Julius SAARISTO (1891-1969)

Athlète finlandais

En Finlande, le lancer du javelot est une discipline majeure, une quasi-religion sportive. Rendons donc hommage au premier Finlandais couronné champion olympique, d’autant plus qu’il remporta une curieuse épreuve : le lancer du javelot des deux mains. En effet, aux Jeux Olympiques de Stockholm, en 1912, il s’imposa dans cette épreuve avec un jet à 61 mètres, l’autre à 48,42 m. Dans l’épreuve de javelot « normale », il obtint la médaille d’argent (56,68 m), devancé par le célèbre Suédois Eric Lemming (60,64 m) : on peut constater que, avec son meilleur jet dans l’épreuve des deux mains, il aurait été médaillé d’or.

En 1915, durant la Première Guerre mondiale, il s’engagea dans le 27e Bataillon finlandais Jäger, une unité d’infanterie légère allemande composée principalement de volontaires finlandais. Il combattit notamment pendant la bataille de la rivière Misa et la bataille du golfe de Riga. Au début de 1918, il retourna en Finlande, combattit pendant la guerre civile finlandaise. Après l’indépendance de la Finlande, Saaristo continua de servir dans l’armée finlandaise. Plus tard, en 1939, il servit lors de la guerre d’hiver, puis, à partir de 1940, lors de la guerre de continuation.

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Rudolph LEWIS (1887-1933)

Cycliste sud-africain

Rudolph Lewis est demeuré longtemps méconnu. On en sait un peu plus sur lui désormais. Né dans une ferme près de Pretoria, il a grandi à Germiston. Durant neuf ans, il travailla dans une mine d’or, dans des conditions difficiles. Il était néanmoins un sportif de bon niveau, se distinguant en cyclisme, mais aussi en patinage et en boxe. En 1912, il remporta la course cycliste individuelle aux Jeux Olympiques de Stockholm. Celle-ci était particulièrement difficile : elle épousait le parcours du Mälaren Runt (Tour du lac Mälaren), soit 315 kilomètres ; de ce fait, le premier coureur, le Français René Rillon, s’élança dans la nuit, à 2 heures du matin. Rudolph Lewis prit le départ juste après lui, et il couvrit la distance en 10 h 42 min 39 s, s’adjugeant la médaille d’or, avec près de 9 minutes d’avance sur son dauphin, le célèbre Britannique Freddie Grubb. Juste après les Jeux, Rudolph Lewis passa professionnel. Il n’obtint aucun résultat probant. Durant la Première Guerre mondiale, il servit dans l’armée allemande : décoré de la Croix de fer, il fut fait prisonnier. Affaibli, il décéda à 46 ans.

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Ted MEREDITH (1891-1957)

Athlète américain

Ted Meredith se révèle à 20 ans, en établissant plusieurs records du monde. En 1912, aux Jeux Olympiques de Stockholm, il remporte le 800 mètres, en battant le record du monde (1 min 51,9 s) ; curieusement, il ne coupe pas son effort, ce qui lui permet de battre également le record du monde du 880 yards (1 min 52,5 s). Durant ces Jeux, il remporte également le relais 4 fois 400 mètres, mais il n’obtient pas de médaille sur 400 mètres, en raison d’une erreur tactique. Après ces Jeux, il établit plusieurs records du monde sur 400 et 800 mètres. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale en 1917, il tente de reprendre la compétition par la suite et réussit à se qualifier pour les Jeux Olympiques d’Anvers, en 1920, où il n’obtient aucune médaille. Il prend alors sa retraite sportive.

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Harold WALDEN (1887-1955)

Footballeur et artiste britannique

Harold Adrian Walden connut une carrière multiforme. Engagé dans l’armée à l’âge de 14 ans, il servit en Inde et en Irlande. Par ailleurs footballeur de grand talent, avant-centre, il joua au sein des clubs d’Halifax Town, Bradford City et Arsenal. Il fut le meilleur buteur de la Ligue anglaise en 1911-1912. Dans la foulée, avec l’équipe amateur anglaise qui représentait la Grande-Bretagne pour le tournoi de football des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912, il remporta la médaille d’or, inscrivant 11 buts en 3 matchs. Il fut mobilisé durant la Première Guerre mondiale, avec le grade de capitaine, dans le West Yorkshire Regiment. Après la fin du conflit, il reprit sa carrière de footballeur, achevée en 1921.

