Alberto BRAGLIA (1883-1954)

Gymnaste italien

Issu d’une famille de condition modeste, Alberto Braglia fut contraint de travailler très jeune pour gagner sa vie et exerça la profession de mitron. Enfant, il forgea sa musculature en s’entraînant seul dans une grange ; adolescent, il se rendit fréquemment au gymnase de sa ville natale pour parfaire sa condition physique. Il fut retenu par la Fédération italienne de gymnastique pour les « Jeux intercalaires » d’Athènes, en 1906, où il se classa deuxième du concours général. En 1908, aux Jeux Olympiques de Londres, il remporta la médaille d’or dans le concours général, devant le favori, le Britannique Walter Tysal.

Alberto Braglia imagina que le succès olympique pourrait lui procurer la fortune, et il délaissa son fournil pour monter un spectacle lors duquel il proposait un numéro d’« homme-torpille ». Ce changement d’orientation professionnelle ne lui apporta en fait que des désagréments : il se cassa l’épaule et plusieurs côtes ; la Fédération italienne le déclara « professionnel », ce qui lui fermait les portes des Jeux Olympiques. Néanmoins, il retrouva son statut « amateur » peu avant les Jeux de Stockholm, en 1912, ce qui lui permettait de participer de nouveau aux compétitions olympiques. En Suède – pays où la gymnastique était alors l’un des sports rois –, il provoqua l’admiration du public comme des juges par ses prestations, à la barre fixe et au cheval-d’arçons notamment, et son duel avec le Français Louis Ségura tint tout le monde en haleine. Alberto Braglia s’adjugea la médaille d’or. Cette année-là, il remporta aussi la compétition par équipes avec l’Italie.

Alberto Braglia délaissa cette fois totalement la gymnastique sportive et rejoignit les gens du cirque. Il monta notamment un duo comique. Plus tard, il reprit le chemin du gymnase pour relever un défi : tenter de participer, à 45 ans, aux Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928. Il ne parvint pas à obtenir sa sélection, mais les dirigeants de la Fédération italienne de gymnastique, impressionnés par sa motivation, le nommèrent entraîneur de l’équipe d’Italie, dans l’optique des Jeux de 1932 à Los Angeles. Sous sa houlette, à Los Angeles, Romeo Neri obtint la médaille d’or dans la compétition individuelle et l’Italie remporta l’épreuve par équipes.

Alberto Braglia abandonna cette fois définitivement le monde du sport. Il devint restaurateur à Bologne. Mais son établissement fut détruit par les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale, ce qui provoqua sa ruine.

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Anton HEIDA (1878- ?)

Gymnaste américain

Certains sportifs ont obtenu des médailles aux Jeux Olympiques sous les couleurs de pays différents, au fil des naturalisations. Néanmoins, un seul a été médaillé lors de la même édition en changeant de nationalité durant les Jeux : il se nomme Anton Heida. Il est resté quasi inconnu, alors qu’il demeure un des sportifs les plus médaillés aux Jeux Olympiques. En effet, aux Jeux de Saint Louis, en 1904, il remporta 6 médailles, dont 5 en or (saut de cheval, barre fixe, cheval-d’arçons, concours complet individuel et concours général par équipes). En outre son histoire est peu banale : en effet, représentant le Philadelphia Turngemeinde, il était autrichien au début des Jeux et américain à la fin de ceux-ci ! Ainsi, en juillet, il remporta le « concours complet 4 épreuves », alors que sa demande de naturalisation était en cours d’examen : il demeurait donc autrichien. Le 17 octobre 1904, il était officiellement devenu citoyen américain : le 28 octobre, il était donc américain quand il remporta ses médailles aux exercices par appareils. Néanmoins, le C.I.O. attribue toutes ses médailles aux États-Unis. Par la suite, il se produisit dans des exhibitions théâtrales, au sein d’une troupe acrobatique, The Olympic Trio. Puis on perd sa trace.

