Roland MATTHES (1950- )

Nageur est-allemand

La natation a rapporté à la R.D.A. de multiples médailles d’or olympiques, surtout dans les compétitions féminines, « grâce » au dopage d’État. Néanmoins, les premières médailles d’or est-allemandes furent obtenues par un homme, Roland Matthes, spécialiste de la nage sur le dos. En outre, il construisit sa carrière avant la mise en œuvre du programme étatique de dopage. Roland Matthes fut ainsi un des rares champions, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, à contester l’hégémonie des Américains en natation.

Recordman du monde du 100 mètres dos dès 1967 (58,4 s), il remporta, en 1968 à Mexico, le titre olympique sur 100 mètres dos (58,7 s), devant les Américains Charles Hickcox et Ronald Mills, et sur 200 mètres dos (2 min 9,6 s), devant les Américains Mitchell Ivey et Jack Horsley ; il obtint également la médaille d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages est-allemand. En 1972, aux Jeux de Munich, il récidiva, obtenant de nouveau la médaille d’or sur 100 mètres dos (56,58 s), devant les Américains Michael Stamm et John Murphy, et sur 200 mètres dos (2 min 2,82 s), devant les Américains Michael Stamm et Mitchell Ivey ; il fut aussi médaillé d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages et médaillé de bronze avec le relais 4 fois 100 mètres. En 1973, lors des premiers Championnats du monde à Belgrade, il remporta les 100 et 200 mètres dos, ajoutant la médaille d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages et la médaille de bronze avec le relais 4 fois 100 mètres. Vainqueur du 100 mètres dos aux Championnats du monde de Cali, en 1975, il obtint encore la médaille de bronze sur 100 mètres dos aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976, s’effaçant derrière le nouveau roi de la spécialité, John Naber. Invaincu de 1967 à 1974, Roland Matthes fut également cinq fois champion d’Europe et a battu seize records du monde.

De 1976 à 1982, il fut marié à Kornelia Ender, figure de proue de la natation est-allemande et mondiale. En 1981, il fut intronisé à l’International Swimming Hall of Fame. En outre, comme s’il fallait définitivement prouver que Roland Matthes avait construit sa carrière de manière « propre », sans dopage, il devint en 2006 le premier sportif issu de la R.D.A. admis au Hall of Fame des deutschen Sports (Temple de la renommée du sport allemand) – il demeure le seul.

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Aimé HAEGEMAN (1861-1935)

Cavalier belge

L’épreuve équestre de saut d’obstacles est désormais une des compétitions majeures du programme olympique. De multiples champions y ont conquis la gloire. Cette épreuve fut organisée pour la première fois aux Jeux de Paris, en 1900, et vit la victoire du Belge Aimé Haegeman, officier de lanciers et instructeur à l’école de cavalerie d’Ypres. Montant Benton-II, un cheval bai de 10 ans d’origine irlandaise, il réalisa un sans-faute et boucla le parcours (850 m, 22 obstacles) en 2 min 16 s. Pour sa victoire, il reçut la coquette somme de 6 000 francs car, au grand dam de Pierre de Coubertin, des « professionnels » étaient autorisés à participer aux Jeux, et des prix en espèces pouvaient récompenser les lauréats. Par la suite, Aimé Haegeman devint colonel de l’armée belge et maître d’équitation à l’École royale militaire.

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Jay SILVESTER (1937- )

Athlète américain

Silvester (2)Cinq fois champion des États-Unis, auteur de quatre records du monde, le discobole américain Jay Silvester n’est jamais parvenu à toucher l’or olympique, bien qu’il eût participé quatre fois aux Jeux. Pourtant, en 1961, il fut le premier homme à lancer le disque à plus de 60 mètres (60,58 m). Hélas, son compatriote Al Oerter se dressa sur sa route. Aux Jeux de Tokyo, en 1964, Al Oerter s’imposa alors que Silvester ne prit que la quatrième place. En 1968, Silvester, qui avait porté le record du monde à 68,40 mètres, faisait figure de grand favori : or, sous l’orage, Oerter, maître de ses nerfs, s’adjugea la médaille d’or, alors que son compatriote, décontenancé, ne se classa que cinquième. En 1972, à Munich, Oerter ayant pris sa retraite sportive, l’heure de Silvester semblait venue : mais il dut de contenter de la médaille d’argent, devancé par le Tchécoslovaque Ludvik Danek. À 38 ans, Silvester prit de nouveau part aux Jeux, en 1976 à Montréal, mais son rêve olympique était passé, et il ne se classa que huitième du concours remporté par son compatriote Mac Wilkins. On note que Silvester, qui avait été le premier discobole à dépasser les 60 mètres, fut également le premier homme à lancer le disque à plus de 70 mètres (70,38 m en 1971), mais cette performance ne fut pas reconnue comme record du monde.