Avant même la fin de sa vie sportive, il se lança dans le music-hall à partir de 1919, proposant des spectacles de variétés, d’abord en Angleterre, puis en Australie, en Chine et en Inde. Il fit également l’acteur au cinéma, interprétant notamment son propre rôle dans Cup-tie Honeymoon (1948), de John E. Blakeley. Également chanteur, il enregistra plusieurs 78-tours pour le label Parlophone, lequel produira notamment les Beatles au début de leur carrière.

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Paul GÜNTHER (1882-1945)

Plongeur allemand

Paul Günther fut la vedette de l’équipe d’Allemagne qui domina les compétitions de plongeon aux Jeux Olympiques de Stockholm, en 1912. La supériorité des plongeurs allemands était notamment due à leur solide formation de base à la gymnastique. Il a remporté la médaille d’or au tremplin, devant ses compatriotes Hans Luber, Kurt Behrens et Albert Zürner (vainqueur en 1908 à Londres). Qualifié pour la finale de l’épreuve de haut-vol, il fut contraint de déclarer forfait en raison d’une blessure.

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Ethelbert TALBOT (1848-1928)

Évêque américain

Ethelbert Talbot fut le quinzième évêque président de l’Église épiscopale des États-Unis. Il est connu pour avoir sinon créé, du moins inspiré le credo olympique. Mais sa vie ne saurait se résumer à ce seul événement, aussi capital soit-il pour le mouvement olympique. Diplômé de Dartmouth en 1870, admis au Séminaire théologique général de l’Église épiscopale la même année, fait recteur de l’église St. James à Macon City (Missouri) en 1874, il devint, en 1886, le premier évêque missionnaire de l’Église épiscopale des États-Unis pour le Wyoming et l’Idaho. Quand il prit cette fonction, les fidèles étaient peu nombreux. En dix ans, il aura établi dans l’Ouest américain 38 églises. Une légende du Far West veut qu’il ait eu la vie sauve grâce à sa fonction : attaqué par des bandits, il se serait présenté comme un pauvre évêque de l’Église épiscopale ; un des bandits, membre de la même Église, décida de l’épargner !

Fait évêque de Pennsylvanie en 1898, il réorganisa le diocèse, établit le nouveau diocèse de Harrisburg. En 1908, il assistait, à Londres, à la cinquième conférence de Lambeth, une rencontre synodale qui se tient tous les dix ans depuis le milieu du XIXe siècle, laquelle rassemblait quelque 250 évêques anglicans. Il devait monter en chaire pour prêcher au nom de l’Église épiscopale des États-Unis. Comme les Jeux Olympiques déroulaient à Londres, les organisateurs des Jeux et des athlètes furent invités à venir écouter le sermon de Mgr Talbot, le dimanche 19 juillet, le dimanche étant un jour sans compétitions. Or ces Jeux étaient loin d’être marqués du sceau du fair-play. En effet, On assistait à un sévère affrontement sportif entre Américains et Britanniques, dans le cadre d’un « trophée du Championnat olympique », instauré sur une idée du comte Eugenio Brunetta d’Usseaux, qui avait proposé qu’un classement officiel fût établi entre les nations. Dès le début des compétitions, les Américains contestèrent pêle-mêle le règlement du saut à la perche, le système de classement retenu pour le « trophée du Championnat olympique », le fait que des officiels britanniques conseillent au grand jour les athlètes alors que les entraîneurs américains n’avaient pas accès au stade. Le jury d’honneur britannique balaya ces accusations qu’il estimait sans fondement ; la situation s’envenima, le « trophée du Championnat olympique » fut annulé.

