John JARVIS (1872-1933)

Nageur britannique

John Jarvis, membre du Leicester Swimming Club, brilla dans les épreuves de natation, mais aussi de plongeon et de water-polo, au début du XXe siècle. En outre, il fit progresser le style de la nage libre, développant avec le nageur professionnel Joey Nuttall un mouvement de jambe spécifique, le Jarvis-Nuttall-Kick. Aux Jeux Olympiques de Paris, en 1900, il remporta d’abord le 1 000 mètres, avec plus d’une minute d’avance sur l’Autrichien Otto Wahle. Puis il gagna le 4 000 mètres réservé aux « amateurs », avec près de 10 minutes d’avance sur le Hongrois Zoltán von Halmay – une épreuve qui se disputa dans la Seine, au milieu de la circulation fluviale.

John Jarvis ne prit pas part aux Jeux Olympiques de Saint Louis, en 1904, en raison du coût trop élevé du voyage. En revanche, en 1906, il participa aux Jeux intercalaires d’Athènes, où il s’adjugea 3 médailles (argent sur le mile, derrière son compatriote Henry Taylor ; bronze sur 400 mètres et dans le relais 4 fois 250 mètres). Hélas ! le C.I.O. décidera bien plus tard de ne pas reconnaître ces Jeux intercalaires, privant John Jarvis, mort depuis longtemps, de trois médailles.

Bien qu’il ne fût pas « professionnel », John Jarvis était presque un nageur à plein temps. Il aurait, selon certaines sources, remporté plus de 100 « championnats du monde » officieux ; on sait qu’il gagna 28 titres britanniques dont un, en 1904, en plongeon. Il fut aussi un maître du « plongeon en longueur », une discipline très populaire à l’époque, qui consistait, après un saut de l’ange, à rester longtemps sans mouvement sous l’eau ; après une minute, la distance était mesurée (Jarvis aurait remporté un championnat, avec 22,98 m). John Jarvis, qui, dès 1902, s’était penché sur la théorie des différents styles de nage dans son livre The Art of Swimming, fut nommé professeur. Par ailleurs, il participa activement à la formation au sauvetage, enseignant les différentes techniques de sauvetage à l’occasion des compétitions de natation.

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Roland MATTHES (1950-2019)

Nageur est-allemand

La natation a rapporté à la R.D.A. de multiples médailles d’or olympiques, surtout dans les compétitions féminines, « grâce » au dopage d’État. Néanmoins, les premières médailles d’or est-allemandes furent obtenues par un homme, Roland Matthes, spécialiste de la nage sur le dos. En outre, il construisit sa carrière avant la mise en œuvre du programme étatique de dopage. Roland Matthes fut ainsi un des rares champions, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, à contester l’hégémonie des Américains en natation.

Recordman du monde du 100 mètres dos dès 1967 (58,4 s), il remporta, en 1968 à Mexico, le titre olympique sur 100 mètres dos (58,7 s), devant les Américains Charles Hickcox et Ronald Mills, et sur 200 mètres dos (2 min 9,6 s), devant les Américains Mitchell Ivey et Jack Horsley ; il obtint également la médaille d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages est-allemand. En 1972, aux Jeux de Munich, il récidiva, obtenant de nouveau la médaille d’or sur 100 mètres dos (56,58 s), devant les Américains Michael Stamm et John Murphy, et sur 200 mètres dos (2 min 2,82 s), devant les Américains Michael Stamm et Mitchell Ivey ; il fut aussi médaillé d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages et médaillé de bronze avec le relais 4 fois 100 mètres. En 1973, lors des premiers Championnats du monde à Belgrade, il remporta les 100 et 200 mètres dos, ajoutant la médaille d’argent avec le relais 4 fois 100 mètres 4 nages et la médaille de bronze avec le relais 4 fois 100 mètres. Vainqueur du 100 mètres dos aux Championnats du monde de Cali, en 1975, il obtint encore la médaille de bronze sur 100 mètres dos aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976, s’effaçant derrière le nouveau roi de la spécialité, John Naber. Invaincu de 1967 à 1974, Roland Matthes fut également cinq fois champion d’Europe et a battu seize records du monde.

De 1976 à 1982, il fut marié à Kornelia Ender, figure de proue de la natation est-allemande et mondiale. En 1981, il fut intronisé à l’International Swimming Hall of Fame. En outre, comme s’il fallait définitivement prouver que Roland Matthes avait construit sa carrière de manière « propre », sans dopage, il devint en 2006 le premier sportif issu de la R.D.A. admis au Hall of Fame des deutschen Sports (Temple de la renommée du sport allemand) – il demeure le seul.