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Larissa LATYNINA (1934- )

Gymnaste soviétique

LATYNINA2Pendant un demi-siècle, Larissa Latynina détint le record de médailles obtenues aux Jeux (18), et seul Michael Phelps parvint à la détrôner. Elle fut aussi la première femme à s’adjuger neuf titres olympiques. Elle fut la plus brillante représentante de l’école soviétique de gymnastique féminine qui accumula les titres à la fin des années 1950 et au début des années 1960.

Larissa Latynina fit ses études à l’institut d’État de culture physique de Kiev. Lors des Jeux Olympiques de Melbourne, en 1956, Larissa Latynina remporta la médaille d’or au concours général individuel, au saut de cheval et au sol (partageant pour cette épreuve la plus haute marche du podium avec la Hongroise Ágnes Keleti). On garde de ces Jeux une image forte : sur le podium, Ágnes Keleti, qui venait pourtant d’apprendre la mort de sa mère lors de l’insurrection hongroise, se tourna vers sa rivale pour lui serrer la main. Aux Jeux de Rome, en 1960, Larissa Latynina remporta de nouveau le concours général individuel, devant deux de ses compatriotes, Sofia Muratova et Polina Astakhova. Quatre ans plus tard, à Tokyo, elle fut devancée dans le concours général individuel par la Tchécoslovaque Vera Cáslavská, mais fut championne olympique au sol pour la troisième fois consécutivement.

En plus de ses nombreux titres olympiques individuels, Larissa Latynina remporta le concours général par équipes aux Jeux en 1956, 1960 et 1964. Elle ajouta à ce palmarès cinq médailles d’argent et quatre de bronze en trois olympiades. En outre, elle a obtenu dix médailles d’or aux Championnats du monde et sept aux Championnats d’Europe.

Sa carrière achevée, la gymnaste se consacra à l’enseignement de son sport et devint entraîneur de l’équipe nationale soviétique. Elle participa par ailleurs activement à l’organisation des Jeux de Moscou en 1980.

LATYNINA-Phelps2Clin d’œil de l’histoire : en 2012, elle posa au côté de Michael Phelps pour une publicité de la marque de luxe Louis Vuitton.

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Viktor TCHOUKARINE (1921-1984)

Gymnaste soviétique

TCHOUKARINE2Viktor Tchoukarine fut le premier héros du sport olympique soviétique. Il remporta sept médailles d’or, trois médailles d’argent et une médaille de bronze aux Jeux (1952 et 1956).

Viktor Tchoukarine aurait pu participer à des compétitions nationales de gymnastique dès l’âge de dix-neuf ans, mais il dut interrompre ses activités sportives en raison de la Seconde Guerre mondiale. Étudiant à l’Institut de culture physique de Lviv, en Ukraine, il obtint son diplôme en 1950.

Champion d’U.R.S.S. de gymnastique en 1949, 1950 et 1951, Viktor Tchoukarine se prépara avec un grand sérieux pour les Jeux Olympiques de 1952, car Staline avait décidé que l’U.R.S.S. enverrait pour la première fois une délégation aux Jeux, à Helsinki.

L’équipe de gymnastique était un des fleurons de cette délégation soviétique et Viktor Tchoukarine se montra le plus brillant de ces champions. Il remporta en effet le concours général individuel, la compétition par équipes avec ses camarades, la médaille d’or au cheval-d’arçons et au saut de cheval, ajoutant la médaille d’argent aux anneaux et aux barres parallèles, il s’adjugea donc six médailles en Finlande, ce qui fut le record pour cette édition. Deux ans plus tard, aux Championnats du monde de Rome, il obtint la médaille d’or lors du concours général individuel (ex aequo avec son compatriote Valentin Muratov) et par équipes, ainsi qu’aux barres parallèles.

En 1956, aux Jeux de Melbourne, Viktor Tchoukarine, déjà âgé de trente-cinq ans, demeurait pourtant le meilleur atout de l’U.R.S.S. dans le concours général individuel, une épreuve à l’occasion de laquelle il affrontait un adversaire redoutable, le Japonais Takashi Ono. À l’issue d’une compétition serrée, Tchoukarine s’imposa de très peu devant Ono. Tchoukarine gagna également la compétition par équipes avec l’U.R.S.S., s’adjugea la médaille d’or aux barres parallèles, la médaille d’argent au sol et la médaille de bronze au cheval-d’arçons.

