John HAYES (1886-1965)

Athlète américain

Issu d’une famille d’immigrants irlandais, John Hayes commença la course à pied en 1905, et il se classa troisième du marathon de Boston de 1907. Deuxième du marathon de Boston en 1908, il fut sélectionné pour les Jeux Olympiques de Londres dans l’équipe des États-Unis. Et il remporta le marathon ! Mais qui se souvient de lui ? En effet, l’arrivée de ce marathon olympique est restée dans les mémoires en raison du calvaire de l’Italien Dorando Pietri, qui entra le premier dans le stade de Sherpherd’s Bush, mais, à bout de forces, fut soutenu par deux hommes jusqu’à l’arrivée… et fut disqualifié par le jury. La médaille d’or fut donc attribuée à John Hayes, initialement deuxième.

À l’issue de ces Jeux, des promoteurs flairèrent la bonne affaire, et ils organisèrent une « revanche » entre les deux hommes, au Madison Square Garden de New York, en novembre 1908 : Dorando Pietri s’imposa. En mars 1909, une seconde « revanche » eut lieu, et Dorando Pietri l’emporta encore. John Hayes, tout comme Dorando Pietri, décida alors de devenir athlète professionnel, ce qui le privait des Jeux Olympiques. Le grand magasin Bloomingdale de New York flaira aussi la bonne affaire : de grandes photos de John Hayes, officiellement employé de ce magasin, furent placardées ; on disait que John Hayes s’entraînait sur le toit du magasin, sur une piste spécialement aménagée. John Hayes n’apporta un démenti que des années plus tard : en fait, il n’a jamais travaillé chez Bloomingdale, ne s’est jamais entraîné sur le toit ; mais il touchait un salaire de Bloomingdale… pour s’entraîner en dehors de Manhattan. Plus tard, John Hayes mena une brève carrière d’acteur au théâtre, puis se lança dans les affaires.

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George Seymour LYON (1858-1938)

Golfeur canadien

George Seymour Lyon fut un sportif éclectique. Il se distingua dans des disciplines telles que le saut à la perche, le base-ball et le cricket. Il ne se mit au golf qu’à l’âge de 38 ans, ce qui ne l’empêcha pas de briller. Ainsi, il remporta 8 fois le Championnat amateur canadien entre 1898 et 1914, puis 10 fois le Championnat canadien « seniors » entre 1918 et 1930. Il s’est aussi hissé en finale du Championnat amateur des États-Unis en 1906. Surtout, il remporta le tournoi de golf des Jeux Olympiques de Saint Louis, en 1904, ce qui constitue un réel exploit, puisqu’il domina 70 golfeurs américains ! George Seymour Lyon partit pour Londres, en 1908, afin de défendre son titre… Le tournoi devait se dérouler sur les parcours des Royal St. George’s Golf Club, Prince’s Golf Club et Cinqueports Golf Club. Mais, au dernier moment, un différend entre le Royal and Ancient Golf Club of St. Andrews et le Comité d’organisation des Jeux a provoqué le forfait tous les golfeurs britanniques. Faute de concurrents, le tournoi de golf fut annulé. À son arrivée à Londres, George Seymour Lyon fut informé de cette annulation. Malgré ce long voyage, il ne put défendre son titre… Quant au golf, il ne réintégrera le programme olympique qu’en 2016.

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Ralph ROSE (1885-1913)

Athlète américain

Ralph Rose, un colosse (2 m, 113 kg) d’origine irlandaise, fut un des meilleurs lanceurs de poids au début du XXe siècle. Il participa trois fois aux Jeux Olympiques, obtenant 6 médailles (dont 3 en or), établit en 1909 un record du monde du lancer du poids (15,54 m) qui allait tenir durant 16 ans. Il se trouva aussi, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres en 1908 qui voyait le premier « défilé des nations », à l’origine d’une polémique… Ralph Rose débuta sur la scène olympique en 1904 à Saint Louis, et ce jeune colosse de 19 ans brilla. Il remporta la médaille d’or au lancer du poids, avec un jet de 14,81 mètres (il demeure le plus jeune champion olympique de lancer du poids de l’histoire). Lors du concours de lancer du disque, il obtint une médaille d’argent à l’issue d’un curieux scénario : tout comme son compatriote Martin Sheridan, il avait expédié l’engin à 39,28 mètres ; pour les départager, un « barrage » fut organisé et, lors de ce jet supplémentaire, Sheridan (38,97 m) fit mieux que Rose (36,74 m) et reçut la médaille d’or. Ralph Rose s’adjugea aussi la médaille de bronze au lancer du marteau et se classa sixième du « lancer de la pierre » de 25 kg.