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Barbara KRAUSE (1959- )

Nageuse est-allemande

Barbara Krause remporta 3 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Moscou, en 1980 (100 m, 200 m, relais 4 fois 100 m). Sur le moment, on loua son exploit. En effet, cette nageuse massive (1,80 m, 65 kg) avait la plus difficile des relèves à assurer, celle de sa compatriote Kornelia Ender, grande star du sport est-allemand, jolie comme un cœur, pourvue d’un immense palmarès.

Mais Barbara Krause aurait déjà dû briller aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976. En effet, détentrice du record du monde du 400 mètres, elle était largement favorite sur cette distance. Or elle déclara forfait : officiellement, elle était malade, victime d’une mauvaise grippe ; en réalité, les médecins de l’équipe est-allemande avaient refusé qu’elle participe à ces Jeux car, soumise comme tous les sportifs est-allemands à des contrôles antidopage « locaux » (cette pratique permettait de vérifier si le sportif risquait un contrôle positif ; si c’était le cas, on le retirait de la liste des participants), elle fut positive, en raison d’une dose de produits dopants mal calculée.

Barbara Krause qui, en 1978 aux Championnats du monde de Berlin dominés par les Américaines, avait été la seule Allemande de l’Est médaillée d’or, mit fin à sa carrière après les Jeux de Moscou, à 21 ans. Bien sûr, la révélation du système de dopage d’État mis en œuvre en R.D.A. ternit son palmarès. Surtout, il a provoqué chez elle comme chez d’autres championnes de graves problèmes de santé : Barbara Krause a donné naissance, à trois d’écart, à deux enfants handicapés (pieds bots) ; elle est persuadée que ces malformations sont liées à la prise contrainte de stéroïdes anabolisants.

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Petra SCHNEIDER (1963- )

Nageuse est-allemande

Petra Schneider fut une des Wondernmädchen de la R.D.A. qui dominèrent les compétitions sportives durant les années 1970 et 1980. En 1980, aux Jeux de Moscou, elle remporta la médaille d’or dans le 400 mètres 4 nages et la médaille d’argent dans le 400 mètres. Elle obtint également deux médailles d’or aux Championnats du monde en 1982 (200 mètres 4 nages et 400 mètres 4 nages). Bien sûr, la révélation du dopage d’État en R.D.A. prouva qu’elle était dopée. Elle-même avouera qu’on l’avait soumise au dopage dès l’âge de 14 ans. Elle expliquera que, à 16 ou 17 ans, elle comprit, en voyant son corps se transformer et sa voix muer, que tout cela était anormal ; mais, ayant peur pour sa famille, elle n’a pas cherché à interrompre le processus.

Petra Schneider, qui souffrira de problèmes cardiaques, fut une des rares championnes est-allemandes à demander que son palmarès soit révisé : ainsi, en 2005, elle demanda à la Fédération allemande de natation de rayer des tablettes le dernier record qu’elle possédait encore, le record d’Allemagne du 400 mètres 4 nages, car celui-ci avait été établi en 1982 « grâce » au dopage.

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Rica REINISCH (1965- )

Nageuse est-allemande

Spécialiste de la nage sur le dos, Rica Reinisch remporta 3 médailles d’or aux Jeux Olympiques de Moscou, en 1980 (100 et 200 mètres dos, relais 4 fois 100 mètres 4 nages). Bien sûr, comme la plupart de ses compatriotes, elle avait été dopée à son insu. À l’âge de 16 ans, elle commença à souffrir lors de ses menstruations. Les médecins découvrirent alors que ses ovaires avaient grandi anormalement. Sa mère l’obligea à arrêter sa carrière sportive, juste après les Jeux Olympiques de Moscou. Victime de problèmes cardiaques, elle fit deux fausses couches. Lors du procès du dopage en Allemagne de l’Est, en 2000, elle accepta de témoigner et reçut des dommages et intérêts.

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Frederick LANE (1880-1969)

Nageur australien

Frederick Lane fut le premier grand nageur australien. Il remporta deux épreuves aux Jeux Olympiques de Paris, en 1900, et fut le premier homme à nager le 100 yards en moins d’une minute. La vocation aquatique de Frederick Lane naquit d’une curieuse manière : alors qu’il était âgé de quatre ans, son frère le sauva de la noyade dans le port de Sydney ; il décida alors d’apprendre à nager. S’étant installé en Angleterre en 1899, Frederick Lane fut un des deux Australiens (avec l’athlète Stan Rowley) sélectionnés pour participer aux Jeux Olympiques de Paris, en 1900. En fait, il construisit son palmarès olympique en une journée, le 12 août. Ce jour-là, il remporta d’abord le 200 mètres nage libre, devant le Hongrois Zoltán von Halmay. Trois quarts d’heure plus tard, il se remettait à l’eau pour participer à une bien curieuse épreuve, le 200 mètres avec obstacles (les nageurs devaient franchir des barques, ce qui amusait le public, car, à chaque passage, les juges assis dans la barque, en costume et canotier, risquaient de tomber à l’eau) ! Il s’imposa devant l’Autrichien Otto Wahle. Après les Jeux Olympiques, Frederick Lane résida en Angleterre durant deux ans, travaillant pour un cabinet d’avocats à Blackpool, tout en continuant de nager en compétition. Ainsi, en octobre 1902, il cassa la barrière de la minute sur 100 yards (59,6 s). Notons que, en août de la même année, il avait nagé le 220 yards en 2 min 28,6 s (en 1974, la Fédération internationale de natation reconnaîtra cette performance comme le premier record du monde officiel du 200 m). De retour en Australie, il exerça la profession de maître imprimeur.

