaille, en bronze, dans l’épreuve de 3 000 mètres par équipes en 1924. En 1928, à Amsterdam, il participa au marathon et prit la cinquième place, grâce à un grand courage : ses pieds avaient tellement gonflé qu’il fut impossible d’ôter ses chaussures ; il fallut donc découper ses chaussures ! On note que Joie Ray fit souvent preuve de courage et goûtait à diverses activités ; ainsi, en 1928, il participa à un marathon de danse – une activité qui sert de trame au film On achève bien les chevaux de Sydney Pollack (1969 – de plus de 1 700 heures, puis au marathon athlétique de Boston, se classant troisième à l’issue de grandes souffrances dans les derniers kilomètres.

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Freddie Mercury interprète l’hymne olympique post mortem

Immortel

MERCURY (2)À l’occasion de la sortie au cinéma, en novembre 2018, du biopic consacré à Freddie Mercury, Bohemian Rhapsodie, de nombreux médias rappelèrent que le chanteur du groupe Queen avait interprété l’hymne olympique des Jeux de Barcelone, en 1992… sans plus de précision ! Comme quoi le temps fait son œuvre et la vérification de l’information devient de plus en plus aléatoire. En effet, Freddie Mercury demeure dans la mémoire collective comme l’interprète de cet hymne olympique, avec la cantatrice espagnole Montserrat Caballé, lors de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux. Mais le chanteur était mort le 24 novembre 1991, à quarante-cinq ans, et n’a donc pas participé à la cérémonie ! Rappelons que, en 1987, Barcelone avait contacté Freddie Mercury pour qu’il écrive la chanson officielle de ces Jeux ; Freddie Mercury sollicita à son tour Montserrat Caballé, qu’il avait admirée en 1983 dans Un Ballo In Maschera au Royal Opera House de Londres : peu après naquit la chanson Barcelona, qui deviendra un album en 1988. La chanson phare fut alors définitivement choisie pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de Barcelone. Le décès du chanteur ne changea pas la décision et, le 25 juillet 1992, les organisateurs proposèrent sur écran géant l’enregistrement de Barcelona, en 1987, et ce sont ces images de Freddie Mercury et Montserrat Caballé qui furent diffusées par les télévisions du monde entier. Notons que Freddie Mercury sera de nouveau « présent » aux Jeux, à Londres en 2012, via des images extraites d’un de ses concerts à Wembley diffusée lors de la cérémonie de clôture.

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Nadia Comaneci et le Conducator

La petite communiste qui ne souriait jamais

COMANECI4 (3)À son retour des Jeux de Montréal, Nadia Comaneci fut triomphalement accueillie à Bucarest. Elle reçut la médaille de « héros du travail socialiste » devant les dirigeants du Parti communiste roumain. Mais le Nicolae Ceausescu, le Conducator qui voulait faire de la jeune gymnaste triomphante son « jouet », va vite être embarrassé par la popularité de Nadia, qui pourrait lui faire de l’ombre. La vie de Nadia, qui a mis fin à sa carrière de gymnaste en 1981, va devenir un enfer : Nadia se refuse à Nicu Ceausescu, le détestable fils cadet du Conducator ; la Securitate la surveille en permanence. On lui accorde certes un visa pour accompagner la délégation roumaine à Los Angeles lors des Jeux de 1984, mais la police secrète roumaine la suit pas à pas en Californie. Nadia, qui a goûté à la liberté et au mode de vie occidental au cours de sa carrière, étouffe dans la Roumanie des Ceausescu : alors qu’elle aspire à la liberté, tout déplacement à l’étranger lui est interdit. L’évasion devient une obsession. Celle-ci ressemble à un mauvais roman d’espionnage. Le 26 novembre 1989, aidée par un personnage trouble, Constantin Panait, qui lui extorque 5 000 dollars, elle gagne clandestinement la frontière hongroise, erre dans la nuit, alors que les hommes de la Securitate sont à ses trousses, puis rejoint Vienne. De là, elle part pour les États-Unis, où elle est accueillie triomphalement, alors que le régime du dictateur Ceausescu va s’écrouler.

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L’étonnante médaille de Lottie Dod

En l’honneur d’Azincourt ?