En 1908, pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres, il fut désigné porte-drapeau de la délégation américaine, pour le premier défilé des nations. Or, faisant fi du protocole, il refusa de baisser le Stars and Stripes en passant devant le roi Édouard VII. Concernant cet affront, il aurait répondu à la demande de nombreux champions américains d’origine irlandaise. À ce sujet, son compatriote Martin Sheridan déclara : « Ce drapeau ne s’incline devant aucune puissance terrestre. » Il s’agit néanmoins de la version officielle, car la décision aurait peut-être été prise lors d’une soirée de libation entre « Baleines irlandaises » (surnom des lanceurs américains d’origine irlandaise). Toujours est-il que Ralph Rose remporta de nouveau le concours de lancer du poids (14,21 m).

En 1912, aux Jeux de Stockholm, il s’adjugea la médaille d’or dans le curieux concours de « lancer du poids des deux mains » (15,23 m de la main droite, 12,47 m de la main gauche, soit 27,70 m au total) et obtint la médaille d’argent dans le concours de lancer du poids classique (15,25 m), devancé par son compatriote Patrick McDonald (15,34 m), un autre membre du clan des « Baleines irlandaises ». Ralph Rose fut brutalement emporté par la typhoïde à 28 ans.

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Jay SILVESTER (1937- )

Athlète américain

Silvester (2)Cinq fois champion des États-Unis, auteur de quatre records du monde, le discobole américain Jay Silvester n’est jamais parvenu à toucher l’or olympique, bien qu’il eût participé quatre fois aux Jeux. Pourtant, en 1961, il fut le premier homme à lancer le disque à plus de 60 mètres (60,58 m). Hélas, son compatriote Al Oerter se dressa sur sa route. Aux Jeux de Tokyo, en 1964, Al Oerter s’imposa alors que Silvester ne prit que la quatrième place. En 1968, Silvester, qui avait porté le record du monde à 68,40 mètres, faisait figure de grand favori : or, sous l’orage, Oerter, maître de ses nerfs, s’adjugea la médaille d’or, alors que son compatriote, décontenancé, ne se classa que cinquième. En 1972, à Munich, Oerter ayant pris sa retraite sportive, l’heure de Silvester semblait venue : mais il dut de contenter de la médaille d’argent, devancé par le Tchécoslovaque Ludvik Danek. À 38 ans, Silvester prit de nouveau part aux Jeux, en 1976 à Montréal, mais son rêve olympique était passé, et il ne se classa que huitième du concours remporté par son compatriote Mac Wilkins. On note que Silvester, qui avait été le premier discobole à dépasser les 60 mètres, fut également le premier homme à lancer le disque à plus de 70 mètres (70,38 m en 1971), mais cette performance ne fut pas reconnue comme record du monde.

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Dionysios KASDAGLIS (1872-1931)

Tennisman grec

Dionysios Kasdaglis est un olympien mystérieux. On sait qu’il fut vice-champion olympique, en simple comme en double (associé à Dimitrios Petrokokkinos), en 1896 à Athènes. Mais on n’est pas certain qu’il fût réellement grec. En effet, il est issu d’une famille russe et il est né dans le Lancashire, en Angleterre. Pour le simple, le C.I.O. le considère comme grec. Pour le double, il est considéré comme représentant d’une « équipe mixte », car, pour le C.I.O., Dimitrios Petrokokkinos n’a pas de « nationalité connue ». L’état civil de Dionysios Kasdaglis est lui aussi discuté : selon certaines sources récentes, son identité serait Dimitrios E. Kasdaglis (parfois transcrit Casdagli). Le doute plane, d’autant que son frère cadet, Xenophon Kasdaglis, bien enregistré comme britannique, avait remporté le tournoi de double du Championnat de France en 1895. Toujours est-il que Dionysios Kasdaglis a été battu en finale par John Pius Boland, un nationaliste irlandais qui représentait… la Grande-Bretagne !