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Katarina WITT (1965- )

Patineuse est-allemande

Usant de son charme, séduisante et séductrice, Katarina Witt marqua le patinage artistique féminin de son empreinte. Avec elle, le patinage artistique connut un engouement médiatique inédit, qu’il conservera. Katarina Witt s’initie au patinage artistique sous la direction de l’entraîneuse est-allemande Jutta Müller, qui a déjà formé Gabrielle Seyfert et Anett Poetsch. Championne d’Europe en 1982, elle obtiendra cinq autres titres (1983, 1984, 1985, 1987 et 1988). Elle connaît son premier sacre mondial en 1984, performance qu’elle rééditera en 1985, 1987 et 1988.

En 1984, lors des Jeux Olympiques de Sarajevo, elle s’adjuge le titre, grâce à un programme libre parfait, s’imposant devant la favorite américaine Rosalynn Sumners. En 1988, à Calgary, une autre Américaine, Debi Thomas, se veut sa principale rivale. Interprétant une Carmen enjôleuse à l’érotisme quelque peu provocant, Katarina Witt charme juges et public, et obtient une nouvelle médaille d’or, devant la Canadienne Elizabeth Manley. Elle met alors un terme à sa carrière et se produit dans les spectacles professionnels.

Elle laisse l’image d’une patineuse à l’élégance absolue, qui a su marier ses qualités physiques à un charme incomparable. En 1994, à Lillehammer, les professionnels étant autorisés à participer aux Jeux, Katarina Witt se classe septième de l’épreuve remportée par l’Ukrainienne Oksana Baïul, mais le public lui réserve une magnifique ovation, saluant une dernière fois sa grâce.

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Barbara KRAUSE (1959- )

Nageuse est-allemande

Barbara Krause remporta 3 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Moscou, en 1980 (100 m, 200 m, relais 4 fois 100 m). Sur le moment, on loua son exploit. En effet, cette nageuse massive (1,80 m, 65 kg) avait la plus difficile des relèves à assurer, celle de sa compatriote Kornelia Ender, grande star du sport est-allemand, jolie comme un cœur, pourvue d’un immense palmarès.

Mais Barbara Krause aurait déjà dû briller aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976. En effet, détentrice du record du monde du 400 mètres, elle était largement favorite sur cette distance. Or elle déclara forfait : officiellement, elle était malade, victime d’une mauvaise grippe ; en réalité, les médecins de l’équipe est-allemande avaient refusé qu’elle participe à ces Jeux car, soumise comme tous les sportifs est-allemands à des contrôles antidopage « locaux » (cette pratique permettait de vérifier si le sportif risquait un contrôle positif ; si c’était le cas, on le retirait de la liste des participants), elle fut positive, en raison d’une dose de produits dopants mal calculée.

Barbara Krause qui, en 1978 aux Championnats du monde de Berlin dominés par les Américaines, avait été la seule Allemande de l’Est médaillée d’or, mit fin à sa carrière après les Jeux de Moscou, à 21 ans. Bien sûr, la révélation du système de dopage d’État mis en œuvre en R.D.A. ternit son palmarès. Surtout, il a provoqué chez elle comme chez d’autres championnes de graves problèmes de santé : Barbara Krause a donné naissance, à trois d’écart, à deux enfants handicapés (pieds bots) ; elle est persuadée que ces malformations sont liées à la prise contrainte de stéroïdes anabolisants.

