La curieuse naissance du credo olympique

Le credo olympique fut inventé par un évêque

1908talbotOK«L’important, c’est de participer»: cette formule éculée, répétée à l’envi à l’occasion des Jeux Olympiques ou d’autres événements sportifs, résume de manière réductrice le credo olympique, qui est né en 1908 lors des Jeux de Londres, à la suite d’un sermon de Mgr Talbot, évêque anglican de Pennsylvanie. En effet, ces Jeux de Londres furent l’occasion d’un sévère affrontement sportif entre Américains et Britanniques, dans le cadre d’un « trophée du Championnat olympique », instauré sur une idée du comte Eugenio Brunetta d’Usseaux, qui proposa qu’un classement officiel soit établi entre les nations. Les Américains déclarèrent qu’ils allaient enlever haut la main le « trophée du Championnat olympique ». Les Britanniques répliquèrent à leur manière : ils établirent eux-mêmes les règles, désignèrent les juges, tous britanniques. Dès le début des compétitions, les Américains contestèrent pêle-mêle le règlement du saut à la perche, le système de classement retenu pour le « trophée du Championnat olympique », le fait que des officiels britanniques conseillent au grand jour les athlètes alors que les entraîneurs américains n’avaient pas accès au stade. Le jury d’honneur britannique balaya ces accusations qu’il estimait sans fondement ; la situation s’envenima, le « trophée du Championnat olympique » fut annulé.

Le 19 juillet 1908, un dimanche, Mgr Ethelbert Talbot, évêque de Pennsylvanie présent à Londres dans le cadre de la cinquième conférence des évêques anglicans, prêcha en la cathédrale Saint-Paul et prononça un sermon destiné aux concurrents belliqueux : « S’il n’y a qu’une chose à retenir de tous les mensonges sur les enseignements de l’Olympie antique, c’est que les Jeux en eux-mêmes sont au-dessus des questions de race et de récompenses. Saint Paul nous apprend à quel point le prix est insignifiant. Notre récompense n’est pas corruptible mais incorruptible, et même si seule une personne peut porter la couronne de lauriers, tout le monde peut partager la même joie de la compétition. » Outre les religieux, les organisateurs des Jeux et Pierre de Coubertin étaient présents. Cinq jours plus tard, lors d’un dîner offert par le gouvernement britannique dans la galerie Grafton de Londres, Coubertin reprit la phrase de Mgr Talbot en l’adaptant : « L’important dans ces olympiades n’est pas tant d’y gagner que d’y prendre part. » Il la compléta ainsi :  « Le plus important aux Jeux Olympiques n’est pas de gagner mais de participer, car l’important dans la vie ce n’est point le triomphe mais le combat ; l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu. » Le sermon n’eut guère de suite durant cette IVe olympiade, les décisions contestables continuant de se multiplier. Les paroles du baron ne connurent à l’époque pas plus d’écho que le sermon de l’évêque.

Il fallut attendre 1932 et les Jeux de Los Angeles pour que le credo olympique soit reconnu : on pouvait le lire sur le grand panneau d’affichage lors de la cérémonie d’ouverture. Rappelons que, à l’époque, le sport basculait dans le nationalisme et devenait un enjeu majeur pour les totalitarismes.

©Pierre LAGRUE