DOD (2)La Britannique Lottie Dod fut une des meilleures tenniswomen de la fin du XIXe siècle : elle remporta notamment cinq fois le tournoi de Wimbledon entre 1887 – elle avait quinze ans et reste la plus jeune gagnante du tournoi – et 1893. Elle était en outre une sportive éclectique : bonne patineuse sur glace, remarquable golfeuse et excellente joueuse de billard, elle fut même sélectionnée dans l’équipe d’Angleterre de hockey sur gazon en 1899-1900. À partir de 1905, Lottie Dod s’essaya au tir à l’arc en compagnie de ses frères – il semble que, ce faisant, ils voulaient assumer un lointain héritage, car un de leurs ancêtres aurait commandé les archers anglais à la bataille d’Azincourt. Lottie Dod remporta son premier tournoi en 1906, progressa, et elle participa aux Jeux Olympiques de Londres, en 1908. Les vingt-cinq concurrentes étaient toutes britanniques, et Lottie Dod, quasi débutante, obtint la médaille d’argent, devancée seulement par l’expérimentée Queenie Newall (53 ans), qui demeure la plus âgée des championnes olympiques. On peut noter que la famille brilla en tir à l’arc à Londres, puisque le frère de Lottie Dod, William Dod, remporta la médaille d’or en double york round.

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Le bras d’honneur de Wladyslaw Kozakiewicz

Incident diplomatique !

KOZAKIEWICZ-BIS (2)Le dénouement du concours de saut à la perche des Jeux de Moscou, en 1980, demeure dans les mémoires. Ce concours se déroula dans une ambiance détestable : le public du stade Lénine, désireux de voir triompher le Soviétique Konstantin Volkov, huait tous les rivaux de celui-ci quand ils sautaient ; rapidement, au fil des échecs de tous les concurrents, le concours se transforma en un duel opposant Konstantin Volkov au Polonais Wladyslaw Kozakiewicz. Ce dernier, dans un jour de grâce, effaça toutes les barres avec une grande aisance, jusqu’à 5,75 mètres – une barre que Volkov ne parvint pas à franchir. Après les échecs de Volkov, le moustachu Kozakiewicz, médaillé d’or de fait, demanda que la barre fût placée à 5,78 mètres, afin d’ajouter le record du monde détenu par le Français Philippe Houvion (5,77 m) au titre olympique. À son deuxième essai, le Polonais franchit la barre avec aisance ; sourire aux lèvres, il adressa, provocateur, un bras d’honneur au public du stade Lénine. L’image de la « célébration » de Wladyslaw Kozakiewicz fit alors le tour du monde occidental, en cette époque où la guerre froide connaissait un moment de haute tension : les médias de l’Ouest présentèrent ce geste comme un bras d’honneur adressé par le Polonais à l’ensemble du monde communiste ; en fait, le « Marin du la Baltique », comme on le surnommait, voulut simplement protester contre le chauvinisme du public et manifester sa désapprobation contre le déroulement de ce concours. Néanmoins, l’ambassadeur d’Union soviétique en Pologne demanda au C.I.O. de retirer la médaille d’or de Kozakiewicz pour « insulte au peuple soviétique ». Le gouvernement polonais affirma, quant à lui, que le geste de l’athlète n’était que la conséquence d’un « spasme musculaire ».

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Le doublé d’Oliver Kirk

Folle journée !

KIRK (3)L’Américain Oliver Kirk est le seul boxeur à avoir remporté deux médailles d’or, dans des catégories de poids différentes, durant la même édition des Jeux Olympiques. C’était à Saint Louis, en 1904. Il s’imposa d’abord dans la catégorie des poids coq, en disputant un seul combat, car seulement deux pugilistes participaient au tournoi : il domina son compatriote George Finnegan, battu par K.O. technique au troisième round. De même, dans la catégorie des poids plume, seulement deux boxeurs étaient en lice : les Américains Frank Haller et Frederick Gilmore – Haller l’emporta. Le public voulait sans doute en avoir pour son argent, et protesta : il souhaitait voir Kirk affronter Haller. Kirk remonta donc sur le ring pour combattre contre Haller, et fut déclaré vainqueur par les juges. Kirk remporta donc une seconde médaille d’or dans la catégorie des poids plume, alors qu’il n’était même pas engagé. Il s’agit d’un cas unique.