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Petra SCHNEIDER (1963- )

Nageuse est-allemande

Petra Schneider fut une des Wondernmädchen de la R.D.A. qui dominèrent les compétitions sportives durant les années 1970 et 1980. En 1980, aux Jeux de Moscou, elle remporta la médaille d’or dans le 400 mètres 4 nages et la médaille d’argent dans le 400 mètres. Elle obtint également deux médailles d’or aux Championnats du monde en 1982 (200 mètres 4 nages et 400 mètres 4 nages). Bien sûr, la révélation du dopage d’État en R.D.A. prouva qu’elle était dopée. Elle-même avouera qu’on l’avait soumise au dopage dès l’âge de 14 ans. Elle expliquera que, à 16 ou 17 ans, elle comprit, en voyant son corps se transformer et sa voix muer, que tout cela était anormal ; mais, ayant peur pour sa famille, elle n’a pas cherché à interrompre le processus.

Petra Schneider, qui souffrira de problèmes cardiaques, fut une des rares championnes est-allemandes à demander que son palmarès soit révisé : ainsi, en 2005, elle demanda à la Fédération allemande de natation de rayer des tablettes le dernier record qu’elle possédait encore, le record d’Allemagne du 400 mètres 4 nages, car celui-ci avait été établi en 1982 « grâce » au dopage.

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Grit BREUER (1972- )

Athlète allemande

La carrière de Grit Breuer est aussi longue que marquée du sceau du soupçon : elle débuta sur la scène internationale aux Jeux Olympiques de Séoul, en 1988, où elle disputa les séries du relais 4 fois 400 mètres avec la R.D.A., et n’annonça sa retraite sportive qu’en 2005, quinze ans après la réunification de l’Allemagne. Elle symbolise aussi les difficultés de l’intégration des sportifs de la R.D.A. au sein de l’Allemagne unifiée.

Lors des Championnats d’Europe d’athlétisme de 1990 à Split, Grit Breuer remporta le 400 mètres et le relais 4 fois 400 mètres, sous les couleurs de la R.D.A. En 1991, elle obtint la médaille d’argent sur 400 mètres aux Championnats du monde d’athlétisme de Tokyo, sous les couleurs de l’Allemagne unifiée. En janvier 1992, tout comme ses coéquipières Katrin Krabbe et Silke Gladisch-Möller, elle fit l’objet d’un contrôle antidopage inopiné, et les échantillons intriguèrent les contrôleurs : on ne découvrit pas d’anabolisants, mais les analyses étaient absolument identiques, comme si elles provenaient d’une seule et même personne ! Un avocat leur évita la suspension… mais provisoirement : en juillet 1992, un nouveau contrôle inopiné mit au jour des traces de clenbutérol (anabolisant) dans les urines de Grit Breuer, qui fut suspendue deux ans.

Grit Breuer reprit la compétition, obtint une médaille de bronze dans le relais 4 fois 400 mètres aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 d’Atlanta, puis une médaille d’or, toujours avec le relais 4 fois 400 mètres aux Championnats du monde en 1997 à Athènes. Elle remporta de nouveau le 400 mètres et le relais 4 fois 400 mètres aux Championnats d’Europe de Budapest en 1998, puis une nouvelle médaille de bronze dans le relais 4 fois 400 mètres aux Championnats du monde en 1999. En 2002, elle obtint la médaille d’argent sur 400 mètres et la médaille d’or dans le relais 4 fois 400 mètres aux Championnats d’Europe de Munich. Mais, en septembre 2004, elle s’est soustraite à un contrôle inopiné de l’agence antidopage allemande. Ajoutons que son compagnon et ex-entraîneur Thomas Springstein sera condamné à 16 mois de prison avec sursis pour avoir fourni des anabolisants à une jeune athlète de 17 ans.