En la cathédrale Saint-Paul, Mgr Ethelbert Talbot, déclara : « S’il n’y a qu’une chose à retenir de tous les mensonges sur les enseignements de l’Olympie antique, c’est que les Jeux en eux-mêmes sont au-dessus des questions de race et de récompenses. Saint Paul nous apprend à quel point le prix est insignifiant. Notre récompense n’est pas corruptible mais incorruptible, et même si seule une personne peut porter la couronne de lauriers, tout le monde peut partager la même joie de la compétition. » Cinq jours plus tard, lors d’un dîner offert par le gouvernement britannique dans la galerie Grafton de Londres, Coubertin reprit la phrase de Mgr Talbot en l’adaptant : « L’important dans ces olympiades n’est pas tant d’y gagner que d’y prendre part. » Mgr Ethelbert Talbot demeura évêque du diocèse de Bethléem (nouveau nom du diocèse de Pennsylvanie) jusqu’en 1927. En 1924, il devint président de l’Église épiscopale des États-Unis, et le resta jusqu’en 1926.

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John HAYES (1886-1965)

Athlète américain

Issu d’une famille d’immigrants irlandais, John Hayes commença la course à pied en 1905, et il se classa troisième du marathon de Boston de 1907. Deuxième du marathon de Boston en 1908, il fut sélectionné pour les Jeux Olympiques de Londres dans l’équipe des États-Unis. Et il remporta le marathon ! Mais qui se souvient de lui ? En effet, l’arrivée de ce marathon olympique est restée dans les mémoires en raison du calvaire de l’Italien Dorando Pietri, qui entra le premier dans le stade de Sherpherd’s Bush, mais, à bout de forces, fut soutenu par deux hommes jusqu’à l’arrivée… et fut disqualifié par le jury. La médaille d’or fut donc attribuée à John Hayes, initialement deuxième.

À l’issue de ces Jeux, des promoteurs flairèrent la bonne affaire, et ils organisèrent une « revanche » entre les deux hommes, au Madison Square Garden de New York, en novembre 1908 : Dorando Pietri s’imposa. En mars 1909, une seconde « revanche » eut lieu, et Dorando Pietri l’emporta encore. John Hayes, tout comme Dorando Pietri, décida alors de devenir athlète professionnel, ce qui le privait des Jeux Olympiques. Le grand magasin Bloomingdale de New York flaira aussi la bonne affaire : de grandes photos de John Hayes, officiellement employé de ce magasin, furent placardées ; on disait que John Hayes s’entraînait sur le toit du magasin, sur une piste spécialement aménagée. John Hayes n’apporta un démenti que des années plus tard : en fait, il n’a jamais travaillé chez Bloomingdale, ne s’est jamais entraîné sur le toit ; mais il touchait un salaire de Bloomingdale… pour s’entraîner en dehors de Manhattan. Plus tard, John Hayes mena une brève carrière d’acteur au théâtre, puis se lança dans les affaires.

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George Seymour LYON (1858-1938)

Golfeur canadien

George Seymour Lyon fut un sportif éclectique. Il se distingua dans des disciplines telles que le saut à la perche, le base-ball et le cricket. Il ne se mit au golf qu’à l’âge de 38 ans, ce qui ne l’empêcha pas de briller. Ainsi, il remporta 8 fois le Championnat amateur canadien entre 1898 et 1914, puis 10 fois le Championnat canadien « seniors » entre 1918 et 1930. Il s’est aussi hissé en finale du Championnat amateur des États-Unis en 1906. Surtout, il remporta le tournoi de golf des Jeux Olympiques de Saint Louis, en 1904, ce qui constitue un réel exploit, puisqu’il domina 70 golfeurs américains ! George Seymour Lyon partit pour Londres, en 1908, afin de défendre son titre… Le tournoi devait se dérouler sur les parcours des Royal St. George’s Golf Club, Prince’s Golf Club et Cinqueports Golf Club. Mais, au dernier moment, un différend entre le Royal and Ancient Golf Club of St. Andrews et le Comité d’organisation des Jeux a provoqué le forfait tous les golfeurs britanniques. Faute de concurrents, le tournoi de golf fut annulé. À son arrivée à Londres, George Seymour Lyon fut informé de cette annulation. Malgré ce long voyage, il ne put défendre son titre… Quant au golf, il ne réintégrera le programme olympique qu’en 2016.