En dehors des gymnases, Viktor Tchoukarine militait au sein du Parti communiste depuis 1951 ; il publia en 1955 l’ouvrage Put K Vershinam (« Le Chemin qui mène aux sommets »). Après sa carrière sportive, il devint entraîneur de gymnastique : il dirigea l’équipe de gymnastique d’Arménie à partir de 1961, puis celle d’Ukraine à partir de 1972.

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Le rêve américain de deux Soviétiques

Nastia Liukin concrétise le rêve de ses parents

LIUKIN (2)Les Soviétiques Valeri Liukin et Anna Kotchneva, mari et femme, n’ont pas réussi à assouvir leur rêve olympique : Valeri Liukin n’obtint « que » la médaille d’argent dans le concours général aux Jeux de Séoul, en 1988 ; Anna Kotchneva, championne du monde de gymnastique artistique et sportive en 1987, fut privée de ces mêmes Jeux en raison d’une blessure. Le couple émigrera aux États-Unis en 1991, quand l’U.R.S.S. se disloqua, et c’est une Américaine qui va leur permettre de concrétiser, par procuration, ce rêve : Nastia Liukin, leur fille, qui remportera le concours général de gymnastique aux Jeux Olympiques de Pékin, en 2008. Une victoire symbolique quand on rappelle que la guerre froide olympique opposa pendant près de 40 ans les États-Unis et l’U.R.S.S.

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Le gymnaste devient « homme-torpille »

De la boulangerie au cirque

gym-cheval3L’Italien Alberto Braglia remporta le concours général de gymnastique aux Jeux Olympiques de Londres, en 1908. Cet ancien mitron, qui avait forgé sa musculature en s’entraînant seul dans une grange, imagina que le succès olympique pouvait lui procurer la fortune, et il délaissa son fournil pour monter un spectacle lors duquel il proposait un numéro d’« homme-torpille ». Ce changement d’orientation professionnelle ne lui apporta en fait que des désagréments : il se cassa l’épaule et plusieurs côtes ; la Fédération italienne le déclara « professionnel », ce qui lui fermait les portes des Jeux Olympiques. Néanmoins, il retrouva son statut « amateur » peu avant les Jeux de Stockholm, en 1912. Il put donc participer de nouveau aux compétitions olympiques, et s’adjugea encore la médaille d’or. Alberto Braglia délaissa cette fois totalement la gymnastique sportive et rejoignit les gens du cirque. Il monta notamment un duo comique qui connut un certain succès, en Europe d’abord, puis aux États-Unis.

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Alexandra MARINESCU (1982- )

Gymnaste roumaine

Alexandra Marinescu est à l’origine de la révélation de la pratique des « vrais faux passeports » en Roumanie. Douée, elle brille dès l’âge de 11 ans. Pour prendre part aux compétitions de gymnastique aux Jeux Olympiques, le règlement prévoyait, depuis 1986, qu’il fallait avoir 15 ans, afin d’éviter de de voir des gamines contraintes de se présenter. Or Alexandra Marinescu prit part aux Jeux Olympiques d’Atlanta, en 1996, où elle remporta la médaille de bronze dans la compétition par équipes. En fait, les autorités roumaines avaient modifié sa date de naissance sur son passeport, afin qu’elle soit « éligible » pour la compétition. Championne du monde par équipes en 1997, elle se blesse. Victime d’une fracture à la colonne vertébrale, elle sera opérée plusieurs fois. Dès 1998, elle met fin à sa carrière de gymnaste, devient mannequin.

En 2002, elle dénonce les fraudes des dirigeants de la Fédération roumaine de gymnastique dans le but de changer l’âge des athlètes. Les plus hautes autorités roumaines nient ce fait, mais plusieurs anciennes gymnastes confirment qu’elles ont été forcées par les entraîneurs et les officiels de mentir sur leur âge afin qu’elles puissent participer à des tournois majeurs. Quant à Alexandra Marinescu, elle embrasse une nouvelle carrière, liée à son autre passion : la musique électronique. Sous le pseudonyme de Miss Blue Jay, elle devient DJ, elle commence de mixer en 2003 et connaît un succès international.