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Rica REINISCH (1965- )

Nageuse est-allemande

Spécialiste de la nage sur le dos, Rica Reinisch remporta 3 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Moscou, en 1980 (100 et 200 mètres dos, relais 4 fois 100 mètres 4 nages). Bien sûr, comme la plupart de ses compatriotes, elle avait été dopée à son insu. À l’âge de 16 ans, elle commença à souffrir lors de ses menstruations. Les médecins découvrirent alors que ses ovaires avaient grandi anormalement. Sa mère l’obligea à arrêter sa carrière sportive, juste après les Jeux Olympiques de Moscou. Victime de problèmes cardiaques, elle fit deux fausses couches. Lors du procès du dopage en Allemagne de l’Est, en 2000, elle accepta de témoigner et reçut des dommages et intérêts.

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Thomas KOEHLER (1940- )

Lugeur est-allemand

Thomas Koehler fut le plus brillants des lugeurs dans les années 1960. Il remporta deux titres olympiques (plus une médaille d’argent) et trois titres mondiaux. Surtout, il fut une figure marquante du mouvement sportif est-allemand.

En effet, Thomas Koehler remporta sa première médaille d’or olympique en 1964, à Innsbruck, sous les couleurs de l’« équipe unifié d’Allemagne ». En 1968, année de l’arrivée de la R.D.A. aux Jeux, à Grenoble, il fut le porte-drapeau de la délégation est-allemande, puis se distingua sur la piste : il obtint la médaille d’argent en luge monoplace, derrière l’Autrichien Manfred Schmid ; surtout, associé à Klaus Bonsack, il remporta la compétition biplace, offrant à la R.D.A. la première médaille d’or de son histoire olympique naissante. Il prit alors sa retraite sportive, puis exerça de hautes responsabilités dans le mouvement sportif de la R.D.A. (vice-président de la Deutscher Turn- und Sportbund, membre éminent du Comité olympique est-allemand…). À ces postes, il avait bien sûr connaissance du dopage d’État en R.D.A. En 2010, il en apporta la confirmation dans une autobiographie. Il admit que le dopage touchait tous les sportifs, même les enfants. Néanmoins, il minimisa le phénomène, lui trouvant des justifications « médicales : « La délivrance des substances dopantes se faisait dans le strict respect du contrôle médical ; de ce fait, les graves problèmes de santé et même les décès causés par le dopage dans d’autres pays ne pouvaient pas survenir en R.D.A. » Il tenait Manfred Ewald, président du Comité olympique est-allemand, comme seul responsable car, les « responsabilités étant tellement diluées que, à l’exception de Manfred Ewald, chacun ne connaissait que ce qui lui était nécessaire pour appliquer le programme. »

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Frederick LANE (1880-1969)

Nageur australien

Frederick Lane fut le premier grand nageur australien. Il remporta deux épreuves aux Jeux Olympiques de Paris, en 1900, et fut le premier homme à nager le 100 yards en moins d’une minute. La vocation aquatique de Frederick Lane naquit d’une curieuse manière : alors qu’il était âgé de quatre ans, son frère le sauva de la noyade dans le port de Sydney ; il décida alors d’apprendre à nager. S’étant installé en Angleterre en 1899, Frederick Lane fut un des deux Australiens (avec l’athlète Stan Rowley) sélectionnés pour participer aux Jeux Olympiques de Paris, en 1900. En fait, il construisit son palmarès olympique en une journée, le 12 août. Ce jour-là, il remporta d’abord le 200 mètres nage libre, devant le Hongrois Zoltán von Halmay. Trois quarts d’heure plus tard, il se remettait à l’eau pour participer à une bien curieuse épreuve, le 200 mètres avec obstacles (les nageurs devaient franchir des barques, ce qui amusait le public, car, à chaque passage, les juges assis dans la barque, en costume et canotier, risquaient de tomber à l’eau) ! Il s’imposa devant l’Autrichien Otto Wahle. Après les Jeux Olympiques, Frederick Lane résida en Angleterre durant deux ans, travaillant pour un cabinet d’avocats à Blackpool, tout en continuant de nager en compétition. Ainsi, en octobre 1902, il cassa la barrière de la minute sur 100 yards (59,6 s). Notons que, en août de la même année, il avait nagé le 220 yards en 2 min 28,6 s (en 1974, la Fédération internationale de natation reconnaîtra cette performance comme le premier record du monde officiel du 200 m). De retour en Australie, il exerça la profession de maître imprimeur.

©Pierre LAGRUE