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Ralph ROSE (1885-1913)

Athlète américain

Ralph Rose, un colosse (2 m, 113 kg) d’origine irlandaise, fut un des meilleurs lanceurs de poids au début du XXe siècle. Il participa trois fois aux Jeux Olympiques, obtenant 6 médailles (dont 3 en or), établit en 1909 un record du monde du lancer du poids (15,54 m) qui allait tenir durant 16 ans. Il se trouva aussi, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres en 1908 qui voyait le premier « défilé des nations », à l’origine d’une polémique… Ralph Rose débuta sur la scène olympique en 1904 à Saint Louis, et ce jeune colosse de 19 ans brilla. Il remporta la médaille d’or au lancer du poids, avec un jet de 14,81 mètres (il demeure le plus jeune champion olympique de lancer du poids de l’histoire). Lors du concours de lancer du disque, il obtint une médaille d’argent à l’issue d’un curieux scénario : tout comme son compatriote Martin Sheridan, il avait expédié l’engin à 39,28 mètres ; pour les départager, un « barrage » fut organisé et, lors de ce jet supplémentaire, Sheridan (38,97 m) fit mieux que Rose (36,74 m) et reçut la médaille d’or. Ralph Rose s’adjugea aussi la médaille de bronze au lancer du marteau et se classa sixième du « lancer de la pierre » de 25 kg.

En 1908, pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres, il fut désigné porte-drapeau de la délégation américaine, pour le premier défilé des nations. Or, faisant fi du protocole, il refusa de baisser le Stars and Stripes en passant devant le roi Édouard VII. Concernant cet affront, il aurait répondu à la demande de nombreux champions américains d’origine irlandaise. À ce sujet, son compatriote Martin Sheridan déclara : « Ce drapeau ne s’incline devant aucune puissance terrestre. » Il s’agit néanmoins de la version officielle, car la décision aurait peut-être été prise lors d’une soirée de libation entre « Baleines irlandaises » (surnom des lanceurs américains d’origine irlandaise). Toujours est-il que Ralph Rose remporta de nouveau le concours de lancer du poids (14,21 m).

En 1912, aux Jeux de Stockholm, il s’adjugea la médaille d’or dans le curieux concours de « lancer du poids des deux mains » (15,23 m de la main droite, 12,47 m de la main gauche, soit 27,70 m au total) et obtint la médaille d’argent dans le concours de lancer du poids classique (15,25 m), devancé par son compatriote Patrick McDonald (15,34 m), un autre membre du clan des « Baleines irlandaises ». Ralph Rose fut brutalement emporté par la typhoïde à 28 ans.

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Dionysios KASDAGLIS (1872-1931)

Tennisman grec

Dionysios Kasdaglis est un olympien mystérieux. On sait qu’il fut vice-champion olympique, en simple comme en double (associé à Dimitrios Petrokokkinos), en 1896 à Athènes. Mais on n’est pas certain qu’il fût réellement grec. En effet, il est issu d’une famille russe et il est né dans le Lancashire, en Angleterre. Pour le simple, le C.I.O. le considère comme grec. Pour le double, il est considéré comme représentant d’une « équipe mixte », car, pour le C.I.O., Dimitrios Petrokokkinos n’a pas de « nationalité connue ». L’état civil de Dionysios Kasdaglis est lui aussi discuté : selon certaines sources récentes, son identité serait Dimitrios E. Kasdaglis (parfois transcrit Casdagli). Le doute plane, d’autant que son frère cadet, Xenophon Kasdaglis, bien enregistré comme britannique, avait remporté le tournoi de double du Championnat de France en 1895. Toujours est-il que Dionysios Kasdaglis a été battu en finale par John Pius Boland, un nationaliste irlandais qui représentait… la Grande-Bretagne !

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