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John JARVIS (1872-1933)

Nageur britannique

John Jarvis, membre du Leicester Swimming Club, brilla dans les épreuves de natation, mais aussi de plongeon et de water-polo, au début du XXe siècle. En outre, il fit progresser le style de la nage libre, développant avec le nageur professionnel Joey Nuttall un mouvement de jambe spécifique, le Jarvis-Nuttall-Kick. Aux Jeux Olympiques de Paris, en 1900, il remporta d’abord le 1 000 mètres, avec plus d’une minute d’avance sur l’Autrichien Otto Wahle. Puis il gagna le 4 000 mètres réservé aux « amateurs », avec près de 10 minutes d’avance sur le Hongrois Zoltán von Halmay – une épreuve qui se disputa dans la Seine, au milieu de la circulation fluviale.

John Jarvis ne prit pas part aux Jeux Olympiques de Saint Louis, en 1904, en raison du coût trop élevé du voyage. En revanche, en 1906, il participa aux Jeux intercalaires d’Athènes, où il s’adjugea 3 médailles (argent sur le mile, derrière son compatriote Henry Taylor ; bronze sur 400 mètres et dans le relais 4 fois 250 mètres). Hélas ! le C.I.O. décidera bien plus tard de ne pas reconnaître ces Jeux intercalaires, privant John Jarvis, mort depuis longtemps, de trois médailles.

Bien qu’il ne fût pas « professionnel », John Jarvis était presque un nageur à plein temps. Il aurait, selon certaines sources, remporté plus de 100 « championnats du monde » officieux ; on sait qu’il gagna 28 titres britanniques dont un, en 1904, en plongeon. Il fut aussi un maître du « plongeon en longueur », une discipline très populaire à l’époque, qui consistait, après un saut de l’ange, à rester longtemps sans mouvement sous l’eau ; après une minute, la distance était mesurée (Jarvis aurait remporté un championnat, avec 22,98 m). John Jarvis, qui, dès 1902, s’était penché sur la théorie des différents styles de nage dans son livre The Art of Swimming, fut nommé professeur. Par ailleurs, il participa activement à la formation au sauvetage, enseignant les différentes techniques de sauvetage à l’occasion des compétitions de natation.

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Roland MATTHES (1950-2019)

Nageur est-allemand

La natation a rapporté à la R.D.A. de multiples médailles d’or olympiques, surtout dans les compétitions féminines, « grâce » au dopage d’État. Néanmoins, les premières médailles d’or est-allemandes furent obtenues par un homme, Roland Matthes, spécialiste de la nage sur le dos. En outre, il construisit sa carrière avant la mise en œuvre du programme étatique de dopage. Roland Matthes fut ainsi un des rares champions, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, à contester l’hégémonie des Américains en natation.

Recordman du monde du 100 mètres dos dès 1967 (58,4 s), il remporta, en 1968 à Mexico, le titre olympique sur 100 mètres dos (58,7 s), devant les Américains Charles Hickcox et Ronald Mills, et sur 200 mètres dos (2 min 9,6 s), devant les Américains Mitchell Ivey et Jack Horsley ; il obtint également la médaille d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages est-allemand. En 1972, aux Jeux de Munich, il récidiva, obtenant de nouveau la médaille d’or sur 100 mètres dos (56,58 s), devant les Américains Michael Stamm et John Murphy, et sur 200 mètres dos (2 min 2,82 s), devant les Américains Michael Stamm et Mitchell Ivey ; il fut aussi médaillé d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages et médaillé de bronze avec le relais 4 fois 100 mètres. En 1973, lors des premiers Championnats du monde à Belgrade, il remporta les 100 et 200 mètres dos, ajoutant la médaille d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages et la médaille de bronze avec le relais 4 fois 100 mètres. Vainqueur du 100 mètres dos aux Championnats du monde de Cali, en 1975, il obtint encore la médaille de bronze sur 100 mètres dos aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976, s’effaçant derrière le nouveau roi de la spécialité, John Naber. Invaincu de 1967 à 1974, Roland Matthes fut également cinq fois champion d’Europe et a battu seize records du monde.

De 1976 à 1982, il fut marié à Kornelia Ender, figure de proue de la natation est-allemande et mondiale. En 1981, il fut intronisé à l’International Swimming Hall of Fame. En outre, comme s’il fallait définitivement prouver que Roland Matthes avait construit sa carrière de manière « propre », sans dopage, il devint en 2006 le premier sportif issu de la R.D.A. admis au Hall of Fame des deutschen Sports (Temple de la renommée du sport allemand) – il demeure le seul.