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Ioannis MITROPOULOS (1874-?)

Gymnaste grec

Vainqueur du concours individuel aux anneaux, Ioannis Mitropoulos fut le premier Grec couronné champion olympique en gymnastique. Sa victoire fut accueillie dans la liesse par le public, d’autant plus qu’il devançait le favori, l’Allemand Hermann Weingärtner, qui remporta trois épreuves de gymnastique durant ces Jeux. Ioannis Mitropoulos participa aussi concours individuel des barres parallèles, sans briller (son classement est inconnu), et au concours des barres parallèles par équipes, au sein de la formation de l’Ethnikos Gymnastikos Syllogos, qui se classa troisième et dernière (seulement trois équipes étaient engagées). Quant à la Grèce, il lui faudra attendre 100 ans pour conquérir un autre titre olympique en gymnastique, Ioannis Melissanidis s’imposant au sol en 1996 aux Jeux d’Atlanta.

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Nikolaos ANDRIAKOPOULOS

Gymnaste grec

On sait peu de chose concernant Nikolaos Andriakopoulos, si ce n’est qu’il était originaire de Patras, dans le Péloponnèse, qu’il intégra le club de gymnastique de Panakhaikos à l’âge de 15 ans et, surtout, qu’il fut le deuxième Grec couronné champion olympique dans une épreuve de gymnastique. C’était à Athènes, en 1896, et il s’imposa dans une discipline curieuse : le grimper à la corde lisse. Parmi les cinq concurrents, il fut le seul, avec son compatriote Thomas Xenakis, à parvenir à grimper jusqu’en haut de la corde (14 mètres) ; il le fit en 23,4 secondes, ce qui lui valut la victoire. Par ailleurs, durant ces Jeux, il prit la deuxième place dans le concours de barres parallèles par équipes, avec la formation de Panellinios Gymnastikos Syllogos.

De retour à Patras en train, sa victoire fut largement célébrée dans sa ville natale. Par la suite, il fut diplômé en droit et devint notaire. Quant à la Grèce, il lui faudra attendre 100 ans pour conquérir un autre titre olympique en gymnastique, Ioannis Melissanidis s’imposant au sol en 1996 aux Jeux d’Atlanta.

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Nadia Comaneci et le Conducator

La petite communiste qui ne souriait jamais

COMANECI4 (3)À son retour des Jeux de Montréal, Nadia Comaneci fut triomphalement accueillie à Bucarest. Elle reçut la médaille de « héros du travail socialiste » devant les dirigeants du Parti communiste roumain. Mais le Nicolae Ceausescu, le Conducator qui voulait faire de la jeune gymnaste triomphante son « jouet », va vite être embarrassé par la popularité de Nadia, qui pourrait lui faire de l’ombre. La vie de Nadia, qui a mis fin à sa carrière de gymnaste en 1981, va devenir un enfer : Nadia se refuse à Nicu Ceausescu, le détestable fils cadet du Conducator ; la Securitate la surveille en permanence. On lui accorde certes un visa pour accompagner la délégation roumaine à Los Angeles lors des Jeux de 1984, mais la police secrète roumaine la suit pas à pas en Californie. Nadia, qui a goûté à la liberté et au mode de vie occidental au cours de sa carrière, étouffe dans la Roumanie des Ceausescu : alors qu’elle aspire à la liberté, tout déplacement à l’étranger lui est interdit. L’évasion devient une obsession. Celle-ci ressemble à un mauvais roman d’espionnage. Le 26 novembre 1989, aidée par un personnage trouble, Constantin Panait, qui lui extorque 5 000 dollars, elle gagne clandestinement la frontière hongroise, erre dans la nuit, alors que les hommes de la Securitate sont à ses trousses, puis rejoint Vienne. De là, elle part pour les États-Unis, où elle est accueillie triomphalement, alors que le régime du dictateur Ceausescu va s’écrouler.

©Pierre LAGRUE