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La doyenne des porteuses de flamme recalée

La forme olympique à 103 ans

CAO ZONG (2)Porter la torche olympique constitue toujours un honneur, et les volontaires se comptent en grand nombre. Ainsi, pour les Jeux de Pékin, près de 22 000 relayeurs se transmirent la torche de main en main. Il convient d’attribuer une mention spéciale à Cao Zuozheng, qui finalement ne participa pas au relais. Cette petite femme âgée de 103 ans, en bonne santé grâce à ses exercices de culture physique quotidiens, se porta volontaire, auprès du district de Dongcheng, pour porter la torche. En effet, en 2004, quand le relais de la flamme olympique des Jeux d’Athènes passa par Pékin, elle attendit durant trois heures au bord de la route, dans son fauteuil roulant, pour assister à l’événement ; elle fut prise en photo avec un relayeur chinois, et décida de se préparer pour 2008. Elle s’exerça dès lors quotidiennement, en soulevant sa canne au-dessus de la tête pour être prête le jour J. « Je suis en bonne santé, je peux aller partout où les organisateurs le voudront, et je n’ai pas de difficultés pour tenir la torche olympique », déclara-t-elle au China Daily. Hélas ! un an avant les Jeux, le district de Dongcheng rejeta sa demande pour « raison de santé ». Ses enfants refusèrent longtemps de lui annoncer la triste nouvelle… Mais il fallut bien le faire : Cao Zuozheng continua ses exercices de culture physique, mais elle cessa de lever sa canne au-dessus de la tête. Néanmoins, ses enfants réussirent à obtenir des billets pour assister à des épreuves d’athlétisme dans le célèbre « nid d’oiseau » ; pour la circonstance, Cao Zuozheng se fit confectionner une robe en soie bleu vif.

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Forfait pour cause de piqûre de moustique

Maria Braun piquée au vif

1928BRAUN (2)La Néerlandaise Maria Braun remporta la médaille d’or dans le 100 mètres dos et la médaille d’argent dans le 400 mètres nage libre aux Jeux Olympiques d’Amsterdam, en 1928. Toujours en bonne forme, elle espérait briller de nouveau aux Jeux Olympiques, en 1932 à Los Angeles. De fait, elle se qualifia aisément pour les demi-finales du 400 mètres nage libre… auxquelles elle ne fut pas en mesure de participer : elle fut en effet transportée d’urgence à l’hôpital, victime d’un empoisonnement sanguin. Selon la version officielle, cette forte fièvre aurait été provoquée par une piqûre de moustique. Maria Braun demeura sceptique, car elle pensait avoir été victime d’un empoisonnement provoqué par des proches de l’Américaine Helene Madison, sa rivale. La thèse de la piqûre de moustique reste la plus plausible, mais, à la suite de cette mésaventure, Maria Braun, âgée de vingt et un ans et qui avait déjà établit six records du monde, décida sur-le-champ de mettre un terme à sa carrière de nageuse.

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Des citrouilles pour marquer les lignes d’eau

Halloween à Athènes

citrouilles (2)Pour le 100 mètres nage libre des Jeux Olympiques d’Athènes, en 1896, les organisateurs firent preuve d’une grande imagination. Déjà, un navire transporta les nageurs dans la baie du Pirée, où la ligne de départ était matérialisée par deux bouées. Les nageurs s’élancèrent vers le rivage, où la ligne d’arrivée était marquée par un drapeau rouge. Quant au parcours, il était tracé par une série de citrouilles évidées, lesquelles se balançaient au gré des vagues, ce qui perturbait les nageurs. Toujours est-il que le Hongrois Alfred Hajós s’imposa, en devançant d’un demi-mètre l’Autrichien Otto Herschmann. Les sources indiquent qu’il y eut 10 concurrents, mais on ignore leur performance, et même le nom de quatre d’entre eux.

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Un long surplace

Vitesse, vitesse…

cycliste (2)Lors d’une compétition cycliste de vitesse sur piste, deux concurrents, muscles tendus, s’affrontent lors d’un sprint rageur. Pourtant, la stratégie est fondamentale, et la compétition peut durer longtemps : ainsi, les protagonistes préfèrent souvent se situer à la seconde place, afin de surveiller leur adversaire, de choisir le bon moment pour lancer le sprint et de profiter de l’« aspiration ». Le surplace est une des tactiques favorites des cyclistes : le concurrent se trouvant en première position s’arrête, cale son vélo en travers pour tenter de contraindre son adversaire à se placer en tête. Un des records en la matière date des Jeux Olympiques de Tokyo, en 1964 : en demi-finale, l’Italien Giovanni Pettenella et le Français Pierre Trentin gratifièrent le public d’une séance de surplace de 21 minutes et 57 secondes. Finalement, Pettenella s’imposa ; puis il remportera la médaille d’or en battant en finale son compatriote Sergio Bianchetto.

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