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Aimé HAEGEMAN (1861-1935)

Cavalier belge

L’épreuve équestre de saut d’obstacles est désormais une des compétitions majeures du programme olympique. De multiples champions y ont conquis la gloire. Cette épreuve fut organisée pour la première fois aux Jeux de Paris, en 1900, et vit la victoire du Belge Aimé Haegeman, officier de lanciers et instructeur à l’école de cavalerie d’Ypres. Montant Benton-II, un cheval bai de 10 ans d’origine irlandaise, il réalisa un sans-faute et boucla le parcours (850 m, 22 obstacles) en 2 min 16 s. Pour sa victoire, il reçut la coquette somme de 6 000 francs car, au grand dam de Pierre de Coubertin, des « professionnels » étaient autorisés à participer aux Jeux, et des prix en espèces pouvaient récompenser les lauréats. Par la suite, Aimé Haegeman devint colonel de l’armée belge et maître d’équitation à l’École royale militaire.

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Katarina WITT (1965- )

Patineuse est-allemande

Usant de son charme, séduisante et séductrice, Katarina Witt marqua le patinage artistique féminin de son empreinte. Avec elle, le patinage artistique connut un engouement médiatique inédit, qu’il conservera. Katarina Witt s’initie au patinage artistique sous la direction de l’entraîneuse est-allemande Jutta Müller, qui a déjà formé Gabrielle Seyfert et Anett Poetsch. Championne d’Europe en 1982, elle obtiendra cinq autres titres (1983, 1984, 1985, 1987 et 1988). Elle connaît son premier sacre mondial en 1984, performance qu’elle rééditera en 1985, 1987 et 1988.

En 1984, lors des Jeux Olympiques de Sarajevo, elle s’adjuge le titre, grâce à un programme libre parfait, s’imposant devant la favorite américaine Rosalynn Sumners. En 1988, à Calgary, une autre Américaine, Debi Thomas, se veut sa principale rivale. Interprétant une Carmen enjôleuse à l’érotisme quelque peu provocant, Katarina Witt charme juges et public, et obtient une nouvelle médaille d’or, devant la Canadienne Elizabeth Manley. Elle met alors un terme à sa carrière et se produit dans les spectacles professionnels.

Elle laisse l’image d’une patineuse à l’élégance absolue, qui a su marier ses qualités physiques à un charme incomparable. En 1994, à Lillehammer, les professionnels étant autorisés à participer aux Jeux, Katarina Witt se classe septième de l’épreuve remportée par l’Ukrainienne Oksana Baïul, mais le public lui réserve une magnifique ovation, saluant une dernière fois sa grâce.

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Barbara KRAUSE (1959- )

Nageuse est-allemande

Barbara Krause remporta 3 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Moscou, en 1980 (100 m, 200 m, relais 4 fois 100 m). Sur le moment, on loua son exploit. En effet, cette nageuse massive (1,80 m, 65 kg) avait la plus difficile des relèves à assurer, celle de sa compatriote Kornelia Ender, grande star du sport est-allemand, jolie comme un cœur, pourvue d’un immense palmarès.

Mais Barbara Krause aurait déjà dû briller aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976. En effet, détentrice du record du monde du 400 mètres, elle était largement favorite sur cette distance. Or elle déclara forfait : officiellement, elle était malade, victime d’une mauvaise grippe ; en réalité, les médecins de l’équipe est-allemande avaient refusé qu’elle participe à ces Jeux car, soumise comme tous les sportifs est-allemands à des contrôles antidopage « locaux » (cette pratique permettait de vérifier si le sportif risquait un contrôle positif ; si c’était le cas, on le retirait de la liste des participants), elle fut positive, en raison d’une dose de produits dopants mal calculée.

Barbara Krause qui, en 1978 aux Championnats du monde de Berlin dominés par les Américaines, avait été la seule Allemande de l’Est médaillée d’or, mit fin à sa carrière après les Jeux de Moscou, à 21 ans. Bien sûr, la révélation du système de dopage d’État mis en œuvre en R.D.A. ternit son palmarès. Surtout, il a provoqué chez elle comme chez d’autres championnes de graves problèmes de santé : Barbara Krause a donné naissance, à trois d’écart, à deux enfants handicapés (pieds bots) ; elle est persuadée que ces malformations sont liées à la prise contrainte de stéroïdes anabolisants.

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