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Helga LINDNER (1951- )

Nageuse est-allemande

Les ondines aux larges épaules ont rapporté à la R.D.A. de multiples médailles olympiques, la plupart d’entre elles frelatées par le dopage d’État. Mettons néanmoins en avant Helga Lindner, qui fut, en 1968 aux Jeux de Mexico, la première femme est-allemande à obtenir une médaille en natation : âgée de 17 ans, elle s’adjugea la médaille d’argent sur 200 mètres papillon, devancée seulement par la Néerlandaise Ada Kok. Helga Lindner, championne d’Europe sur 200 mètres papillon et avec le relais 4 fois 100 mètres est-allemand en 1970, participa encore aux Jeux de Munich, en 1972, où elle ne se classa que sixième du 200 mètres papillon. Elle a sans doute alors mis fin à sa carrière car, par la suite, son nom n’apparaît plus dans aucune compétition nationale ou internationale.

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Heike FRIEDRICH (1970- )

Nageuse est-allemande

Heike Friedrich s’est construit un magnifique palmarès dans les années 1980, remportant notamment quatre médailles d’or aux Championnats du monde en 1986, quatre médailles d’or aux Championnats d’Europe en 1987, deux médailles d’or et une médaille d’argent aux Championnats d’Europe en 1989. Mais si Heike Friedrich mérite mention, c’est parce qu’elle symbolise la politique sportive de la R.D.A., fondée sur le dopage d’État, qui a permis à ce petit pays d’accumuler les médailles d’or, notamment dans les compétitions féminines, et plus particulièrement en natation. Ainsi, aux Jeux Olympiques de Séoul, Heike Friedrich remporta le 200 mètres nage libre. En 1991, juste après la réunification allemande, elle a pris sa retraite à l’âge de 21 ans. L’analyse des archives de la Stasi prouva, malgré les dénégations de la nageuse, que Heike Friedrich fut bien soumise au programme étatique de dopage ; il fut ainsi prouvé, en 1998-2000, que Heike Friedrich avait pris des substances illégales améliorant la performance lors des Championnats d’Europe de 1989 (ses taux de testostérone correspondaient aux valeurs masculines normales).

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Forfait pour cause de piqûre de moustique

Maria Braun piquée au vif

1928BRAUN (2)La Néerlandaise Maria Braun remporta la médaille d’or dans le 100 mètres dos et la médaille d’argent dans le 400 mètres nage libre aux Jeux Olympiques d’Amsterdam, en 1928. Toujours en bonne forme, elle espérait briller de nouveau aux Jeux Olympiques, en 1932 à Los Angeles. De fait, elle se qualifia aisément pour les demi-finales du 400 mètres nage libre… auxquelles elle ne fut pas en mesure de participer : elle fut en effet transportée d’urgence à l’hôpital, victime d’un empoisonnement sanguin. Selon la version officielle, cette forte fièvre aurait été provoquée par une piqûre de moustique. Maria Braun demeura sceptique, car elle pensait avoir été victime d’un empoisonnement provoqué par des proches de l’Américaine Helene Madison, sa rivale. La thèse de la piqûre de moustique reste la plus plausible, mais, à la suite de cette mésaventure, Maria Braun, âgée de vingt et un ans et qui avait déjà établit six records du monde, décida sur-le-champ de mettre un terme à sa carrière de nageuse.

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Frederick HOLMAN (1883-1913)

Nageur britannique

Frederick Holman, issu d’une famille nombreuse du Devon, remporta le 200 mètres brasse aux Jeux Olympiques de Londres. Mais le sport lui coûta la vie : en effet, cinq ans après son triomphe olympique, il fut emporté par une fièvre typhoïde qu’il avait contracté en s’entraînant dans les bassins d’Exeter. En revanche, son frère, Frank, à qui Frederick Holman avait appris l’art de la nage, eut la vie sauve grâce à ses conseils : lors du naufrage du Lusitania en 1915, il parvint à attendre les secours durant deux heures en nageant dans l’Atlantique nord.

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