Tommie SMITH (1944- )

Athlète américain

1968smithMentionner Tommie Smith au titre de l’olympisme inattendu peut surprendre. En effet, la photo la plus célèbre de l’histoire olympique est sans doute le cliché du podium du 200 mètres des Jeux de Mexico: alors que retentit l’hymne américain et que la bannière étoilée est hissée aux mâts, Tommie Smith et John Carlos lèvent un poing ganté de noir pour protester contre la discrimination dont sont victimes les Noirs aux États-Unis. Mais Tommie Smith a fait passer ses convictions avant sa carrière, ce qui mérite le respect. En outre, il a fait entrer les Jeux Olympiques dans une autre ère, celle de la «vitrine» médiatique.

Tommie Smith passe sa petite enfance dans le Texas, marqué par la ségrégation raciale. Ses performances athlétiques lui permettent d’intégrer l’université de Californie à San Jose, où Bud Winter, le coach le plus renommé des États-Unis, se prend d’une réelle affection pour Tommie Smith. Il façonne sa technique, et Tommie Smith enchaîne les performances en 1966-1967: il bat le record du monde du 220 yards (20,0 s), le record du monde du 400 mètres (44,5 s). Les Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, deviennent l’objectif majeur de Tommie Smith. Cependant, pour lui, l’approche de cet événement est double: il souhaite bien sûr remporter une médaille d’or, mais aussi faire entendre sa voix sur le plan politique. À l’université de Californie, il s’est forgé une conscience politique au contact d’Harry Edwards et il milite au sein de la Black Students Union, alors que l’«Olympic Project for Human Rights» («Projet olympique pour les droits de l’homme») prend de l’ampleur. À Mexico, Tommie Smith remporte le 200 mètres en battant le record du monde (19,83 s), devant l’Australien Peter Norman et John Carlos. Les spectateurs du stade olympique ont vécu un des moments forts de l’histoire du sport. Ils vont bientôt vivre, comme des millions de téléspectateurs, un moment important de l’histoire tout court. Smith, Carlos, mais aussi Norman arborent le badge «Olympic Project for Human Rights» quand ils se dirigent vers le podium. Au moment où l’hymne américain retentit, Smith et Carlos baissent la tête et lèvent un poing ganté de noir afin de protester contre la discrimination dont les Noirs sont victimes aux États-Unis. Le lendemain, sous la pression d’Avery Brundage, président du Comité international olympique (C.I.O.), Smith et Carlos sont suspendus, exclus du village olympique et radiés du mouvement olympique. On ne reverra plus jamais Tommie Smith sur une piste d’athlétisme. Il n’a que 24 ans et a déjà établi 10 records du monde. «Sur le stade, je suis un champion, hors de là, je ne suis qu’un Nègre», déclarait Tommie Smith. Il n’a jamais regretté son geste. Néanmoins, il ne fut réhabilité par les États-Unis qu’en 1998, et le C.I.O. n’a jamais levé, symboliquement, son exclusion du mouvement olympique.

©Pierre LAGRUE